Prise en charge du RSA dans le 93 : l’échec de la proximité et de l'État-providence

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce mardi, il revient sur la décision du gouvernement de reprendre en charge le RSA dans le 93. Selon lui, c'est un deal perdant-perdant ou l’échec éclatant de la politique du RSA.

Depuis le premier confinement, l’enfermement a des conséquences particulièrement lourdes sur les personnes les plus modestes.

On a ainsi pu mesurer que le confinement imposé par l’État avait accru les inégalités, les plus pauvres étant à la fois proportionnellement plus souvent touchés par le Covid, plus fragiles aussi, et plus durement frappés dans leur pouvoir d’achat. Les besoins en aide alimentaire ont bondi, à tel point que l’Europe a dû augmenter de 50% l’enveloppe budgétaire qu’elle destinait à la France. Autre indice inquiétant, le nombre des bénéficiaires du RSA a lui aussi rapidement progressé avec 3.000 nouveaux inscrits par jour. La vague est haute.

Résultat, certains départements ne peuvent plus le financer.

C’est le cas du département le plus pauvre de France, la Seine- Saint Denis, qui a atteint un point de rupture. Le RSA absorbe désormais 40% des ressources du département. Ils sont, dans ce seul département, 90.000 inscrits. C’est gigantesque.

Comment va faire ce département ?

Il ne fera pas. Ou plutôt, il ne fera plus. Jean Castex vient d’indiquer au président de la Seine-Saint Denis, le socialiste Stéphane Troussel, que l’État accepterait de reprendre à sa charge le coût de cette allocation. C’est sûrement un soulagement pour le 93 , mais aussi la preuve d’un échec retentissant.

Pourquoi ?

Parce que, en 1988, lors de la création par Michel Rocard du RSA, à l’époque on appelait ça le RMI, le Revenu minimum d’insertion, c’est l’État qui gérait les attributions. Quinze ans plus tard, première réforme : on a pensé que les départements seraient bien plus efficaces pour gérer individuellement les allocataires et suivre leur réinsertion. Sauf que ça n’a pas fonctionné. On a d’ailleurs fini par gommer le I de RMI, puisque l’insertion ne marchait absolument pas. On a alors parlé de RSA, mais ça restait une aide distribuée par les départements et ça n’a pas davantage fonctionné. La boucle est bouclée. L’État va reprendre à sa charge le coût du RSA, dans un premier département, et certainement dans d’autres ensuite. C’est un lourd revers pour la décentralisation et ce rêve d’un pays où le local peut se substituer à l’échelon national.

Est-ce que ça remet en cause la notion même du RSA ?

Ce n’est sûrement pas le moment, non. Mais à l’évidence, la France n’a pas trouvé le moyen de faire sortir de leur état les gens qui accèdent au RSA. C’est l’échec de la proximité, l’échec de la tentative d’humanisation de la distribution de l’allocation, au plus près du terrain, au plus près de la chaque situation individuelle. Et puis c’est l’échec de l’État-providence, de cette grande machine à distribuer des aides sans que l’on parvienne à les rendre efficaces pour sortir à tout coup de cette trappe qu’est la pauvreté. Ça ne marche pas mais, une fois de plus, on ne sait pas faire mieux que simplement changer de guichet.