Après la fusion ratée avec Fiat, la brouille s’aggrave entre Renault et Nissan

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L'éclairage éco est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

Méfiance d’un côté, sentiment de trahison de l’autre : rien ne va plus entre Renault et son partenaire japonais Nissan ?

On aurait dû fêter cette année les 20 ans de l’Alliance entre les Français et les Japonais. Mais rien ne va. Pierre par pierre, l’édifice bâti par Carlos Ghosn se délite alors que Renault, Nissan et Mitsubishi devaient constituer le premier groupe automobile mondial. Le dernier coup de tonnerre, c’est une lettre envoyée par le président de Renault Jean-Dominique Senard aux Japonais leur annonçant que Renault refusait de valider la nouvelle gouvernance de Nissan. Motif : les Français trouvent qu’ils ne sont pas assez bien représentés dans les nouvelles instances de contrôle de Nissan. Colère immédiate des Japonais qui y voient une trahison. Car avec 43% du capital, Renault peut bloquer. Bref, c’est l’impasse !

Pourtant, on croyait que l’arrivée d’un nouveau patron chez Renault avait permis de tourner la page des années Ghosn ?

Oui mais ça s’est vite gâté. Il y a eu un premier coup de tonnerre en avril quand le projet de fusion Renault-Nissan a resurgi : les Japonais ne veulent pas en entendre parler, c’est un chiffon rouge. Puis il y a eu un deuxième gros coup de tonnerre quand Nissan a été mis au courant des discussions qui avaient eu lieu entre Renault et FiatChrysler sans qu’il soit au courant. Énorme tension entre les Français et les Japonais qui s’est traduite par le refus de Nissan d’approuver l’opération. Ce qui a contribué à la faire capoter. Et donc maintenant, ce troisième coup de tonnerre avec Renault qui montre ses muscles vis-à-vis de l’état-major de Nissan. Rien ne va !

Bruno Le Maire était à Tokyo ce week-end et il a redit qu’il souhaitait le renforcement de l’Alliance. Ce sont des mots ?

C’est aux industriels et pas au ministre de s’en occuper, ils sont plus compétents net plus au cœur des dossiers. Ils savent bien l’intérêt qu’il y a à coopérer alors que l’industrie automobile vit sa plus grande révolution depuis l’invention du moteur à explosion. Mais dans les affaires, on en a la démonstration sous les yeux, une alliance ne peut pas marcher sans contrôle : c’est tout le problème de Renault qui, même avec 43% du capital, ne contrôle pas Nissan. Il n’a pas la clé du pouvoir chez Nissan. Il ne peut rien imposer. C’est pour cette raison que la situation est grave : soit les Français et les Japonais arrivent à s’entendre volontairement, soit tout l’édifice de l’Alliance s’écroulera. Ce qui serait une très mauvaise nouvelle pour Renault.