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Si le rebond de la croissance fait consensus, le gouvernement prévoit 400.000 créations d'emplois l'année prochain tandis que l'OFCE et la Banque de France n’anticipent aucune création nette d’emplois. Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

Après l’année terrible qu’aura été 2020, la croissance va rebondir l’an prochain. Mais quid de l’emploi ? La question divise et fâche.

Il faut espérer que les économistes se trompent car la météo qu’ils nous annoncent pour le marché de l’emploi l’an prochain est très grise et c’est ce qui fâche le gouvernement. Rarement, on n’a vu un tel écart entre les prévisions officielles, plutôt optimistes, et celles des économistes qui le sont beaucoup moins. Notre économie aura détruit environ 800.000 emplois cette année, ce qui est considérable. Mais si l’on en croit les prévisions du gouvernement, elle devrait en recréer 400.000 l’an prochain.

C’est le scénario du rebond.

Il s’appuie sur un rebond de la croissance de 5% l’année prochaine, après un décrochage historique de 9% cette année. Mais si ce rebond de la croissance fait consensus, ce n’est pas le cas en revanche pour l’emploi. L’OFCE, un institut de conjoncture réputé, n’anticipe aucune création nette d’emplois l’an prochain. La Banque de France est à peu près sur la même ligne, avec seulement 45.000 emplois nets de plus en 2021. Bref, on est donc très loin de ce que dit le gouvernement. Alors pourquoi ? Et bien parce que l’économie a subi un tel choc, tellement inédit, qu’on ne sait pas bien en mesurer les conséquences. Car au-delà des soubresauts de la conjoncture, il y a peut-être des changements plus profonds qui vont peser durablement -ou pas- sur le marché de l’emploi.

Par exemple ?

L’une des grandes inconnues, c’est la productivité. Ce qui fait que les économistes prévoient peu de créations d’emplois l’an prochain, c’est qu’ils anticipent une forte augmentation de la productivité : il y aurait donc besoin de moins de monde pour le même travail. Ce serait le cas notamment dans l’industrie, où l’on sait se réorganiser très vite pour gagner en productivité et rétablir un niveau de marge correct. Il est possible aussi qu’après une année marquée par deux confinements et une explosion du télétravail, les entreprises aient accéléré leur transition numérique et ainsi augmenté la productivité de leurs salariés au détriment de l’emploi. L’autre raison qui explique ce grand écart entre dans les prévisions, c’est le recours à l’activité partielle. Soit il reste important, et beaucoup d’emplois seront sauvés. Soit un grand nombre d’entreprises y renoncent et basculent dans des plans de réduction d’effectifs massifs. Espérons que les économistes qui anticipent ce scénario se trompent…