Conférence de presse du président : "La vraie prise de risque, c'est de ne pas répondre à toutes les revendications"

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Le fait politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Michaël Darmon évoque un sujet précis de la vie politique.

Bonjour Michaël, vous avez bien entendu suivi la conférence de presse d'Emmanuel Macron, est-ce que l’on peut dire qu’un nouvel acte est posé pour le quinquennat ?

Au chapitre des grandes tirades élyséennes dans les conférences de presse on a eu le fameux : "Les caisses sont vides" et "Carla c’est du sérieux" de Nicolas Sarkozy. Puis, "L’entreprise est le cœur de la croissance", "Valérie se repose" de François Hollande. Voici le "J’ai appris" d'Emmanuel Macron. Alors qu'a-t-il appris ? Que la politique, ce sont des codes à respecter sur la forme. Hier, le président Macron a appris surtout de Pompidou, voire de Gaulle avec la table aux couleurs tricolores. Décor idéal pour justement annoncer qu'il fallait tourner la page des politiques publiques créée par ces dirigeants après la guerre au siècle dernier.

"Lui qui voulait incarner le monde nouveau, il cherche une protection sous les auspices de la politique traditionnelle"

Le chef de l’Etat a appris des élus, "Je crois aux maires" dit-il. À la fin de sa tournée de deux mois devant les maires de France, il veut faire oublier le candidat qui disait que les étapes électorales étaient des vieux parcours, un peu ringards et "vieux monde". Parler aux écharpes tricolores, ça lui a appris un mode d'emploi pour répondre aux "gilets jaunes" : il reconnaît désormais l’existence d’un mouvement légitime et puissamment soutenu. Enfin, Emmanuel Macron a voulu montrer qu’il avait appris une dans sa pratique présidentielle. "Je ne vais pas tout faire à la place du gouvernement", a-t-il déclaré. Plus apaisé avec les journalistes dont il a qualifié le rôle d’intermédiaire avec ce mot délicieux : le "truchement".

"Bienvenue en politique Monsieur Macron" 

Lui qui voulait incarner le monde nouveau, il cherche une protection sous les auspices de la politique traditionnelle.

Oui mais il dit aussi : "Je ne change pas de cap". Comment est-ce compatible ?

Et c’est la vraie prise de risque pour Emmanuel Macron. Il choisit de ne pas répondre à toutes les revendications, en particulier celles des "gilets jaunes" sur les référendums d’initiative citoyenne, le vote blanc et l'ISF. En disant ni entêtement ni reniement, le président de la République a clairement choisi de conforter le socle électoral de son premier tour à l’élection présidentielle. Il faut souligner que les réformes fiscales et les mesures sociales sur les retraites sont des propositions, voire des combats menés l’aile gauche de la majorité.

L’éducation et la santé au cœur du projet sont des signaux envoyés aux électeurs marconistes venus de la gauche. Et la proportionnelle ravit les partenaires du MoDem. Surtout, il faut savoir que c’est une étape d’un agenda qui va se dérouler jusqu’à l’été : européennes, remaniement ministériel demandé par certains responsables de LREM alors que le remaniement à l’Élysée est toujours en chantier, et discours au congrès en juillet devant les deux chambres.

Et lorsque Emmanuel Macron affirme "Je me fiche de la prochaine élection je veux furieusement réussir ce mandat", il oublie que l'inconscient ne connaît pas la négation, selon les spécialistes. Et à ce sujet, la réélection, il y a un principe à connaître par cœur : Y penser toujours, en parler jamais. Alors, bienvenue en politique Monsieur Macron.