Smic, CSG, prime de fin d’année : à qui profitent les annonces d’Emmanuel Macron ?

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Le président de la République a annoncé lundi plusieurs mesures en faveur du pouvoir d’achat des Français, avec des intentions politiques et économiques multiples.
ON DÉCRYPTE

Il était attendu et il a répondu : Emmanuel Macron a présenté lundi soir, dans une allocution télévisée, un ensemble de mesures pour booster le pouvoir d’achat des Français. En pleine crise des "gilets jaunes", le chef de l’État a promis, entre autres, un coup de pouce de 100 euros pour les smicards et une exonération de la hausse de la CSG pour les retraités modestes. "Emmanuel Macron était dans l’urgence. Cela va beaucoup plus loin que ce qu’on pouvait imaginer", a analysé, à chaud, Emmanuel Duteil, chef du service France d’Europe 1. Passage en revue des principales mesures égrenées par le chef de l’État.

Smic, CSG, prime de fin d’année : quels effets pour les annonces d'Emmanuel Macron ?

Un "très gros coup de pouce" pour les smicards

Alors que le gouvernement martelait depuis des semaines son opposition à tout coup de pouce au Smic, Emmanuel Macron a annoncé une augmentation de 100 euros du salaire des travailleurs modestes. Contradictoire ? "Il mange un peu son chapeau mais il retombe sur ses pattes quand même puisque cette hausse passera par la prime d’activité" et non sur le Smic lui-même, explique Emmanuel Duteil. Versée sur demande aux travailleurs percevant des revenus modestes et d’un montant variant selon la composition et les ressources du foyer, cette prime va donc augmenter de 100 euros dès janvier.

"C’est un très gros coup de pouce puisque le Smic aurait dû augmenter de 36 euros au début de l’année prochaine, c’était la hausse mécanique, celle du calcul automatique", rappelle Emmanuel Duteil. En réalité, les bénéficiaires percevront donc 64 euros de plus que ce qui était initialement prévu. "C’est extrêmement conséquent quand vous gagnez 1.200 euros nets et que vous avez 100 euros de plus qui tombent chaque mois", juge le chef du service France d’Europe 1.

Les heures supplémentaires défiscalisées, "un sentiment de gain de pouvoir d’achat"

L’autre mesure importante annoncée par Emmanuel Macron en faveur des travailleurs, c’est le retour, dès le début de l’année, des heures supplémentaires désocialisées et défiscalisées. "Concrètement, cela signifie qu’une personne qui fait des heures supplémentaires ne payera pas d’impôt ni de cotisations sociales sur les sommes perçues", explique Emmanuel Duteil. "C’est une mesure qui avait extrêmement bien fonctionné à l’époque de Nicolas Sarkozy (votée en 2007, elle avait été abrogée par François Hollande en 2012, ndlr), il y avait eu un sentiment de gain de pouvoir d’achat", note-t-il.

Pour être très clair, cette annonce n’est que partiellement nouvelle. En effet, Emmanuel Macron avait déjà prévu, et c’était inscrit dans le budget 2019, de désocialiser les heures supplémentaires. La nouveauté, sur le fond, réside dans la défiscalisation qui constitue un coup de pouce supplémentaire. Quant à la forme, Emmanuel Duteil estime "intéressant que cette mesure ait été avancée". "Il y a clairement une accélération du plan au sommet de  l’État", souligne-t-il.

Une prime de fin d’année qui peut "doper l’économie"

Troisième mesure en faveur des travailleurs : Emmanuel Macron a demandé aux entreprises "qui le peuvent" de verser à leurs salariés une prime de fin d'année. "Les autres mesures ne coûteront rien aux entreprises. Et là, Emmanuel Macron les exhorte à faire un geste, il les renvoie à leurs responsabilités", explique Emmanuel Duteil. Mais pour le chef du service France d’Europe 1, "ça va être beaucoup plus simple pour les grandes entreprises que pour les petites PME".

Cette prime de fin d’année, dont le montant varie d’une entreprise à l’autre, pourrait "doper l’économie" : "C’est de l’argent qui peut être réinvesti dans l’économie très vite", estime Emmanuel Duteil. Il note généralement "une incitation pour que la fiche de paie augmente au 1er janvier". "Et derrière tout ça, il y aussi sans doute la crainte du prélèvement à la source, dont l’impact devrait être réduit en janvier grâce à toutes ces augmentations", avance-t-il.

Exonération de hausse de la CSG pour les retraités : "Macron a entendu la colère"

Plus inattendu, Emmanuel Macron a fait un geste en faveur des retraités. Nombreux dans les rangs des "gilets jaunes", les seniors, principaux perdants de l’augmentation de la CSG puisqu’ils n’ont pas bénéficié de la suppression des cotisations maladie et chômage, vont avoir un coup de pouce. Les retraités touchant moins de 2.000 euros par mois vont ainsi être exemptés de la hausse de la CSG. "Jusqu’ici, le niveau d’un retraité riche était fixé à 1.600-1.700 euros. Là, on passe à 2.000 euros", analyse Emmanuel Duteil.

Concrètement, sous 1.200 euros de pension pour une personne seule, c’est le taux réduit de CSG qui s’appliquera ; de 1.200 à 2.000 euros c’est le taux de 2017 ; et au-dessus de 2.000 euros, c’est le taux augmenté. "Ça montre bien qu’Emmanuel Macron a entendu la détresse d’une grande partie de ces gens qui ont travaillé toute leur vie et méritent d’être récompensés pour ça."

Combien ça coûte ? Toutes ces annonces posent forcément la question du coup pour l’État. "C’est un package extrêmement important mais ça va coûter des milliards d’euros, que l’on n’a pas officiellement", souligne Emmanuel Duteil. "Le déficit va augmenter, c’est certain, mais les 3%, ils n’en ont rien à faire ce soir", ajoute-t-il, alors que selon le secrétaire d’État Olivier Dussopt, la facture pourrait s’élever à 8 à 10 milliards d’euros.