La condamnation de Nicolas Sarkozy, une décision suspecte

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© Europe 1
L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout, le directeur du journal "L'Opinion", analyse l'actualité politique et nous livre son point de vue. Ce mardi, il revient sur l'attitude de la justice vis-à-vis de l'ancien président Nicolas Sarkozy qui vient d'être condamné à trois ans de prison dont un an ferme dans l'affaire dites "des écoutes".

Nicolas Beytout, vous revenez sur la condamnation de Nicolas Sarkozy à trois ans de prison, dont un an ferme. Une date dans l’histoire des relations entre la justice et les politiques…

"Pour être respectée, la justice ne doit pas être suspectée. Or, dans la condamnation de Nicolas Sarkozy, tout est suspect. D’abord, son histoire d’ancien président de la République et cette sourde bataille qui l’avait constamment opposé au monde judiciaire. Ce monde de petits pois ne lui a jamais pardonné. Voilà pour le contexte. Même chose pour les méthodes utilisées lors de l’enquête : les juges rebondissant d’une enquête à l’autre, comme s’il leur fallait absolument une affaire sur laquelle coincer l’ancien chef de l’Etat.

Les juges installant des écoutes téléphoniques entre un client et son avocat, un joli coup de canif dans un grand principe des droits de la défense. Et puis un Parquet national financier, émanation politique créée par le politique (François Hollande) pour traiter une affaire politique (le scandale Cahuzac). Un PNF dont les objectifs sont donc par nature suspects, s’agissant de poursuivre un homme politique.

Sauf que le réquisitoire du PNF a été en partie suivi par le tribunal...

Exact. Ce qui, si je comprends bien, validerait donc sa sévérité, c’est ce que se sont empressés de souligner ces magistrats. Pardon, mais ça souligne au moins autant le corporatisme de cette profession. Et leur union sacrée face au politique. Parce que, autre suspicion pesant sur ce verdict, tout cela se passe à un moment où trois syndicats de magistrats traînent leur propre Garde des Sceaux devant la Cour de Justice de la République pour avoir osé initier une enquête sur les méthodes du PNF.

Tout cela est lié, selon vous ?

Le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti est un ami proche de l’avocat de Nicolas Sarkozy et c’est pour cette raison qu’il s’est retrouvé surveillé par le PNF. Oui, c’est indéniablement le même contexte, et personne ne pourra démontrer le contraire. Tous sont devenus la cible d’un collectif de juges ou d’un autre. Et, oui, tout cela est suspect.

Est-ce que la justice peut en sortir affaiblie ?

Pas chez ceux qui n’ont jamais aimé l’ancien président de la République. Les juges tiennent enfin une première victoire : ils applaudiront. Mais dans cette large partie de la population qui apprécie ou admire toujours Nicolas Sarkozy, oui, sans aucun doute. Le plus incroyable, dans ce jugement, c’est que le tribunal affirme dans sa décision que les comportements reprochés à l’ancien président de la République portent "gravement atteinte à la confiance" de la population dans la justice. Voilà donc un jugement à l’allure hautement suspecte, qui sapent la confiance dans une justice apolitique, mais qui prétend sanctionner Nicolas Sarkozy pour avoir attenté à la confiance dans la justice. Ils sont inventifs, les petits pois."