Boris Johnson, un clown versatile face à l'UE

SAISON 2015 - 2016
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Après avoir milité pour l'entrée de la Turquie dans l'Europe, Boris Johnson fut finalement celui qui fit sortir la Grande-Bretagne de l'UE.

Wendy Bouchard : 8 jours après le référendum, les Brexiters arborent des têtes d'enterrement. La Livre (£) plonge, la classe politique est tétanisée et le pays déprimé. David Cameron quittera le 10 Downing Street à la fin de l'été, adresse que Boris Johnson, le vainqueur du référendum, a renoncé à briguer ! Quelle histoire ! Catherine, vous nous parlez de Boris Johnson justement ce matin.

Catherine Nay : Sa popularité, l'ex-Maire de Londres, l'a cultivée en faisant rire : faire le clown et aligner les gaffes fut longtemps sa stratégie. Une stratégie payante ! En 2001, candidat aux législatives, il promettait : "votre femme aura de plus gros seins et vous augmenterez vos chances d'avoir une BMW "... et il avait été élu ! Boris Johnson, reconnaissable entre tous avec sa carrure massive, sa tignasse blond-paille et toujours ébouriffée, son look débraillé, allié à une aisance du grand bourgeois qu'il était cultivé, diplômé d'Hilton, parlant Grec et Latin. Mais barge, un peu dingue. Heureux dans le rôle de Bouffon du Royaume. "J'ai autant de chance de devenir Premier Ministre que de me réincarner en olive", répondait-il quand on l'interrogeait sur ses ambitions. Pourtant, prendre la place de Cameron, son camarade d'enfance et rival, a toujours été chez lui une idée fixe. Avec le référendum, il a cru pouvoir donner un coup de fouet à son destin national.

Wendy Bouchard : Johnson n'a pas toujours été anti-européen. Or il a pris la tête de la campagne pro-Brexit !

Catherine Nay : S'il a toujours critiqué les bureaucrates de Bruxelles, on l'a beaucoup entendu aussi vanté les avantages de l'Union Européenne pour la Grande-Bretagne. Il a même confié au journal News Night, qu'avant de se décider à enfourcher le cheval du out, il avait écrit une tribune pour le maintien dans l'Europe. Il a basculé pour faire trébucher Cameron mais sans croire au fond de lui que le out allait gagner ! Ce qui ne l'a pas empêché d'y aller au bulldozer, dénonçant chaque jour l'insupportable pression que feraient peser les expatriés européens sur les écoles, les logements, le système public de santé. Ces européens qui viennent travailler librement ont été sa cible favorite. Sans compter l'invasion Turque : "cet afflux d'assassins" disait-il alors que lui-même, d'origine turque avait longtemps plaidé pour l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne. Sans compter les mensonges sur les 350 millions de Livres par semaine qui renfloueraient le service public de santé, avec l'arrêt de la contribution financière Britannique à l'Union Européenne.

Wendy Bouchard : Il a gagné... et surprise, dès le lendemain, il changeait de ton !

Catherine Nay : Il écrivait dans sa chronique du Telegraph que rien n'avait changé. Que les européens pouvaient continuer à venir travailler librement en Grande-Bretagne. Et qu'il ne fallait pas se priver d'un partenariat étroit avec les 27 ! Bref, après avoir vendu à l'opinion les mérites du divorce et la joie de retrouver sa liberté, il préconisait une formule "chambre à part" mais on continue à vivre sous le même toit ! Quelle légèreté !

Wendy Bouchard : Et il a renoncé à se porter candidat !

Catherine Nay : Il a paniqué, car il n'avait pas de plan pour l'après-Brexit ! Donc, il a refroidi ses soutiens, à commencer par son fidèle lieutenant, le Ministre de la Justice Michael Grove, qui avait déjà trahi Cameron, pourtant un grand ami, et qui a déclaré que Johnson n'était pas fait pour le job. Alors que lui, annonçait sa candidature oubliant que quelques mois plus tôt, il avouait qu'il n'était pas équipé pour être Premier Ministre. Jeudi matin, Boris Johnson a renoncé :  "ça ne peut être moi". Il a tiré sa révérence, sa dernière bouffonnerie !

Wendy Bouchard : Morale de l'histoire ?

Catherine Nay : C'est l'effroi devant une telle irresponsabilité ! Que des politiques puissent entraîner un peuple vers une solution à laquelle ils ne croient pas. Pire, au fond d'eux-mêmes ne souhaitent pas, se révèlant incapables d'y faire face, faute d'y avoir réfléchi. Tout ça pour piquer la place du copain ! Et tant pis si le Royaume-Uni se retrouve dans un chaos, aux conséquences imprévisibles ! Tous ces gens-là mériteraient d'être traduits devant un tribunal, c'est trop grave ! Vous allez voir que c'est une femme qui a ses chances : Theresa May, la Ministre de l'intérieur que l'on appelle déjà "la nouvelle dame de fer".

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