Christophe Castaner qualifie Marine Le Pen d'"ennemie", LREM ajuste sa stratégie en vue de l'élection présidentielle

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© Europe 1
L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout, le directeur du journal "L'Opinion" analyse l'actualité politique et nous livre son point de vue. Ce lundi, il revient sur une déclaration de Christophe Castaner qui a déclaré dans "Le Parisien" que Marine Le Pen était son "ennemie" à quelques mois de la prochaine élection présidentielle.

La course à la présidentielle est bien lancée. L'ancien ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a déclaré dimanche au journal Le Parisien que Marine Le Pen était son ennemie…

"Oui, son ennemie et pas son adversaire. Le patron des députés de la République En marche n’y va pas par quatre chemins : "Je fais la différence", dit-il, "entre mes adversaires politiques et les ennemis de la République. Les ennemis de la République sont mes ennemis, et Marine Le Pen est une ennemie de la République". Ce genre de déclaration est assez rare, assez peu raccord avec la tradition démocratique. Dans le jeu politique, dans le débat, dans la controverse, on bagarre contre des adversaires, pas contre des ennemis.

Alors est-ce que c’est un dérapage de Christophe Castaner ?

Non, c’est au contraire très calculé. Un des objectifs de cette attaque était de recadrer le discours sur le Rassemblement national après le débat Darmanin-Le Pen. A plusieurs reprises, le ministre de l’Intérieur avait tenté de faire sortir de son rôle une Marine Le Pen qui surjouait le sourire et le côté soft, dans le but de se donner une image apaisée. A plusieurs reprises, Gérald Darmanin l’a décrite comme trop molle ou pas assez dure face à l’islamisme, histoire de débusquer une autre Marine Le Pen, plus sectaire et conforme à l’image que justement la patronne du Rassemblement national essaye d’effacer. Le résultat, c’est un effet prise de judo...

Prise de judo ? Vous voulez dire quand on utilise la force de l’adversaire ?

Exactement : à force d’essayer de déséquilibrer son adversaire, Gérald Darmanin s’est laissé entraîner à soutenir que sa ligne, celle du ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron, était plus dure que celle de Marine Le Pen. Comme si la majorité était, sur les thèmes de l’islamisme, plus à droite que la droite de la droite. Effet garanti... Et ça n’a d’ailleurs pas traîné, puisque plusieurs voix au sein de La République en Marche ont avoué leur malaise face à cette stratégie.

Et c’est donc pour ça que Christophe Castaner à placé une attaque aussi raide...

Oui, pour corriger le tir, pour re-diaboliser Marine Le Pen. Un proche d’Emmanuel Macron me disait d’ailleurs dimanche que la stratégie de Gérald Darmanin se défendait parfaitement : il faut, expliquait-il, mobiliser cette partie de l’électorat d’Emmanuel Macron qui veut du régalien, de la sécurité, plus d’ordre public. C’est vrai, et c’est une façon de battre dès le premier tour le rappel de l’électeur plutôt situé à droite. Sauf que le problème du chef de l’Etat devient de plus en plus le second tour, là où il faudra rameuter large contre la probable présence de Marine Le Pen. Et comment mobiliser l’électeur de gauche, comment l’empêcher de s’abstenir s’il a le sentiment que la ligne Macron est plus dure que la ligne Le Pen ? C’est compliqué, en politique, de faire du judo."