Elizabeth II, une maturité bousculée (partie 2)

SAISON 2020 - 2021 , modifié à
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[1977-1992] Au printemps 1978, la famille royale connait son premier divorce : celui de Margaret, la sœur cadette d'Elizabeth II, et Tony Armstrong Jones. Dans ce nouvel épisode du podcast Europe 1 Studio "Au cœur de l'Histoire", Jean des Cars vous raconte les quinze années tumultueuses qui séparent cet événement de la fameuse "Annus Horribilis" pour la reine : 1992.

Malgré des moments de joie, la fin des années soixante dix et la décennie quatre vingt sont une période très difficile pour Elizabeth II. Dans ce nouvel épisode du podcast Europe 1 Studio "Au cœur de l'histoire", Jean des Cars vous raconte la succession de catastrophes, d'échecs et de scandales auxquels la reine et sa famille ont dû faire face durant les années Thatcher. 

Margaret et Tony : premier divorce dans la famille royale 

Dans les premiers temps de leur mariage, célébré en 1960, tout semble réussir à Margaret et à Tony. Deux enfants sont nés, David, en 1961, titré vicomte Linley et lady Sarah, née en 1964. Mais le couple princier mène une existence très différente de celle du reste de la famille. Tony est un grand photographe et tient à le rester. Quant à Margaret, elle aime la vie nocturne. Au début, tout se passe bien. On ne voit plus jamais les Snowdon l’été à Balmoral. Ils préfèrent les charmes de la dolce vita italienne, de Capri à la Costa Smeralda en Sardaigne…   

Dans le film "Royal Family", on voit la reine se rendant en Ecosse, à bord du Britannia. Elle tient dans ses bras la petite Sarah Armstrong Jones. Son frère n’est pas loin. Elizabeth les emmène en vacances à Balmoral pendant que leurs parents s’amusent ailleurs, pressentant que la vie du couple pourrait mal tourner. Elle met tout en œuvre pour protéger ses neveux. Hélas, l’avenir va lui donner raison. L’échec du couple est patent. A partir de 1971, on ne les rencontre plus ensemble. Entre eux, c’est la guerre. 

Qui a commencé ? Peu importe. Margaret s’est mise à boire et traîne sa dépression et ses amants dans les night-clubs londoniens et dans sa maison "Les jolies eaux", à l'Île Moustique, dans les Caraïbes – un cadeau de son ami Colin Tennant. Tony n’a jamais supporté ces virées qu’il considérait comme "de l’exotisme de pacotille"... 

En 1976, le nouveau Premier ministre travailliste James Callaghan fait de la princesse Margaret la cible de ses attaques au moment où Buckingham Palace négocie laborieusement la nouvelle liste civile qui lui sera allouée : "Payer pour une ivrogne et ses amants,  pas question !"

L’économie du Royaume-Uni n’est pas à son meilleur, le chômage augmente, l’inflation aussi. La reine tente de raisonner sa sœur. Peine perdue : Margaret se jette dans les bras de Roddy Llewellyn, un paysagiste ami de Colin Tennant. Il est chargé de la distraire, il va y arriver ! Elle a 43 ans, lui 25... Une photo intime, en maillots de bain, de Margaret et Roddy sur une plage de l'île Moustique enflamme la presse. Deux jours plus tard, un communiqué de Kensington Palace annonce la séparation de la princesse et du comte Snowdon. 

Finalement, elle demande le divorce le 10 mai 1978. C’est le premier divorce si près du Trône. Margaret, sixième dans l’ordre de succession, garde sa place. Sa sœur, qui aime beaucoup Toni, maintient également son titre héréditaire de comte Snowdon. Son ex femme a la garde des enfants mais Elizabeth va veiller à ce qu’ils pâtissent le moins possible de la violente séparation de leurs parents. Le divorce est devenu courant au Royaume-Uni. Il le sera aussi chez les Windsor.

Charles perd son mentor

Le 27 août 1979, Lord Mountbatten, en vacances dans sa résidence du Donegal, en Irlande du Nord, part relever ses casiers de homards à bord de son petit bateau de pêche. Il est accompagné d’une de ses filles, Patricia, de son gendre et de leurs enfants. Il arrête son moteur lorsqu’une charge de 25 kilos de dynamite explose sous ses pieds. Dickie est tué sur le coup, trois passagers sont déchiquetés, dont son petit-fils Nicolas, âgé de 14 ans, et la belle-mère de Patricia, qui en a 83. Les autres sont grièvement blessés. 

La reine, alors à Balmoral, est informée. Elle s’éloigne aussitôt de ses invités pour gagner le parc. Tout le monde la verra de dos, secouée de sanglots. Pour désigner les assassins, la presse britannique titre : "Bastards", la pire injure en anglais. Mais celui qui est certainement le plus atteint est le prince Charles. Lors des funérailles solennelles de Lord Mountbatten à Westminster, le 5 septembre, il serre les poings. Il dira plus tard : "J’ai perdu quelqu’un qui était infiniment précieux dans ma vie, qui me témoignait une énorme affection, qui me disait des choses désagréables que je n’avais pas particulièrement envie d’entendre… Il savait être, tout à la fois, grand-père, grand-oncle, père, frère et ami."

En un mot, un mentor.

Le nouveau premier ministre est une femme 

Depuis le 5 mai 1979 et le retour des Conservateurs, le chef du gouvernement est, pour la première fois, une femme : Margaret Thatcher. Quel parcours pour cette fille d’épicier ! Elle a fait ses études à Oxford et a été élue au Parlement à 32 ans. Elle est autoritaire, désagréable et intransigeante, donc très impopulaire. Mais elle s’est assignée comme mission de redresser le Royaume-Uni. Pour cela, la reine l’admire mais ses méthodes brutales et spectaculaires vont rapidement lui déplaire. Leurs rapports sont difficiles. 

Bien qu’admirative de la souveraine et fervente supporter de la monarchie, Margaret Thatcher espère exercer seule le pouvoir réel. Elle commet une première faute en tentant d’empêcher Elizabeth II de participer au sommet du Commonwealth à Lusaka, en Zambie, en août 1979. La reine se rend quand même dans cet Etat africain car elle est le chef du Commonwealth, une fonction qu’elle estime essentielle. La Première ministre doit s’incliner.

Le prince Charles se marie enfin !

Depuis 1977, Charles a fini sa formation. Après quelques années dans la Royal Navy, il est devenu pilote dans la Royal Air Force puis nommé colonel d’un régiment de parachutistes. Il s’installe alors à Buckingham Palace où, en tant que prince de Galles, il dispose de sa Maison. 

Sa vie privée n’est pas simple. En 1970, il tombe amoureux de Camilla Shand. Elle est et elle sera la femme de vie. Son père est un ancien officier de cavalerie et dans l’ascendance de sa mère, on trouve Alice Képel qui avait été, pendant de nombreuses années, la maîtresse du roi Edouard VII. Camilla a dix-huit mois de plus que Charles. Ils partagent l’amour de la campagne, de la nature et des chevaux ainsi qu’un grand sens de l’humour. Ils sont parfaitement bien ensemble, lorsque le prince doit la quitter pour rejoindre son affectation aux Caraïbes, dans la Royal Navy. 

Pendant son absence, Camilla épouse, en juillet 1973, Andrew Parker Bowles, son ancien "boyfriend" et auparavant flirt de la princesse Anne ! Charles est trahi, vexé. Il se met à papillonner avec les plus jolies représentantes de l’aristocratie britannique, sans cependant jamais s’attacher… 

A L’été 1980, le prince de Galles a 32 ans. Il a repris sa liaison avec Camilla, la seule qui le comprenne réellement. Ses parents jugent qu’il est temps qu’il se marie. Sa liaison avec une femme mariée rappelle fâcheusement le précédent prince de Galles, futur (et éphémère) roi Edouard VIII, avec Wallis Simpson.  La  "Firme" cherche la perle rare et la trouve en la personne de lady Diana Spencer, une jeune fille de 19 ans appartenant à la plus haute aristocratie et n’ayant eu aucune liaison connue. La perle rare ? Pas si sûr ! Diana a une nature perturbée, traumatisée par le divorce violent de ses parents alors qu’elle n’avait que huit ans. Elle est jolie, grande, blonde, charmeuse mais aussi "menteuse compulsive", selon son propre frère, le comte Spencer.

En juillet 1980, une rencontre est organisée. Fine mouche, Diana dit à Charles combien elle a été bouleversée par son chagrin lors de la mort de lord Mountbatten. Charles doit se marier. Pourquoi pas cette jolie et sensible jeune femme, même si son coeur appartient toujours à Camilla ? Il se résout à faire sa demande en mariage le 4 février 1981. Il est déchiré. Il n’aime pas sa fiancée mais il fait son devoir. Diana connaît Camilla et est au courant de sa liaison avec le prince. Mais elle est sûre de l’emporter. Pour elle, il s’agit d’une sorte de challenge. Le mariage a lieu le 29 juillet 1981, dans la cathédrale Saint-Paul, pour pouvoir accueillir plus d’invités qu’à Westminster. 750 millions de téléspectateurs tombent sous le charme de la mariée. Ce jour-là, elle gagne son statut d’icône. Au balcon du palais, le premier baiser sur la bouche du couple soulève l’enthousiasme du monde entier. Du jamais vu ! Enfin un vrai mariage d’amour ! En tout cas c’est ce qui paraît… 

Le prince Andrew, héros de la guerre des Falkland

En janvier 1982, le Royaume-Uni suit de près la grossesse de Diana, devenue princesse de Galles par son mariage, qui a été annoncée le 5 novembre précédent. Mais bientôt, c’est une préoccupation d’une autre nature qui inquiète les Britanniques : pour tenter de faire oublier une grave crise économique, la dictature militaire de Buenos-Aires annonce que l’Argentine va reconquérir l’archipel des Falkland, occupé par la couronne d’Angleterre depuis 1832. Des commandos argentins débarquent sur l'île de Géorgie du Sud le 2 avril. Après un ultimatum sans réponse, Margaret Thatcher met en alerte les troupes du Royaume-Uni. Elles seront transportées, en partie, par des navires commerciaux, tel que le paquebot Queen Elizabeth 2.

C’est la deuxième guerre de la reine après Suez. Mais cette fois son propre fils y participe ! Andrew, 22 ans, troisième enfant d’Elizabeth et Philip, y prend en effet part comme pilote d’hélicoptère. Chouchou de sa mère, surnommé Andy, il est l’exact opposé de Charles. Il a supporté le pensionnat de Gordonstoun sans état d’âme. C’est un bon vivant, pas du tout un intellectuel. On lui a évité Cambridge mais il a aussi été à Dartmouth et a adoré la vie militaire. La guerre est courte, elle s’étale sur moins d’un mois mais fera 1000 victimes dont 255 sujets de Sa Majesté. 

Andy s’est remarquablement comporté. Il rentre trois mois plus tard avec les troupes ayant participé au conflit. La guerre a été victorieuse. Tous ceux qui l’ont faite sont accueillis triomphalement.

Décidément, c’est l’heure des bonnes nouvelles : le 25 juin 1982, la princesse de Galles accouche d’un premier enfant, le prince William. Apparemment, le conte de fées continue. Deux ans plus tard, le 15 septembre 1984, elle donne naissance à un second fils, Harry. Mais derrière l’image de ce bonheur familial, l’entente de Charles et de Diana n’est plus qu’une fiction. Le prince héritier a repris sa liaison avec Camilla Parker-Bowles, sa femme est profondément humiliée mais pour le grand public, rien ne transparait de ce naufrage conjugal. Pour l’instant, seule la famille royale et quelques proches sont au courant.

Le mariage d’Andrew

A l’été 1985, le prince Andrew rencontre une rousse flamboyante, Sarah Ferguson, dite "Fergie", invitée dans la loge royale à Ascot grâce à Diana. La princesse de Galles pense que Fergie pourrait plaire à son beau-frère. Elle a vu juste : c’est un vrai coup de foudre ! Certes, elle est un peu vulgaire, elle a déjà eu plusieurs amants dont le dernier, avec qui elle vivait, avait 22 ans de plus qu’elle. Mais peu importe ! Le père de Sarah, écuyer de la reine, fait partie des équipes de polo du prince Philip depuis 1960. Cela aide à être admis dans le cercle royal. 

L’éclatante et joyeuse Fergie a un point commun avec sa belle-sœur Diana : elle avait 13 ans lorsque sa mère, la belle Suzanne, avait abandonné sa famille pour un joueur de polo argentin. Mais Fergie s’est plus facilement intégrée dans la famille royale car elle aime le polo, la chasse, la nature et les chevaux, contrairement à sa belle sœur. 

Andrew, titré par sa mère duc d’York, épouse Sarah-Fergie le 25 juillet 1986 à Westminster. La cérémonie, télévisée, n’attire que 500 millions de spectateurs, moins que Charles et Diana, mais c’est normal : Andrew est un cadet… Le couple a deux filles, Béatrice en 1988 et Eugénie en 1990. Entre-temps, Elizabeth et Philip doivent gérer un autre coup dur : Anne divorce de son mari Mark Phillips. La princesse est amoureuse du commandant Tim Lawrence. Son conjoint l’a lui-même copieusement trompée… Le coup est rude : Anne est le premier enfant d'Elizabeth et Philip qui divorce… Et ce n’est qu’un début !

Deux mariages, deux échecs

Deux scandales successifs vont faire la Une de la presse. Ils concernent la duchesse d’York. En 1991, des photos prouvent sa liaison avec un magnat du pétrole, Steve Wyatt. Le couple princier décide alors de se séparer. Elizabeth II plaide la patience mais l’année suivante, en août 1992, lors des vacances à Balmoral, d’autres photos font la une des journaux britanniques. Elles montrent cette fois Fergie en compagnie de son nouvel amant John Bryan. Il y suce voluptueusement un orteil de la jeune femme au bord d’une piscine dans le midi de la France. Plus grave encore, les deux filles d’Andrew sont aussi sur la photo ! Cette-fois, le divorce est inévitable.

Chez le prince et la princesse de Galles, les scandales se succèdent aussi. Ce même été 1992, le Sun publie la transcription d’une conversation intime de Diana avec son amant John Gilbey, héritier d’une marque de gin. Il appelle Diana Squidgy, qui signifie “ma douce”. L’affaire est baptisée "Squidgygate"... Dans cet échange (le journal assure qu’il a censuré les passages sexuels), Diana déverse son ressentiment à l’encontre de Charles et a des paroles particulièrement grossières à l’égard de la famille royale. A la guerre des York, succède celle des Galles. Elle sera longue et meurtrière…

L’incendie du château de Windsor 

La difficile année 1992 n’est cependant pas encore finie... Dans la nuit du 19 au 20 novembre, un terrible incendie ravage le château de Windsor. Il est accidentel. Dix siècles d’histoire disparaissent dans le brasier. La chapelle privée, la salle à manger d’apparat, et le salon cramoisi vont brûler. Le prince Andrew, présent dans la forteresse ce soir-là, va organiser avec efficacité le sauvetage des œuvres d’art. 

On prévient la reine. Elle est sur place aux premières heures du jour, chaussée de bottes, un foulard Hermès noué sous le menton. Elizabeth II fait face à un nouveau drame. Windsor et elle, c’est une histoire d’amour, mais c’est aussi l’Histoire de l'Angleterre depuis près de mille ans. Pire encore, ce 20 novembre est son 45ème anniversaire de mariage et Philip est… en Argentine. Quatre jours plus tard, le 24 novembre, lors d’un banquet donné pour ses 40 années de souveraine au Guild Hall de Londres, la reine prononce le discours le plus émouvant de son règne. Elle s’y montre presque fragile. Après avoir demandé "indulgence, compréhension et gentillesse" à l’assistance, elle déclare : "Je ne conserverai pas de l’année 1992 le souvenir d’un bonheur sans mélange. Comme me l’écrivit, avec sympathie, l’un de mes aimables correspondants, ce fut vraiment une Annus Horribilis."

On ne saurait mieux dire… 

 

Ressources bibliographiques : 

Sarah Bradford, Elizabeth II (Penguin Books nouvelle édition 2002)

William Shawcross, Queen Elizabeth the Queen Mother (Pan Books, 2009)

Sarah Bradford, George VI (Penguin Books, 1989)

Jean des Cars, Elizabeth II, la Reine (Perrin, 2018)

 

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"Au cœur de l’Histoire" est un podcast Europe 1 Studio

Auteur et présentation : Jean des Cars
Production, diffusion et édition : Timothée Magot
Réalisation : Matthieu Blaise
Graphisme : Karelle Villais

 

 

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