Trois questions pour comprendre pourquoi le gouvernement mise massivement sur l'hydrogène

, modifié à
  • A
  • A
En France, l'utilisation de l'hydrogène comme carburant concerne surtout les transports en commun. 2:48
En France, l'utilisation de l'hydrogène comme carburant concerne surtout les transports en commun. © Lionel Gougelot pour Europe 1
Partagez sur :
Le plan de relance présenté jeudi par Jean Castex consacre sept milliards d'euros sur dix ans à la filière de l'hydrogène, présenté comme le carburant de demain. Pour le gouvernement, il s'agit notamment de remplacer l’hydrogène "gris", issu des énergies fossiles, par un hydrogène "vert", fabriqué à partir d'énergies renouvelables.
DÉCRYPTAGE

Parmi les annonces du plan de relance figure la volonté du gouvernement d'investir massivement sur l'hydrogène : sept milliards d'euros d'ici 2030, dont deux milliards injectés rapidement pour aider à la constitution d'une filière française de l'hydrogène. Une fois transformé, l'hydrogène est le seul carburant avec zéro émission... mais sa production reste très émettrice en CO2. On parle d'hydrogène "gris", fabriqué à partir d'énergies fossiles. L'Etat veut donc investir pour produire de l'hydrogène "vert", c’est-à-dire issu de l’électrolyse de l’eau, avec de l’électricité elle-même fournie par des énergies renouvelables.

Dans quels secteurs est utilisé l'hydrogène ?

L'hydrogène est utilisé dans l'industrie, la chimie, l’habitat mais surtout dans les transports. En Allemagne, des trains fabriqués par Alstom circulent déjà à l’hydrogène. Le géant du ferroviaire travaille en ce moment avec la SNCF à la mise en circulation de TER à hydrogène dès 2022 dans plusieurs régions de France. Les régions Occitanie, Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes et Grand Est sont déjà sur liste d'attente pour accueillir les premiers tests.

Et si tout le monde se lance aussi massivement, c'est parce que l'hydrogène a beaucoup d'avantages. "L’intérêt de l’hydrogène, que l’on utilise pour produire de l’électricité dans les voitures, c’est que la densité de cette molécule est excellente. Elle permet d’obtenir des conforts d’utilisation comparables à ceux d’une voiture thermiques", pointe Pierre-Etienne Franc, directeur monde des activités « hydrogène énergie » d’Air Liquide , auprès d’Europe 1. "Lorsqu’elle réagit pour produire de l’électricité, elle n’émet aucune autre forme de substance que de l’eau."Plus léger qu'une batterie électrique, le dispositif pourrait aussi être privilégié pour faire rouler des poids lourds.

Et peut-on aussi imaginer des bateaux et des avions à hydrogène ?

Certains bateaux utilisent déjà l’hydrogène. Il y en a peu encore, mais il s’agit clairement d'une option crédible pour rendre le transport maritime moins polluant. Le 1er bateau de plaisance vient même d’être créé, l’Hynova 40. Grâce à une solution modulaire développée autour de la pile à combustible dernière génération de Toyota qui permet de réduire  les émissions de CO2, d'éliminer les particules fines et le bruit, tout en assurant la propulsion des systèmes du bord grâce à l'hydrogène.

Pour l’aviation, en revanche, ce type de carburant arrivera à moyen terme, pas avant 10 ou 15 ans. Toutefois la technologie nécessaire existe déjà, il s'agit de l'hydrogène liquide. Or, les meilleurs spécialistes pour liquéfier l'hydrogène sont français. Les groupes Airbus et ADP espèrent que l’hydrogène pourra aider à relancer une filière aéronautique très impactée par la crise sanitaire. 

Et cette filière pourrait générer des emplois ?

Oui, nous sommes là en plein dans l'objectif de relocalisation de l'industrie. Michel Delpon, député LREM de Dordogne qui a constitué un groupe d'études sur l'hydrogène à l'Assemblée Nationale, anticipe déjà la création d’une pépinière d'emplois. "L’objectif est de garder nos savoirs faire et nos chercheurs. On va créer des emplois et une nouvelle économie", assure-t-il à Europe 1. "C’est une vraie révolution, comme celle que l’on a connue avec le numérique."

Ce sont même "des milliers d’emplois" à venir selon la tribune publiée en juillet dernier dans le JDD. Et c’est justement cette impulsion qui était demandée par le député et par sa conseillère parlementaire, Inès Loughraieb, qui travaillent au développement de l’hydrogène depuis 18 mois. Jusque-là, le plan Hulot pour l’hydrogène, annoncé en 2018, plafonnait à 100 millions d’euros. C’est désormais une toute autre échelle. La France travaillera en lien avec l’Allemagne, qui elle a annoncé investir 9 milliards d’euros sur 10 ans.

Côté français, pour accompagner cette révolution, il reste tout un écosystème à construire, que ce soit pour le stockage, le nombre de stations de recharge ou même les filières pour former à ces emplois de demain. Mais avec sept milliards d'euros sur dix ans, les acteurs du secteur se disent qu'un tournant décisif vient d'être pris.

Europe 1
Par Aurélien Fleurot, édité par Romain David