Commerce des armes : la tartufferie de l’Allemagne agace Paris

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L'édito international est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h30 - 9h
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Faut-il vendre des armes à l’Arabie Saoudite ou faut-il suspendre les livraisons tant qu’on ne connaitra pas la vérité sur l’affaire Khashoggi ? C’est le dilemme des Européens.

En général, les Français aiment bien quand les Allemands désarment.
Mais quand Berlin annule ses exportations vers Ryad et appelle ses voisins à en faire autant, le président Macron répond de mauvaise humeur aux journalistes qui lui demandent s’il va suivre la chancelière. On comprend ce petit accès de mélenchonite.

D’abord, Angela Merkel ne lui pas demandé son avis. On se demande qui porte la culotte ! C’est une spécialiste du fait accompli. Nicolas Sarkozy ne faisait rien sans Merkel mais quand elle a décidé d’arrêter le nucléaire, elle ne l’a pas consulté. François Hollande ne faisait rien sans Merkel et il ne faisait pas grand-chose non plus avec, mais quand elle a ouvert les bras aux migrants, il l’a découvert après coup.
On parle beaucoup du couple franco-allemand, surtout à Paris. A Berlin, on n’hésite jamais à faire chambre à part.
Ensuite, les Allemands ont une armée qui fait pitié mais leur industrie exporte des armes. De plus en plus. Ce sont nos concurrents. L’Arabie saoudite est la Mecque des marchands de canon. Les Allemands y ont quelques pèlerinages de retard. Pas nous !
Le boycott ne leur coutera pas cher.
Mieux, cet accès de vertu fera du bien à la coalition au pouvoir, qui avait promis de ne pas vendre de matériel de guerre aux pays… en guerre.
Il est temps de respecter ce beau principe de précaution. Entre deux débâcles électorales, le SPD et la CDU ont besoin de retrouver un peu de fierté.
Tartuffe porte un casque à pointe.

C’est le dilemme habituel entre la morale et les millions.

Mais cela n’a pas grand-chose à voir avec le meurtre de Jamal Khashoggi qu’il faut punir.

D’ailleurs, pourquoi faire porter les sanctions sur l’armement ? Pourquoi ne pas priver les Saoudiens de scies à os, de palaces, de pistaches ou de limousines allemandes.
Emmanuel Macron et Angela Merkel signeront en janvier un nouveau traité de l’Élysée. Il faut défendre l’Europe.
Contre qui ? Les terroristes par exemple.
À défaut d’y envoyer ses troupes, l’Allemagne devrait prendre la place des Saoudiens qui financent le G5 Sahel, cette armée africaine qui traque les djihadistes. Le Sahel se passera très bien de l’influence des wahabites. Bienvenue à l’armée allemande, bienvenu dans le monde réel !