Les États veulent davantage contrôler les investissements étrangers

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L'éclairage éco est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Depuis le début de la pandémie, les États se barricadent encore davantage et veulent beaucoup mieux contrôler les rachats d’entreprises, notamment par la Chine. Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

C’est une des leçons de la crise du Covid : les États se barricadent et veulent beaucoup mieux contrôler les rachats d’entreprises par des étrangers.

Et notamment par la Chine, devenue LA puissance prédatrice de ce premier quart du XXIe siècle. Depuis son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce en 2001, la Chine est entrée de plein pied dans la mondialisation, mais selon ses propres termes, c’est à dire de manière asymétrique. En clair, elle profite de l’ouverture des autres tout en restant elle-même largement fermée. Et c’est particulièrement vrai en matière d’acquisitions d’entreprises et de technologie : la Chine fait son marché à l’étranger, mais ne permet pas la réciproque.

D’où des réactions de plus en plus fortes.

On vient d’en avoir un exemple très intéressant en Italie, où Mario Draghi vient tout juste de bloquer le rachat d’un fabricant milanais d’équipements pour semi-conducteurs. Il était convoité par le groupe chinois Shenzhen Investment Holding. Draghi a dégainé ce que l’on appelle en Italie le "Golden power", une règle d’or qui permet à l’État d’interdire le rachat d’une entreprise stratégique. Et comme en France, la liste des secteurs stratégiques a tendance à s’allonger : c’était d’abord la défense, l’énergie, les transports et les télécoms, ça comprend maintenant la banque et l’assurance. Un autre fleuron de l’industrie italienne, Iveco, le fabricant de camions, vient lui aussi d’échapper aux griffes d’un groupe chinois. Alors qu’il n’y a pas si longtemps, on s’en souvient, la coalition populiste au pouvoir à Rome déroulait le tapis rouge aux Chinois et voulait faire de l’Italie un débouché pour les fameuses "routes de la soie chinoises".

Ce droit de véto, de nombreux pays le mettent en place.

Une étude de l’OCDE publiée ce mardi montre que 60% des acquisitions étrangères dans le monde sont désormais soumises au feu vert des États. Rien qu’en 2020, 50 nouveaux dispositifs de protection ont été adoptés par les pays de l’OCDE, c’est du jamais vu. Chaque pays veut protéger ses technologies clés et s’en donne les moyens. Le monde se barricade. Et les pays exigent une vraie réciprocité pour garder leurs marchés ouverts. Voilà une tendance qui n’est pas près de s’inverser.