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SAISON 2021 - 2022

Après sa victoire en 1797, Napoléon reçoit son premier cadeau honorifique : un précieux sabre. Dans ce nouvel épisode du podcast Europe 1 Studio "Au cœur de l'Histoire", en partenariat avec le château de Fontainebleau où se tiendra l'exposition "Un palais pour l'Empereur, Napoléon Ier à Fontainebleau" à partir du 15 septembre, Jean des Cars raconte l'histoire de cette arme d’apparat qui a accompagné l’Empereur jusqu’à la fin de son règne.

Le sabre des empereurs, précieuse arme d’apparat, est aujourd’hui exposé au Musée Napoléon 1er du Palais de Fontainebleau. Dans ce nouvel épisode du podcast Europe 1 Studio "Au cœur de l'histoire", Jean des Cars revient sur l'histoire de ce somptueux sabre ayant appartenu aux empereurs du Saint-Empire Romain Germanique.

Le sabre des empereurs, au nom intrigant, est, bien sûr, une très belle arme d’apparat. Elle a accompagné le destin de Napoléon depuis la conclusion victorieuse de sa campagne d’Italie en 1797 contre les Autrichiens jusqu’à la signature de son abdication, au château de Fontainebleau, en 1814. C’est, en effet, après la fulgurante campagne d’Italie menée par le jeune général Bonaparte que l’Autriche est obligée de capituler et signe, le 18 octobre 1797, le traité de Campo-Formio. 

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La campagne avait bien commencé pour Bonaparte avec les victoires de Montenotte, le 12 avril 1796, de Millesimo le 13 avril, de Dego le 14 avril et de Mondovi le 21 avril. Bonaparte contraint alors le roi de Sardaigne à se retirer de la lutte. C’est à l’Autriche qu’il  va maintenant s’attaquer en Lombardie et grâce à la victoire de Lodi, le 10 mai, le fougueux général en chef entre dans Milan. Laissons Stendhal nous le raconter dans "La Chartreuse de Parme" :

"Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles, César et Alexandre avaient un successeur."

Ensuite, les Autrichiens sont battus à Castiglione et à Bassano. Le conquérant explique sa tactique : "L’ennemi défait un jour, je l’attaquerai le lendemain, puis le surlendemain, puis tous les jours".

C’est ce qu’il fait avec Arcole en novembre 1796, à Rivoli en janvier 1797 et la capitulation de Mantoue, pourtant réputée imprenable, le 2 février. Après la victoire de Klagenfurt le 28 mars, Bonaparte menace directement Vienne par les défilés alpins. Les préliminaires de paix sont signés le 18 avril 1797 à Leoben puis la paix de Campo-Formio, le 17 octobre 1797. C’est là que le général victorieux reçoit de ses adversaires vaincus un sabre ayant appartenu aux Empereurs du Saint-Empire Romain Germanique. Sur la lame forgée au XVIIe siècle, sont gravés les noms des empereurs romains germaniques, de Jules César à Léopold 1er de Habsbourg. 

Le présent de la victoire 

Quel trophée pour le jeune général Bonaparte ! Le symbole du Saint-Empire Romain Germanique, fondé en 962 par Othon 1er, dit le Grand et qui domine l’Europe. Bonaparte pressent-il à cet instant que quelques années plus tard, c’est lui qui mettra fin, en 1806, à cette organisation politique multicentenaire ? Mais quel titre de gloire pour le jeune stratège triomphant !

A Paris, le Directoire est un peu troublé par cet audacieux général qui a signé le traité de Campo-Formio sans son accord et met son gouvernement devant le fait accompli. A son retour précipité, les Directeurs, enfin reconnaissants, lui offrent tout de même un magnifique fourreau pour ce sabre. Afin qu’on puisse continuer à lire les noms des souverains qui y sont gravés, le fourreau est constitué de cristal, d’or et de lapis lazuli. C’est la manufacture d’Armes de Versailles qui le réalise. Une victoire ailée occupe le centre du précieux objet tandis qu’une tête de Minerve, traduction romaine de la déesse Athéna qui symbolise la sagesse et la prudence guerrière, orne sa garde. 

Pour ce magnifique sabre et son fourreau, le Directoire fait confectionner un étui en acajou moucheté tout aussi exceptionnel. Le couvercle décoré en son centre d’un bouclier, est incrusté d’un B pour Bonaparte, entouré d’une couronne de lauriers de cuivre doré. Dans l’étui, la lame et son fourreau, une ceinture et deux boucles prennent place dans des compartiments gainés de velours de soie verte. C’est le premier présent honorifique que reçoit Bonaparte. Il l’accompagnera jusqu’au terme de son règne. On peut dire que ce sabre résume le parcours étincelant du brillant officier jusqu’à l’Empire et à sa chute finale.

L'installation de Bonaparte aux Tuileries 

Après le 18 Brumaire et peu de temps après sa nomination de Premier Consul, Bonaparte décide de s’installer aux Tuileries. Ce palais, situé entre le Louvre et les Champs-Elysées a été construit par Catherine de Médicis et l’architecte Philibert de l’Orme en 1564. Sous le règne de Louis XIV, il a été continué par Le Vau. Sous Louis XVI, l’histoire des Tuileries se confond avec celle de la Révolution. En effet, c’est aux Tuileries que le Roi et sa famille s’installent après avoir quitté Versailles en octobre 1789 alors que la Convention siège à l’autre extrémité du palais. Le 10 août 1792, lors de la sanglante prise des Tuileries par les Révolutionnaires, la famille royale rejoint l’Assemblée Législative qui siège dans la salle du Manège. C’est là que sera prononcée la déchéance de Louis XVI et la famille royale sera alors emprisonnée à la tour du Temple. La décision du Premier Consul de s’installer aux Tuileries est comme un retour vers l’Ancien Régime. Le 19 février 1800, arrivé dans la cour des Tuileries dans la même voiture que les deux autres Consuls Cambacérès et Lebrun, Bonaparte monte aussitôt à cheval pour passer les troupes en revue. Il a choisi de porter le sabre des Empereurs et la foule qui assiste au spectacle l’acclame. En prenant ses quartiers dans l’ancienne demeure des rois, il a franchi son Rubicon. Envisage-t-il déjà l’Empire, le sabre des empereurs à son côté ? Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, Las Cases  analyse la décision du Premier Consul :

"Ce n’était pas une petite affaire que de relever un Trône sur le terrain même où l’on avait juridiquement égorgé le monarque régnant et où chaque année l’on jurait constitutionnellement la haine des Rois. Ce n’était pas une petite affaire que de rétablir les dignités, les titres, les décorations, au milieu d’un peuple qui combattait et triomphait, depuis quinze ans, pour les proscrire. Toutefois, Napoléon, qui semblait toujours faire ce qu’il voulait, enleva de haute lutte ces grandes difficultés."

Et bien sûr, Napoléon, comme l’avaient fait les rois de France avant lui, va restaurer et aménager les Tuileries. Il demandera à Percier et à Fontaine d’ériger une grille du côté du Carrousel et de construire un arc de triomphe qui servira d’entrée. Le 7 juillet 1807,la première pierre est posée. L’inauguration aura lieu le 15 août 1808. L’arc de triomphe du Carrousel est aujourd’hui tout ce qui reste des Tuileries après l’incendie de la Commune en 1871. A l’intérieur du palais, Percier et Fontaine aménagent la Salle des Maréchaux, une chapelle à deux étages, le Conseil d’Etat et un théâtre.

Aujourd’hui, le sabre des Empereurs, qui avait accompagné Napoléon tout au long de son règne, est exposé dans l’une des vitrines du Musée Napoléon 1er au palais de Fontainebleau. Il a été donné à l’Etat par les descendants d’un des plus proches officiers de l’Empereur, Armand de Caulaincourt, duc de Vicence. Napoléon lui avait donné lors d’un des épisodes les plus dramatiques de son existence. De quoi voulait-il remercier Caulaincourt ?

Napoléon offre son sabre à Caulaincourt 

Armand de Caulaincourt est né à Caulaincourt, dans l’Aisne, en 1773. Il est le fils d’un marquis lieutenant-général de l’Armée du Roi. Il passe son enfance à Versailles avant de s’engager au Royal Etranger puis au VIIème Régiment de Cavalerie en 1791. Il y sert jusqu’à la déclaration de guerre d’avril 1792. Il quitte alors l’armée pour s’engager dans la Garde Nationale Parisienne. Il est bientôt réintégré comme capitaine dans les troupes et va devenir aide de camp du général Aubert-Dubayet à l’Armée des Côtes de Cherbourg. Il va suivre le général à Constantinople lorsqu’il y est nommé ambassadeur d’avril 1796 à mars 1797. De retour en France, il sert comme chef d’escadron puis colonel. Le 14 octobre 1801, le Premier Consul Bonaparte l’envoie à Saint-Pétersbourg pour porter des courriers au tsar Alexandre 1er et préparer l’arrivée de l’ambassadeur Hédouville, le premier à être accrédité en Russie  depuis 1790. Pourquoi l’a-t-il choisi ? C’est parce que Talleyrand l’avait recommandé et que Bonaparte s’était laissé séduire par cet aristocrate de l’Ancien Régime qui se mettait à son service. A son retour en juillet 1802, Caulaincourt devient aide de camp du Premier Consul qui, un an plus tard, le nomme général de brigade.

Il a gagné la confiance de Bonaparte qui lui confie l’inspection générale des écuries. Il est aussi chargé d’organiser les déplacements et les voyages officiels. En mars 1804, pour son malheur, il reçoit la mission de couvrir avec deux cents cavaliers l’opération d’enlèvement du duc d’Enghien par le général Ordener. Caulaincourt conservera une certaine amertume d’avoir été contraint de jouer un rôle, même secondaire, dans cette triste affaire. Cela lui a d’ailleurs été souvent reproché, bien qu’il n’ait pas été l’organisateur de l’opération qui s’est terminée par l’exécution du duc d’Enghien dans les fossés de Vincennes. 

A la proclamation de l’Empire, Caulaincourt est nommé grand écuyer de l’Empereur et général de division. Tout ce qui avait trait aux voyages du souverain, y compris en campagne, relevait de son autorité. Il a donc été auprès de Napoléon dans les campagnes d’Autriche, de Prusse et de Pologne. Après la rencontre des deux empereurs Napoléon et Alexandre 1er à Tilsitt, il est nommé ambassadeur à Saint-Pétersbourg. Napoléon explique le profil qu’il voulait à ce poste : "Un homme de cœur et de droiture, qui fut bien né, qui pourrait plaire aux femmes, à la Cour et au Tsar."

Il arrive à Saint-Pétersbourg en novembre 1807. Il est titré duc de Vicence par l’Empereur en 1808 avant d’être rappelé à Paris en 1811. Entre-temps, Caulaincourt avait réussi à tisser des liens personnels avec le tsar Alexandre 1er. Le Français tente de faire renoncer Napoléon à son projet de campagne de Russie en 1812. C’est peine perdue. Caulaincourt reprend donc ses fonctions de grand écuyer auprès de lui. 

Après le passage de la Bérézina, lorsque l’Empereur veut rentrer de toute urgence à Paris suite à la conspiration du général Malet, il emmène Caulaincourt avec lui. Lors de ce voyage de deux semaines, ils conversent longuement sur de multiples sujets. Caulaincourt les racontera dans ses Mémoires, qui ne seront publiées qu’en 1933. Sous le titre "En traîneau avec l’Empereur", il raconte cet épisode du retour de Russie, qui connaîtra un grand succès. 

Pendant  la campagne de Saxe en 1813, Caulaincourt continue de servir Napoléon. Le 20 novembre, un mois après la défaite de Leipzig, appelée "la Bataille des Nations",  Napoléon le nomme ministre des Affaires étrangères.  On le surnommera "le diplomate du désespoir". Lorsque L’Empereur gagne Fontainebleau le 31 mars 1814, il envoie Caulaincourt dans Paris occupé pour sonder les intentions du tsar et conclure la paix. Il fait de nombreux allers-retours entre Fontainebleau et la capitale. La qualité de ses relations personnelles avec le tsar permettent la signature d’un traité qui, bien que mettant fin au règne de Napoléon, lui ménage une sortie honorable. 

Caulaincourt convainc son Empereur de signer son acte d’abdication le 6 avril à Fontainebleau, sur un petit guéridon. Le 11 avril, Napoléon ratifie le traité négocié par Caulaincourt qui lui donne la souveraineté de l’Île d’ Elbe. Dans la nuit du 12 au 13 avril suivant, il écrit une lettre d’adieu à son épouse, l'impératrice Marie-Louise : "Adieu, ma bonne Louise. Tu es ce que j’aime le plus au monde. Mes malheurs ne me touchent que par le mal qu’ils te font. Toute la vie, tu aimeras le plus tendre des époux. Donne un baiser à mon fils. Adieu, chère Louise. Tout à toi, Napoléon."

On sait que l’Empereur déchu ne reverra ni son épouse ni leur fils. Il est plus de trois heures du matin. Un valet de chambre a laissé la porte ouverte. Il voit Napoléon délayer quelque chose dans un verre et le boire. Inquiet, il appelle le premier valet de chambre Constant qui se précipite et trouve son maître gémissant qui lui demande de faire venir au plus vite Caulaincourt. Celui-ci fait aussitôt appeler le chirurgien de Napoléon qui l’implore de l’aider à en finir. Le médecin tente de lui faire avaler du thé pour qu’il régurgite le poison. L’Empereur refuse mais c’est Caulaincourt qui réussira à le faire boire et donc à le sauver. Le lendemain, il se sent mieux. Il fait appeler Caulaincourt pour le remercier d’être resté si fidèlement à ses côtés, d’avoir négocié patiemment pour lui le fameux traité et enfin de l’avoir sauvé la nuit précédente. Il fait alors cadeau à Armand de Caulaincourt, duc de Vicence, de son plus beau sabre, le sabre des Empereurs. Aujourd’hui, vous pouvez admirer ce magnifique objet dans une vitrine du Musée Napoléon 1er du palais de Fontainebleau.

 

 

Ressources bibliographiques :

Thierry Lentz, Dictionnaire historique de Napoléon, Perrin, 2020

 

 

"Au cœur de l’Histoire" est un podcast Europe 1 Studio

Auteur et présentation : Jean des Cars
Production : Timothée Magot
Réalisation : Laurent Sirguy
Diffusion et édition : Clémence Olivier et Salomé Journo 
Graphisme : Karelle Villais

Cet épisode a été réalisé en partenariat avec le château de Fontainebleau. Vous pourrez y découvrir l'exposition "Un palais pour l'Empereur, Napoléon Ier à Fontainebleau" à partir du 15 septembre.