Louis XVI et Marie-Antoinette : unis dans la mort (partie 2)

SAISON 2020 - 2021
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Le 22 octobre 1781, Louis XVI et Marie-Antoinette parviennent enfin à donner un héritier à la France. Mais une série de drames va bouleverser la famille royale… Dans ce nouvel épisode du podcast Europe 1 Studio “Au cœur de l’Histoire”, Jean des Cars vous raconte comment ces deux êtres que tout semblait opposer au départ ont fini par s'unir dans l'adversité. 

Alors que la Révolution fait vaciller la monarchie, Louis XVI et Marie-Antoinette s’unissent enfin pour faire front face aux épreuves et aux menaces qui pèsent sur leur famille… Dans ce nouvel épisode du podcast Europe 1 Studio "Au cœur de l'histoire", Jean des Cars revient sur le crépuscule de ce couple tragique.

En août 1785, la reine est en train de jouer au théâtre, lorsqu’éclate une machination qui va durement l’impacter : l’affaire du collier. Elle est innocente mais l’escroquerie concoctée par l’aventurière Mme de la Motte et le mage Cagliostro pour faire acheter par le cardinal de Rohan un collier d’une immense valeur soi-disant pour la reine éclate au grand jour. 

Le cardinal avait acheté le collier à crédit, pensait-il pour la reine, et croyait aussi que cela lui permettrait un retour en grâce auprès de Marie-Antoinette. Evidemment, elle n’a jamais reçu le collier dont les diamants ont été vendus à Londres par les escrocs. Le roi et la reine sont persuadés que le cardinal, qu’ils détestent, a agi sciemment pour nuire à Marie-Antoinette. C’est faux. Ils le font arrêter et emprisonner en attendant qu’il soit jugé par le Parlement. 

Le 31 mai 1786, le Parlement, qui statue sur les faits, condamne les escrocs et acquitte le cardinal. Ce dernier est alors fêté dans Paris. Furieux, Louis XVI et Marie-Antoinette l’exilent à l’abbaye de la Chaise-Dieu, en Auvergne, faisant de l’acquitté un martyr. Le roi et la reine ont géré d’une façon maladroite cette escroquerie, faisant de Marie-Antoinette, parfaitement innocente, une coupable aux yeux du peuple. 

Lors de l’acquittement du cardinal de Rohan, la reine est enceinte de son quatrième enfant. Très éprouvée par cette grossesse qui a suivi la naissance du duc de Normandie, elle accouchera deux mois plus tard de Sophie-Béatrice, son dernier enfant. Si elle se remet rapidement, la petite Sophie ne profite pas de son allaitement, elle est chétive. Sa mère a regagné Trianon le 28 août, fort déprimée. C’est alors que se situe un épisode que Madame Campan, sa première femme de chambre, relate dans ses Mémoires. Un matin, alors qu’elle vient de prendre son service auprès de la reine, elle trouve celle-ci en larme, venant de lire d’horribles libelles qui sont répandus sur son lit. Marie-Antoinette répète : "Ah ! je voudrais mourir ! Ah les monstres ! Que leur ai-je fait ?"

Seule sa favorite, Mme de Polignac, qu’elle a nommée Gouvernante des enfants de France peut la consoler de son désespoir. 

La fragile santé du dauphin 

Sur le plan familial, l’année suivante est marquée par des chagrins et des inquiétudes pour le couple royal. Le 19 juin 1787, la petite Sophie s’éteint à l’âge de 11 mois. La reine est plus atteinte que le roi par cette perte mais ils s’inquiètent aussi pour leur fils aîné, le dauphin, dont la santé s’est détériorée. Il est fiévreux, petit pour son âge et très mélancolique. Le 21 février 1788, Marie-Antoinette écrit à son frère Joseph II : "Mon fils aîné me donne bien de l’inquiétude, mon cher frère. Quoiqu’il ait toujours été faible et délicat, je ne m’attendais pas à la crise qu’il éprouve. Sa taille s’est dérangée, et pour une hanche qui est plus haute que l’autre et pour le dos, dont les vertèbres sont un peu déplacées et en saillie. Depuis quelque temps, il a tous les jours la fièvre et est fort maigri et affaibli."

Il souffre le martyre d’une tuberculose osseuse. On l’envoie s’installer en mars au château de Meudon où ses parents viennent régulièrement le voir. L’air y est supposé plus pur qu’à Versailles.

Au-delà des soucis familiaux, l’état financier de la France est lui aussi désastreux. En 1788, le Contrôleur Général des Finances, Calonne, tente de résorber le déficit en proposant une véritable révolution fiscale. Il s’agit de taxer les Ordres privilégiés. Une fois encore, le roi et la reine ne vont pas être d’accord. Louis XVI approuve son ministre et la reine, qui déteste Calonne qui ne l’avait pas soutenue pendant l’affaire du collier, prend fait et cause pour l’Assemblée des Notables, qui va refuser la réforme. 

Calonne est contraint de partir. Il est remplacé par Loménie de Brienne, qui partira lui aussi. La seule solution est de rappeler Necker, que Louis XVI n’aime pas. C’est Marie-Antoinette et Mercy Argenteau qui ont négocié avec le banquier genevois  pour le faire revenir à Versailles. Encore une humiliation pour le roi. Mais même Necker ne peut juguler la crise financière et les Etats Généraux sont convoqués pour le 5 mai 1789. Ils ne s’étaient pas réunis depuis 175 ans… 

Des Etats Généraux aux journées d’octobre

L’hiver qui précède l’ouverture des Etats Généraux voit s’aggraver tristement l’état du petit dauphin. Il est si mal que le lundi 4 mai il ne peut pas assister à la procession solennelle  pour l’ouverture des Etats Généraux. Il s’éteint un mois plus tard, dans sa huitième année, au château de Meudon. Pour le roi et la reine, c’est une immense douleur. Lorsqu’on parle de cette période, on oublie souvent que la famille royale est en grand deuil. 

Néanmoins, la politique reprend le dessus et le 11 juillet, le roi renvoie Necker, remplacé par Breteuil. Ce renvoi combiné à une pénurie de pain provoque une insurrection à Paris. Le 14 juillet, la Bastille est prise d’assaut et son gouverneur, M. de Launay, est massacré. La Révolution est en marche. Deux jours seulement plus tard, le comte d’Artois, frère du roi, et les Polignac sont les premiers à partir en émigration. Versailles se vide.

Le soir du 1er octobre, la famille royale assiste dans l’opéra du château à un banquet offert par les officiers de la garnison de Versailles à ceux du régiment de Flandre arrivé de Douai. Le roi et la reine sont réconfortés par ce soutien. On va chanter mais les échos déformés arriveront à Paris, relatant une orgie au cours de laquelle on aurait foulé aux pieds la cocarde tricolore. Cette fausse nouvelle, soigneusement répandue, met Paris en ébullition. Le 5 octobre, 5 à 6000 femmes déchainées marchent sur Versailles. Beaucoup conspuent la reine. Le lendemain, la famille royale est contrainte de quitter Versailles pour s’installer, à Paris, sous surveillance, aux Tuileries. Le trajet durera sept heures et sera un véritable calvaire pour la famille.

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Paradoxalement, cette succession de journées pénibles, d’angoisses et d’humiliations et un changement complet de vie qu’impose leur installation aux Tuileries avec une Cour extrêmement réduite, favorise l’intimité du couple. Plus de chasse pour le roi, plus d’escapade à Trianon pour la reine. Pour la première fois, ils mènent une véritable vie de famille. Et curieusement, dans le malheur ils vont se ressouder. Le roi et la reine deviennent solidaires et vont se soutenir l’un et l’autre dans l’épreuve. Marie-Antoinette écrira à son frère Léopold, qui a succédé à Joseph II le 1er mai 1790 : "Je dis nous parce que je ne sépare pas le roi de moi. Si jamais nous redevenons non pas ce que nous avons été mais au moins ce que nous devons être, vous devez et pouvez compter sur toute la fidélité et les sentiments d’un bon allié."

En effet, depuis le début de cette année 1790, alors que le roi est très abattu par toutes les humiliations qui lui sont imposées, tourmenté par la Constitution civile du clergé et par la limitation progressive de ses pouvoirs, Marie-Antoinette devient le moteur du couple et développe une intense activité politique. Elle se rapproche de Mirabeau, pensant qu’il peut être un atout. Parallèlement, elle pratique une diplomatie secrète pour obtenir des souverains européens, et particulièrement de l’Autriche, des manœuvres d’intimidation afin de contrer la volonté de la Convention de rogner davantage les pouvoirs du roi.

Le 14 juillet 1790, la Fête de la Fédération réunit sur le Champ de Mars les Fédérés venus de tous les Départements. Ils illustrent la nouvelle organisation administrative de la France. Lors de cette fête, Louis XVI doit prêter serment à une Constitution... qui n’est pas encore écrite. Un an après la prise de la Bastille, c’est la dernière occasion pour le roi et la reine d’être ovationnés. C’est la dernière fois qu’on entendra : "Vive le roi ! Vive la reine ! Vive le dauphin !"

L’échec de Varenne

Le 18 avril 1791, le roi ayant été empêché de quitter les Tuileries pour faire ses Pâques à Saint-Cloud et son carrosse ayant été bloqué pendant deux heures, il se range à l’idée de la reine : il faut quitter Paris. Louis XVI accepte de se rendre à Montmédy pour rejoindre les troupes fidèles commandées par Bouillé. C’est Axel de Fersen qui est chargé d’organiser l’expédition. Ils quittent les Tuileries dans la nuit du 20 juin. Le roi, la reine, Madame Royale, Madame Elisabeth et le dauphin sont habillés en domestiques, accompagnés de Mme de Tourzel, gouvernante des Enfants de France, ils s’engouffrent dans une lourde berline. Comme on le sait, pour avoir perdu trop de temps au départ et en cours de route, cette fuite se termine piteusement à Varenne sur Argonne. Reconnu à Sainte-Menehould par le maître de poste Drouet, le roi et sa famille sont ramenés à Paris le 25 juin.

Désormais, ils sont prisonniers aux Tuileries et le roi est suspendu de ses pouvoirs. Marie-Antoinette continue de se battre. Elle appelle l’Autriche au secours et demande son aide au député  Barnave. Le 20 avril 1792, l’Assemblée déclare la guerre à l’Autriche. Le processus fatal est enclenché. Le 25 juillet, le duc de Brunswick, chef des armées autrichiennes et prussiennes,  signe un manifeste menaçant  le peuple de Paris de représailles s’il était fait "le moindre outrage à Leurs Majestés le Roi et la Reine". Ce manifeste a été inspiré par la reine alors que Louis XVI est au désespoir. Le résultat est épouvantable. 

Le 10 août, les Tuileries sont attaquées et envahies. Les Gardes Suisses sont massacrés. On dénombre 900 victimes. Le roi et sa famille s'étaient réfugiés à l’Assemblée avant d’être transférés au temple, non pas dans le palais où le comte d’Artois recevait somptueusement, mais dans la sinistre tour qui sera leur prison. Louis XVI, Marie Antoinette, leurs deux enfants et Madame Elisabeth, la plus jeune sœur du roi, vont vivre reclus. C’est à ce moment que les rapports du couple royal vont complètement s’inverser. 

Aux Tuileries, c’est le roi qui s’était effondré et la reine qui s’activait pour tenter de retourner le cours des événements. Le Temple, c’est l’avant-dernière étape de leurs vies. Maintenant, c’est Marie-Antoinette qui s’effondre et Louis XVI qui analyse la situation avec calme et sérénité. Il sait comment le drame va finir. Il l’accepte. En attendant, il organise leur vie, réconforte la reine, sa jeune sœur Elisabeth et les enfants. Il est responsable de sa famille, il en est le pilier et, pour la première fois, Marie Antoinette admire son mari. Il va lui servir d’exemple.

En janvier, le roi fait des adieux déchirants à sa famille. Il est jugé et exécuté le 21 janvier 1793. Marie-Antoinette reste seule au Temple avec ses enfants et sa belle-sœur Elisabeth. Le 3 juillet, on lui enlève son fils pour le confier à l’abominable cordonnier Simon. Le 5 août, elle est conduite à la Conciergerie. Elle prépare sa défense. On sait quelles abominations elle devra subir pendant son procès. Mais la force et la dignité qu’elle manifeste dans ces circonstances pathétiques, c’est son mari, le roi, qui les lui a inspirées. Leur comportement, admirable, dans une tragédie qui les dépasse, les a unis pour toujours.

 

"Au cœur de l’Histoire" est un podcast Europe 1 Studio

Auteur et présentation : Jean des Cars
Production : Timothée Magot
Réalisation : Jean-François Bussière 
Diffusion et édition : Salomé Journo
Graphisme : Karelle Villais

 

 

Ressources bibliographiques : 

Jean-Clément Martin et Cécile Berly, Marie-Antoinette (Citadelles Mazenod, 2010)

Marie-Antoinette, Correspondance 1770-1793, édition établie par Evelyne Lever (Tallandier, 2005)

André Castelot,  Marie-Antoinette (Perrin, 1962)

Jean des Cars, Des couples tragiques de l’Histoire (Perrin, 2020)

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