Le gouvernement a-t-il mis un milliard de plus sur 5 ans pour accompagner les étudiants ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Le Premier ministre, Edouard Philippe, a affirmé au micro d'Europe 1 que le gouvernement allait consacrer un milliard d'euros pour accompagner les étudiants sur le quinquennat. Vrai ou faux?

Edouard Philippe veut rassurer les étudiants qui s'apprêtent à rejoindre les bancs du supérieur via la nouvelle plateforme parcoursup : le choc démographique a enfin été anticipé, promet-il, avec des moyens en œuvre. "On a mis dans le budget de l'Etat sur les 5 ans qui viennent un milliard de plus pour accompagner la mise en œuvre du Plan Etudiant. Donc des moyens supplémentaires, il y en a déjà."

Un milliard de plus sur 5 ans pour accompagner les étudiants, c’est inscrit dans le budget. Vrai ou faux ?

C’est vrai… sur le papier. Edouard Philippe parle en fait du grand plan étudiant qui a été présenté en octobre : 1 milliard sont prévus d’ici la fin du quinquennat, pour accompagner la réforme. La moitié pris sur le budget, l’autre moitié viendra de crédits du grand plan d’investissement. là, c'est assez flou, il faudra répondre à des appels à projet. Le problème c'est que peu d’argent a été concrètement débloqué pour l’instant : en 2018, 22 millions et demi viendront du plan d’investissement et 30 millions ont été débloqués pour gérer, la rentrée prochaine : créer de nouvelles places, 19 000, gérer les parcours d’accompagnement, et payer les enseignants censés faire le tri des dossiers.

Cela représente en tout une dépense de 2 600 euros supplémentaires par étudiant. C'est mieux que rien, mais on est loin, vraiment, de ce qu’il faudrait pour rejoindre les standards habituels. Le coût moyen d’un étudiant est de 7 000 euros par an à l'université.  Quand on sait qu'aucun poste, zéro,  ne doit être créé, ben on relativise. L’effort est là. Les présidents d’université le constatent, en année pleine, il y aura 150 millions de plus pour accueillir les étudiants. On va optimiser la gestion du système, remplir davantage les filières de DUT, de BTS... Mais l’effort financier reste beaucoup trop faible pour espérer résoudre les problèmes.

Comment ça, trop faible ? Un milliard, c’est beaucoup !

Notre université a pris un tel retard que non, c'est peu. Quelques chiffres, pour comprendre. Depuis 2013, le nombre d’étudiants a explosé de 250 000 dans le supérieur, mais celui de professeurs, lui, a baissé : 800 de moins, selon les données chiffres du ministère. Et d’ici 2025, on le sait, puisqu'on connaît le nombre de naissance : la démographie étudiante va encore augmenter. Les services du Premier ministre avaient calculé, l'an dernier, qu’il faudrait injecter plus de 2 milliards dans le supérieur pour seulement absorber cette hausse, et le double pour atteindre l’objectif de 60% (fixé par le gouvernement!) d’une classe d’âge diplômée du supérieur (on est à moins de 50% aujourd’hui). On en reste donc très loin. Et l'on ne parle même pas de mettre notre enseignement à niveau : la France dépense peu par étudiant par rapport à ses voisins.

Pour rattraper les pays comparables les plus performants, il faudrait encore ajouter 8 milliards. Bref, on connaît les besoins pour atteindre cette "excellence" dont parle Edouard Philippe : ce n’est pas 1, mais 10 à 12 milliards qu’il faudrait injecter dans l'enseignement supérieur d'ici 2025. Aujourd'hui, si la situation s'améliore après des années de recul, l’accueil de tous les nouveaux bacheliers, c'est un fait, n’est financièrement pas garanti du tout.