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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, les leçons d’un ancien président.

Un ancien président dont la réélection a été mise en échec par l’ambition de celui qu’il avait lui-même contribué à faire monter.
Valéry Giscard d’Estaing accorde une longue interview au Quotidien l’Opinion. Il plaide pour que l’Europe renoue avec son projet initial : l’idée d’une confédération. VGE qui en profite pour saluer Emmanuel Macron, "le seul Président depuis moi-même, dit-il, à être pro-européen. Je souhaite qu’il réussisse".

Voilà, Emmanuel Macron est adoubé par VGE, c’est un fait, mais malheureusement c’est assez secondaire ce mercedi… Puisque l’ancien président du jour, c’est François Hollande.

En Une là aussi de l’Opinion qui titre sur la "détestation croisée entre lui et Emmanuel Macron".

Pour aller au fond du sujet, le journal fait appel à un psy, "spécialiste des troubles affectifs", Jean-Michel Huet qui dépeint un Hollande victime d’une "atteinte narcissique, dépassé par sa créature et profondément humilié".

En Une du Parisien : "Hollande règle ses comptes".
La Dépêche du Midi titre sur "sa vie d’après".
Et l’Obs publie une longue interview de l’ex-président dont le visage bonhomme s’affiche en couverture avec cette citation : "Macron creuse les inégalités".
"C’est qu’il s’appuie sur sa propre expérience de la loi El Khomri, écrit dans l’édito de l’Alsace Yolande Baldeweck, il met en garde : attention de ne pas faire passer les lois trop brutalement et trop vite".
Ou alors, autre option, suggérée par Olivier Pirot dans la Nouvelle République : cet "anti-macronisme" ne serait qu’une position pour "exister sur la scène médiatique".
"Hollande excelle dans le rôle de l’observateur, note Michel Klekowicki dans le Républicain Lorrain, le hic, c’est qu’il avait été élu pour agir. Ses mémoires n’auront donc pour seul intérêt de rappeler que l’utopie d’une présidence normale s’est terminée en naufrage total.
Ses leçons de pouvoir ne sont pas vraiment attendues, dit-il, elles ne suscitent pas de regrets et auront bien du mal à se faire une place dans les rayonnages de l’histoire".
Et oui, c’est cruel, mais c’est le risque quand on tente de revenir après un échec. Une leçon qu’aurait pourtant pu tirer François Hollande d’un cas vieux de 35 ans, le cas VGE…

Et puis, des ex qui s’accrochent, on en trouve aussi plusieurs dans les magazines cette semaine.

À commencer par l’Express qui fait sa couverture sur Luc Besson et la saga Taxi, c’était il y a 20 ans, en 1998, "un véritable phénomène de société, écrit le journal, avec 28 millions de spectateurs" mais aussi un essoufflement continu alors que le 5e volet sort en salle.

Et puis lui aussi s’essouffle mais ne veut pas lâcher : Abdelaziz Bouteflika, le président algérien qui rempile pour la présidentielle de 2019 et que l’écrivain Kamel Daoud étrille dans l’hebdomadaire Le 1, dénonçant "la vieille rhétorique" qui consiste à présenter un mandat à vie comme garantie de la paix (…) le dictateur dit qu’il se sacrifie pour vous, écrit Daoud, mais en général, c’est vous qui mourrez, d’usure, de torture ou d’exil".
Une tribune à lire dans Le 1, qui fait sa Une plus généralement sur "les nouveaux présidents à vie", Erdogan, Xi Jinping et Poutine.

De son côté, l’hebdomadaire Vraiment titre sur "les socialistes qui existent encore". Reportage auprès de ceux qui s’accrochent.
Enfin, à signaler, parce que moins morose, en couverture de GQ, un revenant bien fringuant, qui lui, en l’occurrence, fait l’unanimité : "Jean-Paul Belmondo : 85 ans et toujours géant".

Et puis, dans la Revue XXI, l’histoire de cet américain qui voulait continuer à discuter avec son père après sa mort.

C’est le défi que s’est lancé James Vlahos, après avoir appris que son père John était atteint d’un cancer incurable. Pour conjurer l’inéluctable, il lui propose de le faire parler de sa vie et de l’enregistrer.
Objectif : fabriquer un chatbot, un robot conversationnel, à l’image de l’application Siri, avec laquelle on peut discuter, mais n’en reste pas moins une machine.

Après approbation de son paternel, James l’a donc enregistré avec un petit magnétophone : "12 entretiens, et plus de 91.000 mots isolés, je crois avoir trouvé un moyen, dit-il, de maintenir mon père en vie. Bien sûr, ce robot renverra sans doute une image médiocre, en basse résolution, d’un être de chair et de sang, mais on peut raisonnablement tenter de lui inculquer l’art d’imiter la façon de parler de mon père".
En quelques semaines, il convertit en lignes de code informatique les mots, les expressions, les anecdotes enregistrées. Tellement vite qu’il est à même de présenter son prototype à son père quelques jours avant sa mort, et surtout à sa mère. Sceptique mais curieuse.
"Face à l’ordinateur, elle se lance", raconte James : "je suis Martha, ta tendre épouse".
"Ma très chère femme !, répond le robot, Comment vas-tu ?".
La conversation avec la machine dure plus d’une heure, la mère est ravie. Le vrai père, lui n’ouvrira pas la bouche. Éreinté. Il décède quelques jours plus tard.

Mais comme prévu, dans l’ordinateur, le robot, lui, est toujours là.
Aujourd’hui, rapporte l’article, ce n’est pas tant James qui l’utilise, que sa femme Anne, et surtout son fils, Zeke, sept ans, qui réclame quotidiennement le droit "de parler avec le chatbot de papou".

Vertige du monde moderne, l’article s’intitule "Mon père ce robot", et c’est à lire dans la Revue XXI qui sort aujourd’hui.

Enfin, tout aussi vertigineux, "la chasse aux exoplanètes qui entre dans l’ère industrielle".

Oui, c’est le supplément Sciences du journal Le Monde qui s’y intéresse. Car, voilà, on découvre de plus en plus de planètes situées hors de notre système solaire, et ce, de plus en plus vite.
En deux décennies, plus de 3.700 ont déjà été confirmées et plusieurs milliers de candidates sont en attente de validation.
Une chasse planétaire qui va encore s’accélérer le 16 avril avec le lancement de TESS, un satellite que SpaceX, la société d’Elon Musk, va envoyer dans l’espace pour scanner la galaxie et les 200.000 étoiles les plus proches.

Une dépense de moyens considérables mais "Pour quels objectifs ?", demande Le Monde.
"D’abord pour comprendre comment ces planètes se forment, explique l’astrophysicien Pierre-Olivier Lafarge, comprendre pourquoi notre système solaire est tel qu’il est".
Et puis, surtout, ajoute son confrère Sébastien Charnoz, pour savoir s’il y a d’autres planètes habitables ? C’est la première étape avant de répondre à la question de savoir s’il y a de la vie ailleurs dans l’univers !"

Vertige de l’espace, à lire donc dans le supplément Sciences du Monde, et vertige du temps, puisque quand bien même on découvrirait une planète de secours, notre humble espérance de vie, ne nous permettrait pas d’atteindre physiquement ces exo-mondes. Sauf à y envoyer des versions virtuelles de nous-mêmes, les chatbot dont parle la Revue XXI.

En attendant, la bonne nouvelle, c’est qu’on a déjà une planète parfaitement habitable ! La Terre évidemment, qui comme l’a souligné un ancien président, est cette maison qui brûle pendant que nous regardons ailleurs.