Boris Johnson peut-il vraiment éviter au Royaume-Uni de payer le Brexit ?

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L'édito économique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque matin, Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

C’est une menace sérieuse: Boris Johnson, qui est en piste pour succéder à Theresa May comme Premier ministre, ne veut pas payer ce qu’il doit aux Européens au titre du Brexit.

C’est une histoire assez invraisemblable. Boris Johnson, qui a de bonnes chances en effet de succéder à Theresa May, a prévenu ce week-end dans une interview au Sunday Times: lui Premier ministre, il n’est pas question que Londres paie la facture du Brexit. Facture, il faut le préciser, qui engage la signature du Royaume: il s’agit de l’argent que doit Londres au titre des prochains budgets européens pendant la période de transition durant laquelle le Royaume-Uni continue de participer au budget de l’Union. Il n’y a donc rien d’anormal là-dedans. D’ailleurs pas un juriste au Royaume-Uni ne conteste le bien-fondé de cette facture qui s’élève entre 40 et 45 milliards d’euros, le chiffre définitif peut évoluer.

Ne pas payer, c’est exactement ce que suggère Donald Trump ?

Lors de sa visite à Londres il y a quelques jours, il a dit exactement "si j’étais eux, je ne paierais pas". Il a même conseillé à Boris Johnson, qu’il soutient publiquement, de sortir "sans accord" de l’Union européenne. Ce que veut Boris Johnson en menaçant de ne pas payer, c’est négocier de meilleures conditions de retrait: "l’argent sera conservé jusqu’à ce que nous ayons plus de clarté sur le chemin à prendre", dit-il dans cette interview. Il s’oppose aussi à l’accord qui a été trouvé pour contourner le problème de la frontière irlandaise. Et il veut utiliser cet argent que doit Londres au budget européen comme une menace. Même si juridiquement, cela ne tient pas la route.

Mais Boris Johnson n’est pas du genre à s’arrêter à ce genre de détail ?

Non, comme Trump, "Bojo", comme on le surnomme, ne fait pas dans le détail. Il y a quelques années, il disait "j’ai autant de chances de devenir Premier ministre que de me réincarner en olive ou d’être décapité par un frisbee". Et bien on y est, ou presque. À l’époque où il était encore maire de Londres, Boris Johnson avait monté ce mensonge pendant la campagne pour le Brexit en prétendant que le Royaume Uni envoyait chaque semaine un chèque de 350 millions de livres à Bruxelles pour financer l’Europe. Il avait même fait circuler des bus avec ce slogan: plus c’est gros, plus ça passe. Il avait aussi raconté que Bruxelles voulait empêcher les enfants de moins de huit ans de gonfler des ballons, ou encore que les bureaucrates européens voulaient interdire le recyclage des sachets de thé et imposer une taille unique pour les cercueils et les préservatifs! Et oui, on n’est jamais déçu avec lui ! Évidemment, il se trouve toujours des gens pour gober ses fake news. Avec cette menace sur le chèque britannique, Boris Johnson va un cran plus loin. S’il devient Premier ministre, les Européens savent à quoi s’en tenir.