Fessenheim : la folle histoire de la fermeture d'une entreprise en bonne santé

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L'opinion de Nicolas Beytout est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h30
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Alors que la centrale fonctionne très bien et que cela risque d'avoir des conséquences économiques comme écologiques, le premier réacteur de la centrale de Fessenheim sera arrêté la nuit prochaine à la demande du gouvernement qui souhaite adresser un message aux écologistes. Selon Nicolas Beytout, c'est une mauvaise décision.

Dans 24 heures, le premier réacteur de la centrale de Fessenheim sera arrêté. Une journée particulière, selon Nicolas Beytout.

Il n’y a pas beaucoup d’entreprises florissantes, en parfait état de marche, assurant un emploi stable à un millier de personnes, qui font vivre tout un territoire et qui font de jolis bénéfices. Des entreprises solides qui ferment brutalement parce que leur actionnaire l’a décidé ainsi. Quand c’est par hasard arrivé, ça a provoqué un scandale politique et une longue crise sociale. On pense notamment aux Conti, par exemple, il y a une dizaine d’années.

Cette usine de pneumatiques qui avait fermé dans l’Oise.

Avec une grève, une occupation d’usine, le saccage de la sous-préfecture de Compiègne et des suites judiciaires à n’en plus finir. Cette fois, aussi étrange que ça puisse paraître, Fessenheim va saborder la moitié de son business sans que ça ne crée tous ces remous.
Parce que la décision vient du gouvernement et qu’elle était annoncée de longue date.

C’est vrai. Et puis EDF est bien obligée d’assumer et d’assurer le suivi de ce premier démantèlement de centrale nucléaire de cette génération. Il n’empêche, il n’y a aucune justification économique à cette fermeture. L’unité est en parfait état de marche, elle a été certifiée par l’autorité indépendante de sûreté nucléaire. Elle rapporte 200 millions d’euros net par an et son démantèlement va sûrement coûter plus d’un demi-milliard selon la Cour des Comptes. Mais l’État actionnaire s’incline devant l’État politique et se tire une balle dans le pied. Il faut offrir un symbole aux écologistes.
Les écologistes mettent en avant le risque nucléaire et la gestion des déchets.

Sur plusieurs siècles, oui, c’est vrai. Mais cette technologie est aujourd’hui maîtrisée. À l’inverse, les écologistes occultent le fait que l’énergie nucléaire ne produit pas de gaz à effet de serre et que c’est donc une des solutions dans la lutte contre le réchauffement climatique. En revanche, l’arrêt de Fessenheim va obliger l’Allemagne, par exemple, à produire plus d’électricité à partir du charbon. Exactement le contraire de ce qui est recherché. Le problème, c’est que l’on sait aujourd’hui avec certitude que nous consommerons plus d’électricité dans les années à venir. Il faudra bien la produire le plus proprement possible.

Il y a les énergies renouvelables pour ça.

Bien sûr. Mais elles sont pour l’instant incapables de prendre le relais en quantité suffisante, elles sont par ailleurs irrégulières et dépendent du vent et du soleil qui sont des sources d’énergie par nature instables. On ne sait pas bien les stocker même si cela viendra un jour. À l’heure actuelle, fermer une entreprise rentable, socialement sûre et le faire juste pour des motifs politiques contre l’évidence et contre le simple bon sens, c’est une concession peu glorieuse à la pression écolo de la part du gouvernement.