Airbus : une méga-commande de l’entreprise d’État chinoise

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L'édito économique est une chronique de l'émission Trois heures d'info
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Chaque matin, Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

Le président chinois Xi Jinping n’est pas venu les mains vides : la Chine a signé une commande hors norme de 300 Airbus, beaucoup plus que prévu.

Lorsqu’Emmanuel Macron s’était rendu en Chine il y a un peu plus d’un an, on parlait d’un contrat de 184 avions. La commande a donc été portée à 300 appareils, dont 290 A320 et 10 long-courriers A350. Le tout pour un montant d’une trentaine de milliards d’euros au prix catalogue. Qu’y a-t-il derrière cette commande géante ? Plusieurs choses. D’abord, premier point, elle confirme le mariage de raison entre Airbus et la Chine. Airbus calcule que la Chine aura besoin de 7400 nouveaux avions dans les 20 prochaines années, soit un marché de 1.000 milliards de dollars. C’est le moteur de croissance du transport aérien. Et donc qu’il faut assembler des avions sur place. C’est ça le mariage de raison.

 

Ce sont des avions "made in China" ?

L’assemblage final est fait en Chine. Airbus a inauguré en 2008 une première usine d’assemblage final ("final assembly line" en anglais) à Tianjin. Une usine qui assemble des A320, le gros de la commande annoncée hier. Une deuxième usine, toujours d’A320, a été construite depuis à Harbin. Or, il faut le savoir, les accords conclus lors de la construction de ces usines prévoient que la moitié des Airbus commandés par la Chine doit être assemblée sur place. Donc en effet, quand la Chine commande 290 A320, on sait que la moitié devra être assemblée dans une de ces deux usines. C’est d’ailleurs pour ça que les cadences de l’usine de Tianjin vont être portées de quatre à six appareils par mois : ça avait été annoncé lors de la visite d’Emmanuel Macron en janvier 2018 et cette augmentation des cadences préparait, en fait, le très gros contrat qui vient d’être annoncé puisque la condition, c’est que la moitié des appareils soient assemblés sur place.

 

Il y a aussi derrière ce contrat une dimension politique, non ?

Elle est évidente pour une raison simple : contrairement aux autres marchés, où se sont les compagnies aériennes qui passent commande, en Chine, c’est une agence gouvernementale, China Aviation Supplies Holding, qui centralise tous les achats d’avions et qui les répartit ensuite entre les différentes compagnies locales. Toute commande est donc, par construction, une décision politique arbitrée au plus haut niveau par le président Xi Jinping lui-même. N’oublions pas, la Chine est un pays communiste, il n’y a qu’un chef et qu’un parti ! Or cette agence gouvernementale, c’est facile pour elle, a toujours veillé à maintenir une stricte égalité de part de marché entre Airbus et Boeing. Là, avec ce contrat, elle donne l’avantage à Airbus au moment où le concurrent direct de l’A320, le 737 MAX est cloué au sol. C’est un message en direction de Washington, un message en forme de Scud.