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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce jeudi, il s'intéresse à la polémique au sujet de l'UNEF suite à l'interview de Mélanie Luce sur Europe 1. Elle a avoué à Sonia Mabrouk que son syndicat étudiant avait effectivement organisé "des réunions en non-mixité raciale". Depuis, c’est la gauche elle-même qui s’étripe. Entre grands anciens de l’UNEF d’abord, et maintenant carrément entre partis politiques.

L’interview de la présidente de l’UNEF, la semaine dernière sur Europe 1, continue de provoquer des remous. C’est au sein même de la gauche que l’affaire se corse.

L’UNEF, cette pépinière de dirigeants de gauche, cette unité d’élevage intensif des consciences de gauche est en train de devenir une bombe à fragmentation pour cette famille politique.

Tout est parti de l’aveu, par Mélanie Luce, que son syndicat étudiant avait effectivement organisé "des réunions en non-mixité raciale".

Sur la base donc, de la couleur de peau, d’une discrimination. Un manquement aux valeurs de la République que la droite et la majorité présidentielle ont immédiatement dénoncé. Émotion, mobilisation et même (était-ce bien utile ?) demande de dissolution du mouvement étudiant, en tout cas on était dans le combat classique gauche-droite.

Et qu’est-ce qui a changé ensuite ?

Depuis quelques jours, c’est la gauche elle-même qui s’étripe. Entre grands anciens de l’UNEF d’abord, et maintenant carrément entre partis politiques. Alors que Jean-Luc Mélenchon proclamait tout son soutien à Mélanie Luce et à ses réunions racisées, le PS condamnait sèchement ses dérives. Et, parce que ça se passe toujours comme ça lorsqu’un désaccord profond fracture la gauche, ils se sont vite accusés d’obscurantisme, de trahison des valeurs et de mépris pour l’histoire des luttes. Bref, ça chauffe…

Et ça peut avoir des conséquences au-delà de cette querelle sur les réunions racisées ou pas ?

Sans aucun doute, oui. Pendant des décennies, toutes les familles de gauche se sont retrouvées sur un socle commun, sur des valeurs partagées. Selon que vous étiez plus ou moins à gauche, vous poussiez plus ou moins le curseur sur le social, sur la redistribution, sur l’égalité, sur le rôle et l’intervention de l’Etat. Mais avec toutes ces nuances, la gauche pouvait se rassembler et, bien sûr, gouverner. Peu à peu, cette unité globale s’est fissurée, les familles ont commencé à se déchirer sur les grands sujets de société. Ça s’est aggravé sous le quinquennat Hollande, et ça s’accélère. Sur la laïcité, sur le communautarisme, sur la vision ethniciste de l’histoire, sur le rapport à l’ordre public aussi, le respect de l’autorité, le fossé entre ces deux gauches est en train de devenir un ravin. Un dirigeant du PS disait ce mercredi à Nicolas Beytout : "Le schisme idéologique est là, et c’est toute l’histoire de la gauche qu’ils piétinent". Ils, c’est l’autre gauche.

Ça n’empêche pas de signer des accords électoraux de toute la gauche, par exemple pour les régionales dans les Hauts-de-France ?

Un replâtrage à visée purement électorale. Le même élu socialiste avouait : "On a fait un accord avec des gens avec lesquels on n’est plus d’accord sur rien". Pas sûr, dans ces conditions, que 2022 s’annonce sous les meilleurs auspices.