Un Président qui parle davantage aux journalistes qu'à ses ministres

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Le portrait de Catherine Nay est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Avec l'approche de l'élection présidentielle, de nombreux livres politiques sont publiés. Plus d'une douzaine d'ouvrages sur François Hollande sont attendus, dont les "Conversations privées" d'Antonin André et Kassim Rissouli. 

Antonin André et Kassim Rissouli ont rencontré à 32 reprises le président Hollande entre 2012 et 2016 pour lui demander de commenter son quinquennat, quelques autres livres de ce type sont prévus. Jamais un président de la République n'avait consacré autant de temps à des journalistes, mais pour les communicants de l'Elysée, il s'agit d'une stratégie assumée, une volonté de transparence. 

Wendy Bouchard : Cela signifie-t-il que François Hollande aime particulièrement les journalistes ? 

Catherine Nay : François Hollande a toujours eu une relation particulière avec les journalistes. Quand il était premier secrétaire du Parti socialiste, il les rencontrait quotidiennement et les journalistes aimaient recueillir ses commentaires et ses anecdotes. Aujourd'hui, François Hollande s’enorgueillit de savoir "inspirer" les journalistes, y compris les plus grands... Affirmer un telle chose, c'est afficher beaucoup de cynisme et un certain mépris pour la profession. Et sans remettre en doute la vigilance des journalistes qui se sont entretenus avec le Président, il faudra prendre ses confidences avec des pincettes. 

Wendy Bouchard : Mais François Hollande est-il son meilleur avocat ?

Catherine Nay : Rien de moins sûr, car le Président a tendance à se victimiser en déclarant qu'il n'a pas bénéficié d'un état de grâce, mais d'un "état de glace" et que sa tâche fut extrêmement difficile, comme s'il ne s'y attendait pas... Il avoue aussi être véritablement devenu président après l'attentat de Charlie Hebdo, en janvier 2015. Il impute les difficultés de début de mandat à l'acharnement des médias, à la mollesse de Jean-Marc Ayrault, la hausse du chômage à la faute à "pas de chance", les mécomptes de la loi travail à Manuel Valls, le dérapage à propos de Leonarda à Harlem Désir...

Wendy Bouchard : Dans leur livre, Antonin André et Kassim Rissouli ont également recueilli les propos de Manuel Valls, de Jean-Marc Ayrault, d'Emmanuel Macron ainsi que du fils aîné du président, et eux aussi livrent quelques confidences... 

Catherine Nay : Aucun de ceux-là n'a d'admiration pour le président. Manuel Valls déplore son manque d'autorité, Emmanuel Macron regrette son incapacité à trancher, et son fils reconnaît que c'est un personnage foncièrement indécis. On déplore aussi son manque de vision, de cap politique, et son obsession anti-Sarkozy. Ses confidences suscitent des commentaires acides de la part de ministres qu'il n'a pas reçus en tête-à-tête, alors qu'ils lui avaient demandé rendez-vous pour l'entretenir de leurs projets. Emmanuel Macron plaisante même : "Je ne l'ai vu que deux fois en tête-à-tête une demi-heure pour lui parler de mes dossiers". Quant aux frondeurs, ils raillent en disant que si le président les avait vus eux aussi 32 fois, peut-être que le cours du quinquennat en aurait été changé...