A la Une - Travailler plus et plus longtemps, même après la mort

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La revue de presse est une chronique de l'émission Trois heures d'info
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Chaque jour, David Abiker scrute la presse papier et le web et décrypte l'actualité.

Bonjour David, dans la presse aujourd'hui un thème est récurrent : travailler plus et plus longtemps.

Bonjour Pierre, bonjour à tous. Effectivement, "Faudra-t-il travailler plus ?", s’interroge la Dépêche du Midi ce matin. Même question pour le Courrier de l’Ouest qui pointe que le travail est un des enjeux de l’intervention d’Emmanuel Macron jeudi pour répondre au grand débat et à la crise des "gilets jaunes". Tandis que les Dernières Nouvelles d’Alsace se demandent s’il ne faudra pas non seulement travailler plus mais plus longtemps.

Mais il en est un ce matin qui a plus que l’âge de la retraite et qui reprend du service. C’est le commissaire Maigret : 90 ans cette année ! Le personnage créé par Simenon travaille depuis 1929. 15 ans après sa disparition du petit écran, où il était incarné par Bruno Kremer, il reviendra sous les traits de Daniel Auteuil dans un film réalisé par Patrice Leconte. Maigret c’est ce qu’on appelle une carrière longue malgré la pénibilité : 75 romans, 28 nouvelles, 70 films et 400 téléfilms.

Au départ Maigret est médecin, ensuite il est un second rôle avant de devenir le héros central des romans noirs de Simenon. Une capacité de travail hors du commun, énorme et osseux, une charpente plébéienne, la pipe rivée à la mâchoire écrira Simenon. Maigret c’est un peu le travailleur idéal.

600 millions de romans vendus dans le monde entier depuis les années 1930 et 90 ans plus tard, Maigret est toujours au boulot !

Une productivité hors normes, 600 millions de romans vendus dans le monde entier depuis les années 1930 et 90 ans plus tard, il est toujours au boulot ! Travailler plus et plus longtemps pourquoi pas, mais avec la santé et l’employabilité d’un commissaire Maigret !

Travailler plus pour protéger plus, expliquez-nous David.

Souvenez-vous de la formule de Nicolas Sarkozy : "Travailler plus pour gagner plus". Dans le Midi Libre, Jean-Claude Souléry explique en substance que sous Macron on entre dans l’ère du "travailler plus pour protéger plus". Pourquoi ? Parce que la durée de vie s’allonge et qu’il faudra trouver au moins 9 milliards pour financer la dépendance d’ici 2030. Ça ne se fera pas avec nos impôts mais avec le fruit de notre travail explique le Midi Libre dans la colonne d’à côté. Pour cela il n’y a pas 36 solutions dans la boite à idées que le président ouvrira jeudi : supprimer un jour férié, remettre en cause la durée du travail hebdomadaire, repousser l’âge du départ à la retraite.

Tout cela est d’une logique implacable mais si vous ouvrez les mensuels économiques surgissent des questions plus urgentes pour les Français.

"Fin du monde, fin du mois, même combat ?"

Dans sa nouvelle formule, Alternatives Economiques se demande si l’on peut encore vivre de son salaire tandis que Socialiter interroge "Fin du monde, fin du mois, même combat ?". Et quid du bien-être au travail ? Il réduit la pénibilité, augmente notre employabilité et notre productivité rappelle le magazine Management qui sait bien qu’on ne travaille bien, plus et longtemps que si les conditions de travail sont au rendez-vous. Autant de sujets non réglés qui empêchent peut-être les travailleurs d’aujourd’hui de se projeter franchement dans les sujets d’après-demain.

Chez Peugeot en tout cas, on travaille les jours fériés

Oui, "Pas de pont chez Peugeot" nous explique le Figaro éco ce matin. L’usine de Sochaux tournera y compris les jours fériés dans les deux prochains mois, sauf le 1er mai. En contrepartie, la direction annonce 270% d’augmentation par jour férié travailler. Mais la CGT objecte, l'augmentation n'est que de 70%. Quoi qu'il en soit, l’enjeu est que l’usine tourne malgré les viaducs du printemps. Et là on trouve une autre contrepartie, collective celle-ci : faire en sorte que l’usine qui vient d’accueillir la production de la 5008 ne connaisse pas de rupture de cadences.

L’état de Washington va légaliser le compostage humain

Travailler du chapeau

Travailler en continu, mais également travailler du chapeau, c’est l’idée de la Une du Parisien-Aujourd’hui en France ce matin qui montre quatre "smonbies" traversant la route en scrutant leur téléphone. Le "Smonbie" c’est qui ? C’est celui qui avance tel un zombie avec le nez sur son smartphone. Il est absorbé par ses SMS, ses mails, ses alertes, son agenda. Résultat, ce piéton prend des risques et, 73 % de ces "smobies" à la rue sont en situation d’emploi note le quotidien. Travailler plus pour risquer sa vie tout ça pour un SMS : ça ne vaut pas le coût.

Travailler de sa belle mort

Enfin, dans la newsletter matinale du Monde on apprend que l’Etat de Washington, aux Etats-Unis, s’apprête à légaliser le compostage humain. Si ce texte est approuvé, l’Etat deviendra le premier à légaliser ce mode d’enterrement plus écolo que l’incinération ou l’inhumation. Le compostage humain qu’est-ce que c’est ? Le Monde nous explique "un processus de transformation des corps par les micro-organismes dans un compost composé de broyats de bois, qui transforme, en douze mois, les dépouilles mortelles en humus sain et fertile, un humus qui produira cinq mètres cubes de 'super-compost'". Transformer les morts en engrais sain et fertile, une autre façon de nous faire travailler plus, de notre belle mort. Avis aux hyperactifs.