Dans les coulisses de l'affaire Maëlys : «Je peux m’extraire des larmes quand je plaide»

© JEFF PACHOUD / AFP
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Eloïse Bertil , modifié à
Le 3 mai 2021, s’ouvrait le procès de Nordahl Lelandais pour le meurtre d’Arthur Noyer, un premier procès aux assises avant celui pour "l'affaire Maëlys". Me Alain Jakubowicz est alors l'avocat de l’accusé et il sait qu'il a une montagne devant lui à franchir. Comment a-t-il, à l'époque, défendu un homme qui semblait condamné par avance par l’opinion publique ? Dans le podcast "Le Coupable", Me Jakubowicz explique tout l’enjeu d’une plaidoirie dans une cour d’assises. 
PODCAST

"On peut presque dire qu’on arrive dans cette salle d’audience à reculons", confie Alain Jakubowicz, au moment de se souvenir du premier jour du procès pour le meurtre d’Arthur Noyer. L’avocat de l’accusé Nordahl Lelandais explique, dans l’épisode 5 du podcast "Le Coupable", comment ses collaborateurs et lui se sont préparés pour cette audience. "Avec mon équipe, on a énormément travaillé le dossier. Nous nous sommes rendus sur les lieux, on a refait tout le périple, on a tout chronométré. On essaie de travailler comme dans les feuilletons à l’américaine, sans avoir les mêmes moyens bien sûr", glisse-t-il. Alain Jakubowicz est ainsi conscient que l’issue de ce procès sera déterminante pour le jugement d’une autre affaire à venir, l’affaire Maëlys, dont l’enquête est toujours en cours à ce moment-là... 

Dans la presse pourtant, Nordahl Lelandais commence à être qualifié de "tueur en série". "On est prêts, mais on est un peu fébriles, parce qu’on sait que c’est un galop d‘essai et qu’il y a un autre procès qui nous attend après", reconnaît l’avocat de la défense.

Nordahl Lelandais face à ses proches

Lors de ce procès pour le meurtre du caporal Arthur Noyer, les audiences s’enchaînent, et les anciens proches de Nordahl Lelandais s’expriment à la barre. Ils ne comprennent pas comment l’homme qu’ils pensaient connaître a pu commettre des actes d’une telle violence. Mais face à eux, l’accusé ne vacille pas. Il ne montre aucun regret, ne lâche pas un mot. Les journalistes présents se posent alors tous la même question : Me Jakubowicz va-t-il réussir à faire parler à son client ?

L’avocat explique : "On essaie de maîtriser ce qui est maîtrisable. La première chose que j’ai apprise de mon ‘maître’ lorsque j’ai prêté serment, c’est que votre pire ennemi, c’est votre client. Donc on essaie de le préparer, mais on ne refait pas la nature humaine. Je ne conseille jamais à un client de forcer sa nature parce que ça transparaît. Ce que sondent les juges, c’est la sincérité d’un homme dans ses aveux."

"C’est lui qui choisit, pas moi"

Plus largement, Alain Jakubowicz le rappelle, "le rôle d’un avocat n’est pas de faire parler son client. Si je considère que cela va servir sa défense, que ça va nous permettre d’avoir un meilleur résultat, bien sûr que je vais l’incliner à le faire. Mais c’est lui qui choisit, pas moi. Car c’est lui qui va faire les années de prison".

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Dans un procès aux assises comme celui pour le meurtre d’Arthur Noyer, le moment de la plaidoirie de la défense qui vient à la fin des débats est d’autant plus important que les jurés n’ont pas de dossier papier pour forger leur intime conviction. Leur verdict repose sur ce qui se passe durant l’audience, sur les prises de parole des uns et des autres. Pour Alain Jakubowicz, la plaidoirie d’un avocat de la défense doit se construire à la façon d’un "puzzle : l’avocat qui intervient en dernier prend toutes les pièces et il construit une ‘image’. Une bonne plaidoirie, c’est quand toutes les pièces s’emboîtent, et qu’à la fin vous avez dessiné la défense que vous vouliez organiser."

Le moment terrible de la plaidoirie

Puis l’avocat de la défense se lève pour plaider. Me Jakubowicz décrit alors ce que l’on ressent à cet instant fatidique : "C’est un moment terrible et magique. C’est la consécration du métier d’avocat, un moment de toute-puissance, car vous ne pouvez pas être interrompu. Et après, c’est le vide intersidéral…". Pour le meurtre d’Arthur Noyer, Nordahl Lelandais a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle.

Pour découvrir les rouages de la justice à travers le récit d’Alain Jakubowicz, écoutez "Le Coupable", un podcast Original produit par Spotify et Europe 1 Studio disponible gratuitement et en exclusivité sur Spotify.