En Californie, les licences de vente de cannabis attribuées en priorité à des anciens dealers ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Selon le philosophe Gaspard Koenig, en Californie, les licences de ventes de cannabis sont prioritairement attribuées à des anciens dealers. A l'évidence, c'est faux. 

Le vrai faux, Géraldine Woessner, et les mythes qui entourent la légalisation du Cannabis.

Un rapport du Think Tank Génération Libre a beaucoup fait parler, ces dernières semaines. Il milite pour la légalisation "orchestrée" du Cannabis. L’enjeu serait financier, mais aussi social, selon son auteur Gaspard Koenig, comme l'aurait compris la Californie.

 

"Ça vient d’être légalisé en Californie. Et bien ils ont attribué des licences de vente de cannabis de manière préférentielle – préférentielle ! –  aux anciens dealers !"

 

En Californie, les licences sont prioritairement attribuées à d’anciens dealers. Vrai ou Faux ?

C’est complètement théorique. Au début du mois de mai, 6.000 licences temporaires avaient été distribuées, en Californie, où la vente de cannabis récréatif est légale depuis le 1er janvier (la vente de cannabis thérapeutique l’est depuis 1996), et 6 d’entre elles, exactement ( 0,1%), ont été attribuées, non pas à d’anciens dealers, mais à des gens qui vivent dans les quartiers difficiles de la seule ville d’Oakland.

En réalité, le programme dont parle Gaspard Koenig reste encore marginal. Il est né de la colère des communautés noires et latinos, qui constatent, depuis que la légalisation s'étend, que ce commerce juteux leur échappe totalement. Plus de 80% des boutiques, dans tout le pays, sont détenues par des Blancs, parce que les licences, l’immobilier sont trop chers, qu’il faut avoir un casier vierge. Or ces communautés ont été harcelées par la police pendant des années dans sa guerre contre les drogues. Les Noirs des quartiers pauvres étaient 4 fois plus arrêtés que les Blancs (dans 85% des cas, souvent pour simple possession de cannabis). Or ce passé les empêche de trouver du travail, ou d’entrer dans le business (on a recensé, en Californie, près de 500.000 arrestations entre 2006 et 2015). Quatre villes, donc, les plus progressistes, ont adopté un plan pour leur réserver des licences (Oakland, San Francisco, Los Angeles et Sacramento.) Le principal critère est de venir de l'un de ces quartiers pauvres, d’y avoir résidé 10 ans, et d’avoir de faibles revenus. Et aucun de ces programmes n’est encore lancé, sauf à Oakland, où 6 licences, donc, ont été accordées. A terme il y en aura 29, et dans tout l'État, quelques centaines de personnes au mieux, devraient en bénéficier (on ignore combien d’ancien dealers, qui devront, au préalable, passer devant un juge pour faire effacer leur casier).

Donc pour l’instant, c’est surtout une vitrine.

Oui. Les réticences restent extrêmement fortes, y compris en Californie, qui a pourtant voté les lois les plus progressistes en la matière. La vente de cannabis est autorisée dans l’État, mais en pratique, elle reste interdite dans 2 villes sur 3, et l'idée de permettre à d’anciens trafiquants de vendre de la drogue passe mal auprès de la population. C’est pour cela que ces programmes ciblent d'abord des communautés victimes de harcèlement policier. Tout est mesuré : il y a des tableaux, avec le nombre d'arrestations sur 10 ans, par groupe ethnique, dans chaque quartier. Cela répond à une problématique qui n'existe pas en France. Et cela n’a pas permis, pour l’instant, de résorber le trafic : dans les États qui ont légalisé le cannabis, la vente reste interdite aux moins de 21 ans, les prix ont explosé, à cause des taxes (jusqu’à 45% de taxes en Californie). Les jeunes, les personnes défavorisées s’approvisionnent toujours au marché noir. Et une étude récente de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies sur place, l’a montré : la criminalité n’a pas vraiment baissé.

Maintenant, il est trop tôt pour tirer des conclusions. Les lois, récentes, s'adaptent en permanence. On sait évaluer les bénéfices de ce marché, qui devrait atteindre 22 milliards de dollars dans 4 ans, mais pas encore son coût social à long terme, en matière de santé publique, d’accidents, et en terme d’inclusion. A l’évidence les anciens dealers, dans cette ruée vers l'or vert, ne font pas encore partie de l’équation.