Chômage : "L'inversion de la courbe s'est enfin réalisée, mais certains clignotants restent au rouge"

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L'opinion de Nicolas Beytout est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h30
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Chaque samedi et dimanche, Nicolas Beytout, directeur du journal "L'Opinion", donne son avis sur l'actualité de la semaine.

Bonjour Nicolas Beytout, ce samedi vous avez aimé les chiffres du chômage qui ont été publiés hier midi.

Oui, des chiffres qui concernent l’ensemble de l’année 2018, et qui représentent, dans le marasme actuel, dans cette ambiance "gilets jaunes" qui plombe la France, une bonne nouvelle. L’an dernier, le chômage a reculé. Pas énormément, mais il s’est réduit d’un peu plus de 50 000. On est passé de 3.469 millions de chômeurs à 3.418 millions de demandeurs d’emploi, soit au total -1,5%. Et cette plutôt bonne nouvelle en cache deux autres : la première c’est que la baisse a été assez forte sur le quatrième trimestre, ce qui pourrait en théorie décrire un mouvement de réduction du chômage qui s’accélère.

Et la deuxième ?

C’est que toutes les tranches d’âge sont concernées, les moins de 50 ans, les plus de 50 ans (même si c’est une très légère amélioration). Et les jeunes qui bénéficient aussi de cette baisse du chômage : -1,3% sur un an, une bonne performance en partie due à la relance par le gouvernement du plan apprentissage.

Alors, ça y est : la fameuse inversion de la courbe du chômage, qui avait été promise par François Hollande en 2012, est enfin réalisée ?

Oui, mais disons que le gouvernement peut se contenter d’avoir le triomphe modeste car certains clignotants restent au rouge. Je pense à la durée moyenne du chômage, par exemple : 620 jours, plus de 1 an et 8 mois, c’est effarant (et j’insiste : c’est une moyenne). Et plus cette durée s’allonge, plus les demandeurs d’emploi risquent le déclassement.

Autre point difficile, l’effet "gilets jaunes" : le ministère des Finances a évalué à 80.000 personnes le nombre de ceux qui ont été mis au chômage partiel, en décembre dernier à cause des blocages des ronds-points et autres manifs des "gilets jaunes". Ceux-là ne sont pas dans les statistiques. Ils n’ont pas travaillé, mais, nuance, ils ne sont pas à la recherche d’un emploi. Et puis, ce tassement de la croissance qu’a subi la France va sûrement avoir des effets sur l’emploi en ce début 2019.

Il n’empêche, on imagine volontiers que le gouvernement va mettre en avant ces résultats ?

Naturellement. Car voilà, dans le domaine de l’emploi, ce qui lui manquait le plus : le début d’un commencement de preuve que sa politique est favorable à l’emploi. Ce qui mine le plus ce pouvoir (comme les précédents, d’ailleurs), c’est le manque d’efficacité. Or, l’emploi est la clef de quasiment tous les problèmes économiques, budgétaires et financiers de la France. Parce qu'une grande partie de notre système d’impôts et de taxes est fondé sur les revenus du travail.

Le montant des charges sociales, les impôts sur le revenu, tout cela dépend du nombre de gens au travail, du nombre de Français qui reçoivent un salaire. Quand un chômeur retrouve du travail, il y a un double effet positif : il consomme moins d’indemnités-chômage, et il recommence à cotiser au chômage et à toucher des revenus imposables. Il coûte moins et il paye plus. C’est de cela que dépend une grande partie du retour de la France à une situation économique saine.