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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce mardi, il s'intéresse à une nouvelle mesure qui est à l'étude concernant l'épargne des Français. L'assouplissement des règles de donations aux enfants est la table.

Plus la crise sanitaire dure, plus l’épargne des Français grossit, et plus le débat politique sur l’utilisation de cet argent s’amplifie.

Des sommes absolument considérables, puisqu’on les évalue maintenant à peut-être 200 milliards d’euros. Réinjectés dans l’économie, ces milliards provoqueraient certainement un formidable bond de croissance.

Sauf que pour l’instant, cette épargne est bloquée, au moins tant que les Français ne seront pas rassurés sur la crise sanitaire.

C’est ce qu’on appelle l’épargne de précaution. Mais ça n’empêche pas de réfléchir à des moyens de débloquer ce magot. Une cagnotte pareille, évidemment, ça fait rêver. Des rêves de toutes les couleurs : rose, par exemple, rose comme socialistes ; à gauche on soutient que cette épargne doit être taxée (par exemple au moyen d’une contribution exceptionnelle Covid). En face, côté Les Républicains, on rêve plutôt de le détaxer, cet argent, à condition qu’il soit transmis.

Plusieurs députés LR ont effectivement proposé de favoriser les donations aux enfants ou aux petits-enfants.

Idée partagée par de nombreux députés En Marche et ardemment soutenue par Bruno Le Maire. Avec un argument imparable : cet argent est bloqué, inerte, il faut le donner aux jeunes qui ont des difficultés à cause du Covid. Eux au moins sauront tout de suite comment utiliser cet argent.

Sauf que ce n’est pas si simple politiquement.

La gauche a immédiatement dénoncé ce cadeau non pas aux riches mais des riches. Boris Vallaud, député socialiste des Landes, déjà à la pointe du combat pour rétablir l’ISF, reproche à la majorité de refuser le RSA jeune et de préférer l’héritage. C’est ça qui est formidable : dès que l’on parle épargne ou cagnotte, le monde politique se divise immédiatement en deux camps. Ceux qui veulent plus d’impôts et ceux qui n’en veulent pas (ou pas davantage, sachant que la France est déjà un des pays qui taxe le plus au monde). Ceux qui pensent que donner de l’argent à ses enfants ou petits-enfants est un truc de riches et ceux qui y voient plutôt un moyen d’aider une génération pas toujours très favorisée. C’est un fait, entrer dans la vie, pour un jeune, est de plus en plus coûteux, accéder à un logement est de plus en plus cher, et face à ça, l’espérance de vie fait que les héritages sont de plus en plus tardifs. Faire circuler l’argent plus tôt dans les familles, c’est donc vraiment vertueux.

Et ça va se faire ?

Il n’y a pas meilleure occasion que cette fenêtre liée au Covid et à tous ces bas de laine bien remplis. Bruno Le Maire semble très déterminé, peut-être qu’il faut attendre d’être vraiment en sortie de crise. Mais, à un an de la présidentielle, ce sera un bon test de la solidité politique de la majorité sur les impôts.