Le "en même temps" de Macron face à la violence

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce mercredi, il s'intéresse à la réaction paradoxale d'Emmanuel Macron face à la violence. Entre manifestations qui dégénèrent et violences policières, le président n'arrive pas à trancher fermement comme l'exige pourtant le sujet.

Gérald Darmanin a été mis sur le gril, ce mardi à l’Assemblée. Mais il a tenu. Alors, c’est la fin de la séquence ?
Il aimerait bien, mais ça laissera longtemps des traces. Ce qui est sûr, c’est qu’il avait l’expérience pour résister à une épreuve qui peut être rude, celle des questions au gouvernement. Une séance pendant laquelle les députés peuvent mettre une pression terrible sur un ministre en difficulté. Cette fois, Emmanuel Macron peut être rassuré : pas besoin de chercher un nouveau ministre de l’Intérieur, un quatrième en quatre ans de mandat. Un poste qui se révèle extrêmement difficile, probablement plus aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été.
Pourquoi ? La France a connu d’autres périodes de forte tension.

Parce que la violence sous toutes ses formes s’est banalisée. Parce que l’agression verbale est partout, en direct ou au travers des réseaux sociaux. Parce que la menace, y compris physique, est devenue un état ordinaire et un moyen banal de s’exprimer. L’insécurité progresse et le défi que cela pose à l’autorité politique est plus grand que jamais.

Est-ce que c’est si nouveau que ça ? Lionel Jospin avait été battu entre autres sur ce motif il y a près de 20 ans.

C’est parfaitement exact. Sauf qu’à côté de cette insécurité des biens et des personnes (c’était le sujet à l’époque), à côté de la délinquance liée à la drogue et aux quartiers devenus des zones interdites à la police, il y a maintenant une forme de violence de la société avec les manifs qui dégénèrent, les Gilets jaunes, les casseurs, et, pire que tout, le terrorisme. Et puis, il y a les bavures policières, le passage à tabac, parce que, face à cette violence, les policiers et les gendarmes qui ont peur sont devenus plus violents. À leur tour, ils créent de l’injustice.

C’est dans ce sens-là que ça se passe ? Pas dans l’autre ?

L’autre sens, c’est la thèse de la gauche et de l’extrême-gauche qui estime qu’il y a une violence rampante dans la société, une violence sous-jacente (le racisme en particulier) qui atteint et déstabilise toute une partie de la population, laquelle est légitime à se défendre. Bon, en gros, c’est la faute des flics. Ce qui est certain, c’est que face à cette aggravation, les derniers ministres de l’Intérieur ont tous échoué. Pas seulement de leur fait, mais aussi parce que le mandat qui leur est donné n’est jamais clair. Entre en faire trop pour soutenir les policiers, et mettre un genou à terre devant les manifestants, le bon réglage n’a pas été trouvé.

C’est à Emmanuel Macron de le faire et il ne le fait pas.

Parce qu’il n’a pas instruit ces sujets dans sa campagne, parce qu’il redoute d’être taxé de dérive autoritaire et "d’illibéralisme", parce sa majorité n’est pas unis là-dessus. Son fameux en même temps ne fonctionne pas sur ce sujet qui impose d’être tranchant. Darmanin et tous les sondeurs le savent bien : les Français veulent majoritairement de la sécurité et rejettent le désordre. Une conviction qui est encore loin d’imprégner la République en Marche.