Maximilien et Charlotte : la tragédie mexicaine (partie 1)

SAISON 2020 - 2021
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C'est un drame de l’ambition. Tout ce qu’ils ont entrepris ou tenté était voué à un échec pathétique. Dans ce nouvel épisode du podcast Europe 1 Studio "Au cœur de l’Histoire", Jean des Cars vous raconte le destin tragique de Maximilien d’Autriche et de Charlotte de Belgique, éphémères empereur et impératrice du Mexique.

Un mariage ​bancal, un affrontement avec l'empereur François-Joseph d'Autriche, une vie de désillusions... Dans ce nouvel épisode du podcast Europe 1 Studio "Au cœur de l'histoire", Jean des Cars revient sur l'histoire de Maximilien et de son épouse Charlotte, leur rencontre, leur mariage et leur ambition déçue.

Après trois ans de négociations laborieuses, l’archiduc Maximilien de Habsbourg, frère cadet de l’empereur d’Autriche François-Joseph, a finalement décidé d’accepter le trône du Mexique, au prix de lourds sacrifices personnels. Il a dû renoncer  non seulement à ses droits à la succession de la Couronne d'Autriche mais aussi à tout ce qui lui revient du "Patrimoine de l’illustrissime Maison d’Autriche", c’est à dire son héritage. 

Il en est extrêmement meurtri. En revanche, son épouse Charlotte, fille de Léopold 1er, premier roi des Belges, est très heureuse. Elle se réjouit, ne voyant qu’une réalité séduisante : ils deviennent enfin empereur et impératrice du Mexique. Quelle revanche pour ce couple jusque-là privé de toute responsabilité politique depuis l’Unité Italienne !

Maximilien a voulu que son accès au trône se passe dans son château de Miramare, dans le golfe de Trieste. Ce château, c’est son œuvre. Pour lui, il était inenvisageable que cette cérémonie se déroule à Vienne. Au matin de ce 10 avril 1864, Max, en grand uniforme, accepte, devant la Délégation Mexicaine venue la lui offrir, la Couronne du Mexique. Il prête serment sur la Bible, comme Charlotte. Brusquement, la Délégation s’écrie : "Viva el Imperador Mexicano y viva  la Imperatriz Carlotta !"

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Le drapeau mexicain est hissé sur le toit de Miramare. Vingt et un coups de canon sont tirés depuis la frégate Novara. Un bâtiment français, la Thémis, tire aussi une salve ainsi que les canons de la citadelle de Trieste. Après un Te Deum, célébré dans la petite chapelle du château, le nouvel empereur va signer la Convention de Miramare. Ce traité lie le Mexique à la France, la France de Napoléon III, qui soutient l’empereur Maximilien.

Le soir de cette intronisation, un grand dîner est prévu dans l’immense Salon des Mouettes, au premier étage du château. Mais Maximilien, complètement désemparé et épuisé, s’est réfugié dans ses appartements du rez-de-chaussée. Son ami, le médecin de Marine Auguste Jilek, le trouve si accablé qu’il lui conseille de se retirer au Castelletto, un pavillon dans le parc de Miramare, pour se reposer. Charlotte est donc seule pour présider le dîner de gala auquel sont conviées la Délégation Mexicaine, la Délégation française et les principales personnalités de Trieste. 

Rayonnante, elle fait les honneurs de Miramare avec toute la dignité et la grâce dont elle est capable, parlant français aux uns, italien aux autres et espagnol à ses nouveaux sujets. Un orchestre invisible diffuse une délicieuse musique. Cette soirée de printemps au bord de l’Adriatique est un enchantement. Elle laissera aux invités une impression inoubliable. Avec, sans doute, le regret que l’empereur Maximilien, n’ait pas été de la fête…

Les jours suivants, Maximilien est de plus en plus morose. Lorsque Charlotte tend à son époux un télégramme de Napoléon III, il le jette et dit : "Je ne veux plus entendre parler du Mexique !" Cette dépêche de l’empereur des Français était pourtant bienveillante. Elle assurait Maximilien de son appui. Étrange situation ! Le nouveau souverain réalise-t-il soudain qu’il s’engage dans une aventure incontrôlable, un piège ? La veille de son départ pour le Mexique, tout cela n’est pas de bon augure… 

Maximilien ou la malédiction des cadets

L’archiduc Maximilien est, après François-Joseph, le deuxième fils de l’archiduc François-Charles, frère cadet de l’empereur Ferdinand 1er . Leur mère, l’archiduchesse Sophie, est fille du premier roi de Bavière. On la représente toujours comme la méchante belle-mère de Sissi mais elle avait été une ravissante jeune femme, très intelligente, mariée à un archiduc qui, lui, ne brillait ni par son esprit ni par son charme…  

Une rumeur a circulé à propos de la naissance de Maximilien en 1832 : Sophie, déjà mère de François-Joseph, avait un faible pour le fils de Napoléon et de sa belle-sœur Marie-Louise. On voyait souvent la jolie Sophie se promener à cheval en compagnie du jeune homme, titré duc de Reichstadt, dans la forêt viennoise. Or, celui qui est resté l’Aiglon pour les Français meurt de tuberculose quelques jours après la naissance de Maximilien. Sophie est tellement bouleversée et désespérée qu’elle tombe dans un état de prostration très inquiétant. S’était-il passé quelque chose entre eux ? On en a longtemps parlé... En tous cas, officiellement, Maximilien est le fils de François-Charles.

Très vite, il devient le favori de sa mère. François-Joseph souffre de cette préférence. De l’animosité s’est même glissée entre les deux frères. Second motif de jalousie pour François-Joseph, Maximilien est beau, charmant. Quand il apparaît dans les parades et revues militaires, il est toujours très applaudi. Il a incontestablement plus de succès que son frère aîné…

Maximilien a 16 ans lorsque François-Joseph devient, à 18 ans, empereur d’Autriche dans des conditions chaotiques. Les révolutions de 1848 ont aussi touché Vienne et la famille souveraine a dû quitter la capitale. L’empereur Ferdinand Ier est contraint d’abdiquer. Son frère, François-Charles, est considéré comme inapte à l’exercice du pouvoir. L’archiduchesse Sophie est à la manœuvre. Étant "le seul homme de la famille", selon Talleyrand, elle fait introniser François-Joseph à Olmutz, loin de Vienne. 

Maximilien se trouve alors face au problème de tous les cadets : trouver sa place pour tenter d’exister auprès d’un  frère tout puissant. François-Joseph l’envoie à Trieste pour qu’il serve dans la Marine autrichienne. Il visite l'Orient à bord de la corvette Vulcain. En 1850, il est nommé lieutenant de vaisseau et semble bien parti pour commander, plus tard, la Flotte autrichienne. Amoureux d’une fille d’ambassadeur jugée indigne de l’épouser par sa famille, on l’expédie à nouveau en voyage, cette-fois à bord de la frégate Novara. 

Lors d’une escale à Lisbonne, il s’éprend de la fille de l’empereur du Brésil, Maria-Amélia de Bragance. Cette-fois, les fiançailles sont approuvées par les deux familles... mais la princesse est tuberculeuse. On l’envoie se soigner à Madère où elle meurt le 14 février 1853. Maximilien est désespéré. L’année suivante, il est promu contre-amiral, commandant en chef de la Flotte autrichienne basée à Trieste. Cette Flotte ne comprend que cinq frégates, dix corvettes et deux cuirassés. Maximilien est donc chargé de l’agrandir. 

Sa promotion et son installation à Trieste vont lui permettre deux choses qui compteront dans sa vie : d’abord, il transforme le petit port de Pula, en Istrie, en grand port militaire autrichien sur l’Adriatique. Il renforce la Marine Impériale et donc réussit parfaitement dans la mission qu’on lui avait confiée. L’autre événement important pour lui à cette période est dû au hasard. A l’automne 1865, à Trieste, il embarque sur un bâtiment de guerre. Le terrible vent glacial qui descend des Alpes, la Bora, l’empêche de regagner Trieste. Il s’abrite alors dans la petite anse de Grignano, protégée des bourrasques du large. Il passe la nuit dans une toute petite maison de pêcheur et, au matin, il découvre, émerveillé, l’admirable paysage qui embrasse tout le golfe de Trieste. L’endroit est magique. Il se dit que c’est là qu’il construira sa résidence, un magnifique château. Ce sera Miramare, écrit avec un e, à l’italienne.

C’est alors que François-Joseph décide de tester son frère dans d’autres fonctions : il lui confie un rôle d’Ambassadeur Impérial itinérant pour visiter les principales Cours européennes. Maximilien parcourt d’abord la Botte italienne puis l’Espagne, de Grenade à Madrid. En mai 1856, il passe par la France, juste après la signature du Traité de Paris qui met fin à la Guerre de Crimée. Il est reçu très aimablement aux Tuileries et à Saint-Cloud par Napoléon III et Eugénie. Un peu snob, il est choqué par le tutoiement des souverains français. Il trouve l’ambiance un peu trop bourgeoise comparée à la Cour de Vienne. Même Versailles le déçoit. Il préfère Schönbrunn qui n’en est, pourtant, qu’une sorte de copie…

Le mariage de Maximilien et Charlotte

Après Paris, c’est le premier roi des Belges, Léopold 1er, qui l’accueille à Bruxelles avec sa famille, ses deux fils, les duc de Brabant, futur Léopold II et Philippe, comte de Flandre, ainsi que sa fille Charlotte, alors âgée de 16 ans. Cette dernière est très impressionnée par l’élégance et le charme de l’archiduc Maximilien. Même s’il n’est pas venu à Bruxelles pour trouver une nouvelle fiancée, le roi Léopold 1er, à qui l’intérêt de sa fille pour l’archiduc n’a pas échappé, se dit qu’il pourrait faire un gendre très convenable… 

Charlotte est jolie, brune à la peau très blanche, c’est une princesse sérieuse et cultivée mais dont l’enfance a été un peu tourmentée. Adorée par sa mère, la reine Louise, fille de Louis-Philippe, son monde de petite fille s’écroule lorsque celle-ci est emportée par la tuberculose en octobre 1850, deux mois après le décès de son grand-père, Louis-Philippe donc, qu’elle aimait aussi tendrement. Charlotte allait souvent dans la famille de sa mère, au château de Neuilly, près de Paris, passer des vacances joyeuses en compagnie de ses cousins Orléans. Un grand contraste avec la vie sévère et ordonnée imposée au château de Laeken. A la mort de sa mère, alors qu’elle n’a que 10 ans, elle dit à son père : "Maman douce est partie. Je ne pourrai plus jamais rire". 

Il est vrai qu’à partir de ce malheur, le caractère de Charlotte change. Elle, si gaie, si joyeuse, devient triste et austère, renfermée sur elle-même. Elle a une tendance à la neurasthénie… Elle ne veut rien révéler de ses chagrins profonds  et continuera à le faire. Elle se réfugie dans l’étude, travaillant assidûment avec ses précepteurs, et dans la lecture, sa distraction favorite. Son père, Léopold 1er, pensant qu’il est temps de la marier, lui propose de choisir entre deux candidats : le prince Pierre V de Portugal et l’archiduc Maximilien d’Autriche. Si elle épouse Pierre, elle sera reine du Portugal. Si elle épouse Max, elle sera archiduchesse d’Autriche et n’aura aucune chance de monter sur un trône.

Charlotte est ambitieuse. Être reine lui plairait bien mais elle trouve le Portugais, Pierre, trop puéril. Son choix se porte donc sur Maximilien. Léopold 1er prend l’affaire en main et demande à un de ses neveux de "tester" l’archiduc. Celui-ci répond favorablement à la proposition belge. Mais la déclaration qu’il fait alors est surprenante : "Elle est petite, je suis grand, ce qui doit être. Elle est brune, je suis blond, c’est bien aussi. Elle est très intelligente, ce qui est un peu ennuyeux, mais sans doute en viendrai-je à bout…"

C’est ainsi que Charlotte et Maximilien se fiancent en décembre 1856. Un grand dîner et un bal de la Cour sont donnés à Bruxelles. Charlotte est radieuse, Max un peu moins. Un prétendant de Charlotte, le prince Georges de Saxe, a fait part au roi Léopold de ses réticences à propos de cette union. Il juge Max calculateur et intéressé. N’épouserait-il pas Charlotte pour sa dot qui est considérable ? 

Maximilien a peu de revenus. Et il a des goûts très dispendieux ! Il a commencé la construction de son splendide palais de Miramare dans la baie de Trieste, qui lui coûte une fortune. Il est vrai qu’il a négocié âprement la dote de Charlotte et a réussi à la faire augmenter considérablement. C’est une première ombre à ce mariage, en apparence parfait…

Au même moment, François-Joseph a décidé de promouvoir son frère. Il est sur le point de le nommer Gouverneur Général de la province de Lombardie-Vénétie. Cette perspective enthousiasme Charlotte. Elle rêve d’Italie, en apprend la langue et en étudie l’histoire. Le 24 avril 1857, Maximilien entre dans ses nouvelles fonctions à Venise, où l’accueil est glacial. Cela se passe un peu mieux à Milan où il prononce un discours habile, en parlant de ses ascendances italiennes. Même Cavour, le Premier ministre du roi Victor Emmanuel II de Piémont, s’en inquiète. Il déclare :"L’archiduc Maximilien est le seul adversaire que je redoute, il est le seul qui puisse faire avorter l’Unité Italienne."

Le mariage a lieu à Bruxelles le 27 juillet suivant. Si toutes les parentèles Orléans et Saxe-Cobourg-Gotha se sont déplacées, les seuls Habsbourg présents sont un oncle et une tante de Maximilien, l’archiduc Louis et son épouse. Service minimum ! On ne devrait rien savoir de la nuit de noces. Mais le journal intime de Léopold, frère de Charlotte, nous éclaire un peu :"Grand-Maman, la reine Marie-Amélie, avait dit un mot à Charlotte des devoirs du mariage et des opérations naturelles de cet acte. Il paraît qu’elle n’en a pas été effrayée. Le soir, Max a tenté l’opération. Ils ont couché ensemble. Charlotte, aux dires de son mari, a été très raisonnable. Tout a bien marché. Ma sœur était seulement  très surprise et répétait sans cesse : "Comme cela m’étonne, comme je suis étonnée !" Inutile de dire qu’ils ont passé une très mauvaise nuit et sont fort échauffés."

Ce récit laisse perplexe ! Deux jours plus tard, les mariés partent pour Vienne où François-Joseph et Sissi les accueillent très aimablement à Schönbrunn. Puis ils gagnent Trieste et la villa Lazarovitch, résidence officielle de l’archiduc sur place. Evidemment, Maximilien montre à Charlotte le chantier de Miramare. Une semaine plus tard, ils gagnent Venise. Émerveillée, Charlotte en découvre les palais, les églises, les musées. Elle est éblouie. 

Le 6 septembre, ils font leur entrée solenne lle à Milan. Charlotte, fort habilement, prononce un discours en italien qui est très apprécié. Le couple s’installe alors à Monza, dans la Villa Réale, splendide résidence construite par l’impératrice Marie-Thérèse au XVIIIe siècle. Ils passent un été très mondain et très animé avec des dîners de cent couverts. Toutes leurs familles viennent les voir, l’archiduchesse Sophie, les Joinville, les Montpensier… C’est une drôle de lune de miel : les mariés ne sont  jamais seuls ! 

Le dernier hôte de la saison est le jeune frère de Charlotte, le comte de Flandre. On l’emmène passer quinze jours à Venise. Il loge au Palais Royal, ce palais construit par Napoléon à l’extrémité de la place Saint-Marc. Chaque soir, Maximilien abandonne sa femme et son beau-frère pour aller dormir à bord de son navire alors qu’il n’est plus en charge de la Marine Autrichienne. Il semble fuir sa femme. Mais comme  toujours, elle fait bonne figure. Aux interrogations de sa grand-mère sur une potentielle grossesse, elle répond : "Ce sera comme le Bon Dieu voudra !"

Miramare ou les ambitions déçues

La situation politique s’aggrave en Italie. Après l’entrevue de Napoléon III et Cavour à Plombières en 1858, une guerre pour chasser les Autrichiens de Lombardie et de Vénétie semble inévitable. En avril, François-Joseph démet son frère de ses fonctions. Max reprend son commandement de vice-amiral d’escadre. La guerre est déclarée au printemps 1859. A Solférino et Magenta, l’Autriche est battue. La Lombardie, Modène et la Toscane sont perdues pour les Habsbourg. Il ne leur reste que la Vénétie. Max et Charlotte se retrouvent face à eux-mêmes. Leur royaume se limite à Miramare. C’est bien étroit pour ces deux ambitieux, dépités et accablés…

Certes, Miramare, ce vaisseau de pierres blanches arrimé à son promontoire, ne manque ni d’allure ni de charme, même si l’intérieur est un peu pesant et trop décoré, mais c’est la mode de l’époque. Les chambres du couple se trouvent au rez-de-chaussée. Celle de Maximilien est l’exacte copie de sa cabine qu’il aimait tant sur la frégate Novara où il venait dormir lorsqu’il résidait à Venise. La chambre de Charlotte dispose de  deux grands lits en acajou et rappelle la chambre commune de François-Joseph et Sissi à Schönbrunn. La seule différence est que Charlotte sera seule dans sa chambre à deux lits, son mari préférant sa cabine… Si, pour le grand désespoir de la reine Marie-Amélie, le couple n’a pas d’enfant, c’est tout simplement parce que ce couple n’en est pas un…

A Miramare, Charlotte et Max reçoivent beaucoup. Sissi s’y arrête le 18 mai 1861 à son retour de Madère. Un grand tableau a immortalisé cette visite. Hélas, lors de ce séjour, le gros chien de l’impératrice ne fait qu’une bouchée du petit chien de Charlotte. Elle est hors d’elle ! L’incident n'améliore pas les relations des deux belle-sœurs... Cette villégiature permanente commence à peser sur le faux couple que forment Maximilien et Charlotte. C’est à ce moment que le rêve d’un Empire mexicain va leur être proposé… 

Un empire mexicain pour Maximilien et Charlotte

Le Mexique, indépendant depuis 1821, a d’abord eu un empereur mexicain pendant deux ans. Lui a succédé le général Santa Anna qui, à cause d’une guerre contre les Etats-Unis, va faire perdre au pays le Texas, la Californie et le Nouveau-Mexique en 1848. Le libéral Juarez prend le pouvoir en 1855 et commence une lutte contre l’Eglise dont il confisque les biens. De plus, il ne reconnaît plus les dettes extérieures du Mexique. Ses créanciers, la France, l’Angleterre et l’Espagne, entament alors une lutte commune en 1861 pour récupérer leurs dus. 

Les gouvernements de Londres et de Madrid acceptent les offres de Juarez et retirent leurs troupes. Napoléon III ne retire pas les siennes. Fortement poussé par l’impératrice Eugénie, qui a mis son mari en contact avec des Mexicains anti-Juarez et par Morny, demi-frère de Napoléon III, intéressé personnellement au remboursement de ces dettes, l’empereur envisage de créer au Mexique un empire catholique, capable de contrebalancer les Etats-Unis. La période est favorable car ceux-ci sont en pleine Guerre de Sécession. Napoléon III pense proposer la Couronne à l’archiduc Maximilien. Diplomatiquement, cela aurait l’avantage de le rapprocher de François-Joseph, encore meurtri par la perte de la Lombardie. Cela pourrait aussi permettre de négocier l’intégration de la Vénétie, encore autrichienne, au futur royaume d’Italie.

En octobre 1861, le ministre des Affaires étrangères d’Autriche vient à Miramare expliquer à Maximilien la proposition de Napoléon III. Si Charlotte déborde d‘enthousiasme, Maximilien voudrait que l’on consulte d’abord le peuple mexicain. Pendant ce temps, le Corps expéditionnaire français peine à conquérir Puebla. Il lui faudra plus d’un an et le sacrifice de la Légion Etrangère à Camerone pour que la ville soit prise le 17 mai 1863.

Ce n’est qu’en janvier 1864 que Maximilien accepte le trône du Mexique. Lui et Charlotte sont fêtés à Paris mais surtout, Napoléon III et Maximilien s’accordent sur un  traité portant sur l’engagement des troupes françaises au Mexique, qui ne seront retirées que progressivement. La note à payer est énorme : chaque soldat français sur place coûtera au futur empereur 1.000 Francs par an. 

Dès son arrivée, Max devra émettre un emprunt de plus de 200 millions de Francs. Ce traité, dit Traité de Miramare, il l'a signé comme je vous l’ai raconté au début de ce récit. L’autre note à payer est celle que lui impose son frère François-Joseph. Lors d'une entrevue orageuse à la Hofburg le 9 mars 1864, l’empereur d’Autriche exige de son frère qu’il renonce à ses droits de succession et à son héritage Habsbourg. L’affrontement des deux frères est une scène épouvantable, qui se passe en présence de leurs épouses. 

C’est finalement à Miramare, la veille de la signature du traité, le 9 avril 1864, que François-Joseph arrive, accompagné de ses deux autres frères Charles-Louis et Louis-Victor, pour que Maximilien accepte de signer le pacte de famille de son renoncement. Ils restent enfermés plusieurs heures dans la bibliothèque. A 13 heures, François-Joseph et ses deux frères reprennent le train pour Vienne. Après avoir salué militairement Maximilien, il revient sur ses pas et lui ouvre les bras, en disant seulement : "Max !"

Les deux frères s’étreignent. Ils ne se reverront jamais. Je vous ai raconté la prestation de serment de Maximilien le lendemain. Quatre jours plus tard, le 14 avril 1864, à 12 heures, le couple Max-Charlotte embarque à bord de sa chère Novara. Un grand tableau a immortalisé la scène. Au moment de monter à bord, Charlotte murmure : "Regardez mon pauvre Max… Comme il est triste". L’incroyable aventure mexicaine commence.

Ressources bibliographiques :

Dominique Paoli, L’Impératrice Charlotte, le soleil noir de la mélancolie  (Perrin, 2008)

Bertita Harding, Maximilien, Empereur du Mexique (Payot, 1935)

André Castelot, Maximilien et Charlotte, la tragédie de l’ambition ( Perrin, 1977)

Jean des Cars, Des couples tragiques de l’Histoire (Perrin, 2020)

 

Au cœur de l’Histoire" est un podcast Europe 1 Studio

Auteur et présentation : Jean des Cars
Production : Timothée Magot
Réalisation : Jean-François Bussière 
Diffusion et édition : Clémence Olivier
Graphisme : Karelle Villais

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