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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce lundi, une réunion s'est tenue à l'Élysée concernant la loi de Sécurité globale et notamment de l'article 24. Emmanuel Macron a piqué une vraie colère contre Gérald Darmanin. Après les violences policières à l'encontre du producteur Michel et les manifestations qui ont dégénéré samedi dernier, Christophe Castaner a pu prendre sa revanche contre son successeur.

Les murs ont tremblé ce lundi à l’Élysée.

Emmanuel Macron a piqué une vraie colère contre Gérald Darmanin et l’incroyable gâchis qu’est devenue l’affaire de l’art 24. Des éclats de voix, à l’Elysée, que ce soit ceux d’Emmanuel Macron ou de ses prédécesseurs, ce n’est pas forcément rare. Mais que la colère présidentielle soit rendue publique, dans le détail, citations à l’appui, c’est totalement inédit. C’est dire à quel point le chef de l’État avait besoin à la fois de faire cesser le cirque autour de la loi de Sécurité globale, à quel point il voulait décrocher son image de cette désolante affaire et à quel point Gérald Darmanin a perdu lourd dans cet épisode.

La colère du président de la République a été décrite en détail.

Le chef de l’État avait convoqué en urgence à l’Élysée le Premier ministre, Gérald Darmanin, Roselyne Bachelot (pour l’aspect relations avec le monde de la presse) et Eric Dupond-Moretti pour la justice, plus les présidents des trois groupes parlementaires de la majorité. Ils sont tous tombés sur le ministre de l’Intérieur. Et c’est Christophe Castaner qui s’est chargé de faire savoir à tous les lourds reproches du chef de l’État. C’est la vengeance de l’ancien ministre de l’Intérieur contre son successeur. Une opération démarrée très tôt, d’ailleurs, puisque c’est Christophe Castaner, désormais à la tête du groupe des députés En Marche, qui provoquera les premières réunions et les premières critiques contre l’article 24. Dans le monde politique d’avant, la vengeance était un plat qui se mangeait froid. Dans le nouveau monde, elle se mange chaud.

Il n’y a pas qu’une affaire de personnes, de ressentiment entre les deux hommes.

Non, bien sûr. Ça compte beaucoup, mais à cela s’ajoute une dimension politique importante. Christophe Castaner vient de la gauche, Gérald Darmanin de la droite. Dans le délicat équilibre entre maintien de l’ordre et libertés publiques, il y a toujours eu une lecture de gauche (les libertés) et une lecture de droite (l’ordre). Castaner avait failli dans la défense des forces de l’ordre, Darmanin l’a jouée façon Sarko (et même façon Pasqua), jusqu’à l’excès et jusqu’à la faute. Ce sont bien deux planètes qui sont entrées en collision.

Emmanuel Macron a arbitré en faveur de Christophe Castaner.

Disons qu’il a arbitré, c’était urgent, pour un retour au calme dans sa majorité. Mais n’oublions pas que Christophe Castaner est un compagnon de la première heure dans la conquête du pouvoir par le chef de l’État. Pas Gérald Darmanin, qui s’est rallié après la défaite de la droite en 2017, ce qui ne lui vaut pas que des amis, ni à gauche ni bien sûr dans son ancienne famille des Républicains. Et n’oublions pas non plus qu’Emmanuel Macron, lorsqu’il s’était enfin résolu à limoger Castaner de la place Beauvau en juillet dernier, lui avait proposé un poste de conseiller personnel au cœur de l’Élysée. Voilà, à nouveau, une histoire de fidélité, une histoire humaine.