Dette de la France : "Sans une vraie baisse des dépenses publiques, le gouvernement se retrouvera sans marge de manœuvre"

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque samedi et dimanche, Nicolas Beytout, directeur du journal "L'Opinion", donne son avis sur l'actualité de la semaine.

Vous n’avez pas aimé une série de chiffres surprenants publiés par l’Insee.

Exactement. Des chiffres passés relativement inaperçus, et qui révèlent pourtant une tendance de fond qui va probablement peser sur tout le reste du quinquennat d’Emmanuel Macron. Ces chiffres concernent l’endettement de la France. L’Insee a rendu publique sa nouvelle estimation du poids de la dette du pays : on a désormais dépassé les 99% du total de ce que la France produit comme richesses chaque année.

On frôle les 100%, donc. Et cette hausse n’était pas prévue ?

Non, la France s’était même engagée à réduire son endettement. Et à le réduire chaque année, tout au long du quinquennat. Cette année 2018 devait même être la première depuis 10 ans au cours de laquelle la dette française allait enfin commencer à reculer.

Alors d’où vient ce dérapage ?

De la SNCF. L’Insee a été obligée d’inclure dès aujourd’hui la dette de la SNCF - cette fameuse dette qui était au cœur du conflit avec les cheminots, lors des grèves du printemps dernier. Le gouvernement s’était engagé à reprendre à l’avenir cette dette de près de 50 milliards d’euros. Eh bien, les règles de comptabilité européennes ont obligé l’Insee à intégrer cette dette dès aujourd’hui.

Ce n’est donc pas l’Etat qui est en cause ?

Optiquement, non, vous avez raison. Mais en réalité, si. L’Etat est propriétaire de 100% de la SNCF, il doit donc assumer ses dettes, comme il doit assumer les résultats catastrophiques d’entreprises dont il est actionnaire, comme Areva - et là aussi il y a plusieurs milliards d’euros à réintégrer dans la dette publique, celle de l’Etat.

Cela risque de peser sur tout le quinquennat d’Emmanuel Macron ?

Oui. D’abord politiquement : si, comme c’est vraisemblable, on franchit les 100% de dette en 2019, ce sera un marqueur de plus de l’incapacité du chef de l’Etat à engranger des résultats. Certes, il a engagé et réalisé beaucoup de réformes, certaines sont essentielles. Mais les résultats tardent à se concrétiser, et c’est une des raisons qui expliquent la chute d’Emmanuel Macron dans les sondages. Les Français veulent des résultats, une partie du discours sur le rajeunissement et le renouveau de la politique de En Marche ! portait cette promesse... et ça ne vient pas.

Mais, au-delà de ces aspects politiques, ce boulet de la dette va mécaniquement entraver pour des années l’action du gouvernement. La dette, c’est l’accumulation de tous les déficits engrangés, année après année. C’est facile à comprendre : si vous dépensez plus que ce que vous gagnez, vous êtes en déficit, et vous vous endettez.

La France continue à dépenser plus qu’elle ne fait rentrer d’impôts et de taxes. On est désormais au maximum de la tension sur tous les paramètres de ce défi : on ne peut plus augmenter les impôts ; on n’arrive pas à baisser les dépenses. Le résultat, c’est le retour de ce que j’appelle la tyrannie des marges de manœuvre.

Sans une vraie baisse des dépenses publiques, à chaque fois qu’il voudra bouger le petit doigt, le gouvernement se retrouvera sans marge de manœuvre, sans moyen pour agir. Voilà ce qui se profile pour la fin du quinquennat.