Les histoires extraordinaires – L'amour des mères

, modifié à
  • A
  • A
4:53
Les histoires extraordinaires est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
Partagez sur :

Pour la fête des mères, Marc Messier décrypte ce dimanche l'amour maternel, parfois heureux, parfois toxique, mais essentiel.

Une porte qui s’entrouvre  sur un dimanche matin ensommeillé, subitement, le tohu-bohu des tout petits .Les Bonne fête Maman criés dans la joie. Les poèmes mal récités et pleins de postillons. Puis le rituel des offrandes. Les petits cadeaux, fait main, grossièrement emballés dans du papier crépon : Le bracelet de moules verni ou le sautoir de macaronis passés à la peinture à l’eau. Le cadre en papier mâché, jamais au format des photos. Le dessin jaune-rouge-vert, vraiment moche comme tout. Tous ces petits cadeaux kitch de l’Education Nationale, qui chaque année font, pendant quelques minutes, le bonheur des Mamans. Des yeux riboulants de tendresse. Les baisers en mitraille et le final de grands câlins. Papa ou pas, la situation ne change rien à l’histoire d’amour à la mère.

L’Amour maternel que Rousseau, Balzac, Hugo et Gide ont glorifié, sublimé. Une histoire dont Proust ne s’est jamais remis. L’Amour maternel nécessaire et fondateur selon les psys. Un Amour pas toujours bien compris, pas toujours bien dosé. Un Amour souvent compliqué au fil du temps : casse-gueule, violent, toxique. Un Amour quelque fois fou, impossible et malheureux. Maman, la première Femme. Déterminante pour les garçons. L’homme, produit de sa mère. Celle, qui, soit dit en passant,  fait de lui, le bourreau de la femme, dans certaines cultures. La mère initiatrice, "Pygmalionne". Amour toujours, parfois trop lourd. Cette femme extraordinaire, admirable, unique forcément, vous diront ses fils.  Maman, la plus belle de toutes. Naturel pour des mâles qui rêvent, parait-il, d’épouser leur mère. On n’évoquera pas leurs penchants à buter le Père, la fête de celui-ci n’étant au calendrier que dans 3 semaines.

Beaucoup d’hommes fêteront leur mère aujourd’hui, comme on célèbre une Sainte. Une fois par an avec des fleurs du parfum en guise d’encens, de bonnes résolutions comme des prières. On s’arrêtera là : celle de Jésus mise à part, aucune mère n’est une Sainte. Toutes les filles vous le confirmeront. Maman est une égoïste,  une manipulatrice sournoise et odieuse,  une concurrente jalouse et frustrée. Naturel  pour des femelles qui rêvent, dit-on, d’épouser leur Père. On passera là-dessus, ce n’est pas le jour. Aujourd’hui, on oubliera Freud pour ne pas se prendre la tête. C’est la fête des mères, pas celle d’Œdipe. On oubliera aussi Pétain. Le Maréchal et ses cortèges de Mères de la Patrie, de Mères Pondeuses, avec leurs médailles et leurs tableaux d’honneur. Pétain, qui contrairement à une rumeur de l’histoire, n’a jamais inventé la Fête des Mères. Le vieux l’avait juste remise au goût du jour sous l’occupation.

Une fête née loin de Vichy, un petit village de l’Isère, Artas, juin 1906. L’initiative de Prosper Roche, un parfait inconnu qui voulait rendre hommage aux mères de familles nombreuses. Pas de tarifs spéciaux, mais un prix du "Haut mérite maternel". Une journée des mères sera officialisée, en 1929, par la 3ème République. La France ayant perdu ses fils dans les tranchées. Il s’agit alors d’encourager la reproduction.  Faites et refaites des enfants qu’ils disaient.  Les Mères que les Antiques célébraient déjà il y a plus de 2000 ans. On louait les Matrones à Rome et on chantait Rhéa, la maman de Zeus, à Athènes.

Aujourd’hui, on oubliera les mauvaises mères, les méchantes, les indignes, les castratrices, les dévoreuses, les hystériques, les cinglées, les dominatrices.  On oubliera toutes les mères Fouettardes, les mères Michel, et les mères Thénardier. On fêtera les autres. Biologiques ou adoptives. Celles qui nous  ont bercés avec Amour. Ces Mères, tendres, consolatrices, protectrices. Ces Mères qui, pour nous, se sont pliées en 4,  se sont, parfois,  sacrifiées, celles qui qui nous ont tout donné. On fêtera les Mères courage, les Mères dévouées, les Bonnes Mères et toutes les Belles-mères, qu’on aime, par la même occasion.

On pensera enfin à celles qu’on ne pourra pas serrer très fort aujourd’hui. Les Mamans qui sont au ciel, comme on dit aux tout petits.  Des pensées infiniment tendres aussi pour celles dont les enfants ne sont seront pas là, parce qu’ils ne sont plus là. Des Mamans, qui ressortiront peut être en cachette un affreux collier de Panzani ou de Lustucru, un dessin tout moche et tout jauni. Des petites choses d’amour, à jamais les plus jolis cadeaux du monde.