3:05
  • Copié

Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce vendredi, il s'intéresse à l'hommage que va rendre Emmanuel macron à François Mitterrand ce vendredi à Jarnac.

Emmanuel Macron s’inclinera dans la matinée devant la tombe de François Mitterrand et visitera ensuite sa maison natale à Jarnac.
Décidément, cette année 2021 s’annonce une nouvelle fois comme un rêve pour Emmanuel Macron, ce jeune président qui aime tant les célébrations. Après la litanie gaullo-gaullienne de l’an dernier, voici le tour des hommages à François Mitterrand, 25 ans après sa mort et 40 ans après son accession au pouvoir. Voici aussi l’année Napoléon, puisque le 5 mai, sera célébré le bicentenaire de la mort de l’empereur. Mitterrand, Bonaparte, deux figures historiques avec lesquelles le Président aimerait bien dialoguer.

Est-ce que ça veut dire qu’il s’identifie ou aimerait s’identifier à eux ?

En ce qui concerne Napoléon, Emmanuel Macron n’a jamais caché qu’il admirait son "génie". Et nul doute que dans cette époque folle que nous traversons avec la guerre contre le Covid, on peut trouver des analogies avec l’époque napoléonienne. Et puis, il y a le rapport au pouvoir, cet exercice impérial pour Napoléon Ier, et vertical pour le Président Macron. Tout remonte au chef, tout procède du chef. Cet apanage de l’empire, Emmanuel Macron aime..

Et avec François Mitterrand ?

C’est plus compliqué, ne serait-ce que parce que c’est plus trouble. Et puis il y a tant de personnages en Mitterrand, tant d’époques politiques différentes, tant de lignes différentes. Emmanuel Macron ne s’est jamais réclamé de Mitterrand (en 1981, il a seulement trois ans lorsque le premier président de gauche de la Vè République est élu). Le chef de l’État n’est certainement pas fan du Mitterrand des nationalisations et de la retraite à 60 ans, mais il le retrouve évidemment sur le primat européen ou sur les questions sociétales. Et puis il n’y a aucun doute que Mitterrand, comme De Gaulle, a profondément marqué de son empreinte son passage à la tête du pays. La figure du vieux chef socialiste garde des fidèles. Et à 15 mois de l’élection présidentielle de 2022, tout signal envoyé en direction de la gauche est une case ce moins à cocher sur la to-do liste du parfait candidat "et-de-gauche-et-de-droite".

Est-ce que qu’Emmanuel Macron préfère l’analogie avec Valéry Giscard d’Estaing ?

C’est plus tentant, en effet : un Président jeune, venu du centre ou au centre, avec l’ambition de rassembler deux Français sur trois. "Les orientations qu’il a données à la France guident encore nos pas" avait d’ailleurs déclaré Emmanuel Macron en saluant la mémoire de VGE. Pourtant, il semble que le Président ne veuille pas en faire plus. Il sait que la relation médiocre qu’il traîne avec une partie de l’opinion publique le renvoie à ce que fut, à la fin de son mandat, l’impopularité de Giscard. Et puis, les années 70, c’est la fin des Trente glorieuses, ces années fastes de croissance. C’est le début des crises économiques qui, vague après vague, ne cesseront de déferler sur le pays. Non, à tout prendre, il vaut mieux chercher se référer à l’aura de Napoléon et au magistère de Mitterrand.