Le bras de fer entre Bruno Le Maire et les assurances

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L'éclairage éco est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire vient donc de lancer un ultimatum aux assureurs. Il leur demande, au minimum, de geler les primes que doivent régler les cafés, hôtels et restaurants alors qu’ils sont fermés. S'ils refusent, ils se verront taxés par une taxe dite "de solidarité". Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

La pression monte sur les assureurs. Le gouvernement estime qu’ils ne font pas assez d’efforts pour soutenir les entreprises les plus touchées par la crise du Covid.

On a rarement vu cela, mais il faut dire qu’avec cette crise, nous avons basculé dans une économie largement administrée. Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire vient donc de lancer un ultimatum aux assureurs. Il leur demande, au minimum, de geler les primes que doivent régler les cafés, hôtels et restaurants alors qu’ils sont fermés. Vous pensiez que les prix étaient libres en France, que les assureurs pouvaient fixer leurs tarifs librement, en fonction de leur calcul de risque, de la concurrence etc. Et bien l’histoire est un petit peu plus compliquée. C’est la crise. L’État tape donc du poing sur la table et donne jusqu’à lundi aux assureurs pour faire un geste.

Sinon ?

Sinon ils seront taxés. Le sénat a déjà voté un projet de taxe dite "de solidarité" qui coûterait 1,2 milliard d’euros aux assureurs, ce n’est pas rien. Bref, si les compagnies ne font pas un geste pour les hôtels, cafés restaurants, la taxe sera votée par les députés. C’est brutal, Bruno Le Maire l’a reconnu, mais c’est efficace. Et il faut dire que les assureurs sont une cible tentante. Dans cette crise, ce sont les banques qui s’en sortent bien, elles ont plutôt une bonne image même si ce n’était pas du tout gagné d’avance. Elles ont distribué les prêts garantis par l’État très vite, elles ont accordé des moratoires, étalé des échéances etc. Bref, elles sont apparues aux côtés de leurs clients en difficulté. Alors que les assureurs, au contraire, ont plutôt le mauvais rôle.

Pour quelle raison ?

Pour plusieurs raisons. D’abord il y a eu ces bras de fer sur la couverture des pertes d’exploitation de cafés ou de restaurants, où les assureurs ont été accusés de chercher à échapper à leurs obligations. Il y a eu des plaintes. La justice a été saisie. Des élus s’en sont mêlés, bref, ça a ouvert un premier front. Les critiques ont redoublé quand les assureurs ont demandé à certains clients de signer des avenants à leurs contrats pour exclure le risque de pandémie. Les assureurs ont aussi été pointés du doigt sur les tarifs d’assurance auto qui devraient continuer à augmenter l’an prochain alors que cette année, ils ont économisé de l’argent sur ces contrats car les gens ont moins roulé et qu’il y a donc eu moins de sinistres. Il y a certes une part d’injustice dans le procès qui est fait aux assureurs. Ils ont toujours été une cible facile mais leur image s’est dégradée et ça risque de leur coûter cher.