Afghanistan : entre attentats et négociations

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque jour, Didier François traite d’un sujet international.

Au moins 34 personnes tuées et 17 blessées  ce mercredi en Afghanistan, des civils et essentiellement des femmes et des enfants qui voyageaient à bord d’un autocar et qui ont sauté sur une mine posée par les talibans. Ce drame nous rappelle que 18 ans après le début de l’intervention américaine, la guerre est loin d’être terminée.

Effectivement, que ce soit sous forme d’attentat, d’accrochage ou d’escarmouche, les incidents sont quotidiens. Ils touchent l’ensemble du pays, aucune région n’est à l’abri. Les petits villages reculés ne sont pas plus épargnés que les grandes métropoles, à commencer par la capitale Kaboul qui est régulièrement frappée par des explosions de voitures piégées. En province, ce sont les mines artisanales posées de nuit par les talibans sur les bords de route qui représentent un piège mortel avec un bilan extrêmement lourd, en moyenne une dizaine de policiers et de soldats afghans tués chaque jour et près de 3.000 tués par an. Mais les civils également payent un énorme tribut, inacceptable pour la mission des Nation Unies en Afghanistan. Son rapport publié ce mercredi recense 3.800 tués et 7.189 blessés en 2018, une année record selon ses décomptes. Au cours des six premiers mois de 2019, 1.366 civils ont déjà été tués et 2.446 autres blessés. Un tiers de ces victimes étant des enfants.

Tués sans distinction par les deux camps ?

C’est bien le drame ! Les civils sont littéralement pris entre deux feux dans cette guerre insurrectionnelle sans véritable ligne de front. Les talibans évitent le plus souvent l’affrontement direct, multipliant le piégeage, les attentats ou l’assassinat. Pour limiter leurs pertes, les forces de sécurité afghanes préfèrent aussi le pilonnage avec des hélicoptères ou de l’artillerie. Une stratégie qui est calquée sur celles des troupes américaines puisque les États-Unis ont toujours 14.000 hommes sur place, même s’ils ne sont pratiquement plus engagés au front et fournissent surtout de la formation et des appuis aux militaires afghans. Or, dans ce type de combat à distance, les dommages collatéraux augmentent de façon quasi mécanique.

Le seul espoir des civils afghans réside donc aujourd’hui dans le processus de négociation engagé entre les Américains et les talibans ?

À terme oui. Mais on le voit bien, à ce stade, les discussions en cours n’ont en rien fait baisser la violence. Rappelons qu’un attentat à la voiture piégée avait ravagé une école dans la ville de Ghazni au moment même où se tenaient au Qatar les derniers pourparlers les 7 et 8 juillet derniers. Alors effectivement, un nouveau tour de discussions doit avoir lieu à Doha dans les jours qui viennent. Le négociateur américain se disant plutôt confiant sachant que Donald Trump voudrait retirer ses troupes d’Afghanistan avant la campagne présidentielle de 2020 et que ce départ est la principale exigence des talibans pour ouvrir un dialogue direct avec les autorités afghane à Oslo, en Norvège. Alors seulement, on pourra espérer un retour, une fin des combats et un retour à la paix, si une solution est trouvée entre Afghans.