10 ans après Fukushima, le nucléaire n'est pas mort

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L'éclairage éco est une chronique de l'émission Europe Matin - 6h-9h
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La catastrophe de Fukushima n'aura pas eu raison du nucléaire qui représente toujours environ 10% de la production d'électricité au niveau mondial. Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

Dix ans après la catastrophe de Fukushima au Japon, certains pays ont décidé de sortir du nucléaire. Mais au niveau mondial, l'atome reste une source d'énergie majeure.

Dix ans après Fukushima, c'est comme si la catastrophe n'avait rien changé. Le nucléaire représente toujours environ 10% de la production d'électricité au niveau mondial, ça n'a pas bougé. La puissance installée se situe au même niveau qu'à l'époque. Il y a eu bien sûr un coup d'arrêt dans certains pays, notamment au Japon et en Allemagne qui avait décidé de sortir du nucléaire avant la catastrophe de Fukushima. En France, cela a sans doute contribué à forcer la décision d'arrêter les réacteurs de Fessenheim, qui auraient très bien pu continuer à fonctionner au moins dix ans de plus. Mais ailleurs dans le monde, le nucléaire a continué à se développer notamment en Chine, qui compte aujourd'hui 50 réacteurs en activité, presque autant que chez nous où nous en avons 56.

En fait, c'est moins la catastrophe de Fukushima que l'évolution de la technologie qui bouleverse les perspectives sur l'avenir du nucléaire.

On pensait que la catastrophe allait discréditer l'atome. En réalité, c'est le progrès technique qui change la donne. Ce qui a vraiment tout changé depuis dix ans, c'est l'effondrement du coût des énergies renouvelables. L'éolien et le solaire ont chuté de 70 et 90% en dix ans alors que le coût du nucléaire a augmenté de 33%, notamment à cause de normes de sécurité plus sévères. Le vrai changement depuis Fukushima, c'est que le renouvelable est devenu beaucoup plus rentable : personne n'anticipait des progrès aussi rapides en quelques années. Comme quoi, il ne faut jamais sous-estimer la dynamique du progrès et du génie humain.

L'essor du renouvelable renforce même l'intérêt du nucléaire.

Exactement ! Plus le renouvelable se développe, plus nous avons besoin d'une source d'énergie stable pour compenser le caractère intermittent de l'éolien et du solaire. Or il n'existe pas d'autres sources non émettrices de CO2 que le nucléaire. La seule manière de développer le renouvelable à grande échelle, si l'on veut viser zéro émission de CO2, c'est de le coupler avec du nucléaire. D'ailleurs, les écologistes les plus progressistes, très rares en France mais nombreux ailleurs et notamment en Europe du Nord, le reconnaissent : le parti vert finlandais, par exemple, vient de dire qu'il était pour qu'il y ait du nucléaire dans le "mix énergétique" du pays afin justement de combler les failles du renouvelable. Dix ans après Fukushima, le nucléaire trouve ainsi une nouvelle vocation au service de l'environnement