Les talents français vont faire fructifier leurs découvertes ailleurs

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce jeudi, il considère que le Prix Nobel de Chimie décerné à Emmanuelle Charpentier est une terrible nouvelle pour la France.

Ce mercredi, la Française Emmanuelle Charpentier a reçu le prix Nobel de Chimie, qu’elle partage avec une américaine, Jennifer Doudna. Mais, ça n’a pas l’air de réjouir Nicolas Beytout.

Si, bien sûr. Mais lorsqu’il en a parlé à un des plus grands généticiens français, il a eu cette phrase : "Je suis heureux pour la femme, et malheureux pour la France". Emmanuelle Charpentier a fait l’essentiel de ses études en France, y compris dans certains des Instituts les plus réputés au monde comme Pasteur et Pierre-et-Marie Curie. Puis, elle est partie à l’étranger compléter sa formation et lancer ses recherches.

C’est très classique dans ce type de formation.

Absolument. Ce qui l’est moins, et ce qui est en tout cas dommage, c’est qu’elle n’est jamais rentrée en France. Elle a développé une formidable carrière aux États-Unis et en Allemagne, pas en France. Elle y a levé des fonds, plusieurs dizaines de millions de dollars, pour fonder une entreprise qui est aujourd’hui très active et fournit des outils de recherche aux grands laboratoires de science cognitive et de génétique dans le monde. Voilà bien son défaut : cette femme d’exception, cette chercheuse est aussi une entrepreneuse. Et ça coince en France car chez nous, par exemple, un chercheur dans l’univers hospitalier ou universitaire n’a quasiment pas le droit de cumuler sa rémunération avec un autre salaire. Alors, vous pensez, créer une boîte ! Non, c’est tout le monde sous la toise de l’égalitarisme. Le système universel saupoudre l’argent, au lieu de le flécher vers l’excellence. C’est un peu pour tous, et rien pour l’un. Le règne de la moyenne, quoi.

Ses travaux, et ceux de sa co-lauréate, portent sur une technique de modification des gênes.

Là aussi, on voit qu’il y a un malaise en France. Parmi les domaines potentiellement touchés par ses immenses découvertes, il y a l’agronomie et une voie possible de contournement des OGM. Alors ça ouvre un champ infini, mais dans un pays hostile aux OGM comme nous le sommes, avec une classe politique qui se déchire sur la réintroduction provisoire des néonicotinoïdes pour éviter (rien que ça) de perdre la filière entière du sucre, difficile de se sentir soutenu. Alors, tous ces talents vont faire fructifier leurs découvertes ailleurs.

En France, on a quand même la figure de Marie Curie, deux fois prix Nobel de chimie, et de son mari Pierre qui le fut une fois avec elle.

Oui, et ils sont tous les deux aux Panthéon, le lieu le plus majestueux de la gloire républicaine. La France voue un véritable culte à Marie et Pierre Curie, mais elle doute désormais de la science, elle a peur de l’inconnue, de la découverte. Elle vénère un tombeau, elle a peur de l’avenir. Une partie de la population rejette les vaccins, une autre est prête à suivre n’importe quel gourou éclairé. Si on ne sait plus séduire les chercheurs, faire revenir ou retenir les futurs Nobel français, c’est une partie de notre système d’excellence qui se retrouvera vite en danger.