Pour un romain, la calvitie c'est laid et honteux ! L'imperator Jules César a trouvé la solution. Il n’a jamais été couronné, il ne fut jamais empereur, mais il avait pourtant une couronne de... lauriers pour pouvoir tenir ses quelques cheveux en frange sur le front.
Nous savons grâce à Suétone et sa Vie des Douze César, que Jules César était très dégarni.
Il souffrait beaucoup de sa calvitie, ayant constaté que ses ennemis en faisaient un objet de plaisanteries. Aussi avait-il coutume de faire revenir sur son front le peu de cheveux qu’il avait et, de tous les décrets que prirent en son honneur le Sénat et le Peuple, aucun ne lui fut plus agréable et dont il profitât plus volontiers que celui qui lui donnait le droit de porter constamment une couronne de laurier.
A l'époque, la chevelure est un élément structurant de la puissance impériale. La calvitie précoce est très mal vécue par les empereurs, comme nous l'explique Bertrand Lançon, professeur émérite d'histoire romaine à l'université de Limoges et auteur de l'ouvrage "Poil et pouvoir : l'autorité au fil du rasoir", paru en juin 2019. Il passe en revue les différents traitements et stratagèmes utilisés par les puissants pour cacher leur alopécie. La technique la plus utilisée restait généralement de se raser le crâne.
La calvitie haïe des empereurs
Suétone, lui, précise aussi qu'en plus de César, l'empereur Caligula était connu pour avoir le sommet de la tête dégarni, de même que Domitien, qui était "enlaidi par la calvitie". Domitien haïssait tant sa calvitie qu'il détestait qu'on fasse même une remarque sur un chauve, il le prenait comme une offense personnelle. Il s'est même attelé à l'écriture d'un petit traité pour expliquer comment se soigner les cheveux.
A Rome, la chevelure est un critère essentiel de la beauté et par extension, de l'exercice du pouvoir (un peu comme les Mérovingiens et leurs cheveux). L'importance est telle que certains auteurs préfèrent prendre le contrepoids.
L'éloge de la calvitie
Aux environs de 350 av. J.Ch., un certain Synésios de Cyrène publie son "Eloge de la calvitie", en réponse à "L'éloge de la chevelure" de Dion. Chez cet auteur, la calvitie n'est plus un défaut mais une qualité philosophique, politique et militaire. Pour lui, ce sont les chauves qui sont les plus proches du divin car enfin, tous les philosophes, de Socrate à Diogène, n'étaient-ils pas chauves ? Pour Synésios, l'homme chauve est un homme pieux et il prend ses exemples dans l'étude de l'astronomie.
Il rappelle également que les femmes ne deviennent pas chauves et sont donc apparentées aux animaux et n'ont pas accès aux idées. Pour lui, la calvitie est une fin vers laquelle tend la nature, une fin qui n'est autre que celle de la sagesse et de la ressemblance divine. A ce titre, les cheveux ne sont que la parure des idiots, des adultères et des efféminés...
Des écrits qui n'ont jamais dissuadé Jules César de porter sa fameuse couronne de lauriers pour cacher sa calvitie plus qu'apparente aux regards du peuple...