"Prime Macron" de fin d’année : quelles sont les entreprises qui jouent le jeu ?

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Quelques grandes entreprises ont répondu à l’appel d’Emmanuel Macron et vont instaurer une prime exceptionnelle de fin d’année pour leurs salariés. Mais tout le monde ne peut pas se le permettre.

ENQUÊTE EUROPE 1

Y aura-t-il une prime de fin d’année pour les salariés français ? Pour répondre à la crise du pouvoir d’achat, Emmanuel Macron a demandé lundi aux entreprises "qui le peuvent" de verser une prime exceptionnelle, non soumise à l’impôt et aux cotisations sociales, à leurs employés. Le Premier ministre Edouard Philippe a précisé vendredi que cette prime serait défiscalisée jusqu'à 1.000 euros, et que les salariés touchant jusqu'à 3.600 euros mensuels net y seraient éligibles. 

Europe 1 a sondé plus d’une centaine d’entreprises présentes en France pour connaître leurs intentions. Si quelques grandes entreprises ont déjà répondu à l’appel du président de la République, beaucoup attendent encore des précisions de la part du gouvernement.

Celles qui ont déjà acté une prime

À l’heure actuelle, la plus belle prime est offerte par Total. "Compte tenu des bons résultats" de l’entreprise, le PDG Patrick Pouyanné a annoncé mardi une "prime exceptionnelle" de 1.500 euros pour chacun de ses 30.000 salariés français. Et ce, alors même que la défiscalisation et la désocialisation pourraient être plafonnées à 1.000 euros.

Parmi les premières entreprises à s’être déclarées, Altice a frappé un grand coup en annonçant une "prime exceptionnelle" de 1.000 euros pour l’ensemble des 20.000 salariés du groupe, toutes filiales confondues (SFR, BFMTV, Libération…). Iliad, la maison-mère de Free a emboîté le pas de son concurrent en promettant également une prime de 1.000 euros pour ses 6.000 employés. Télécoms toujours, chez Orange, l'enveloppe varie avec une prime de 1.000 euros versée à tous les salariés en France dont le salaire annuel brut est inférieur à 25.000 euros, et de 500 euros à ceux gagnant "entre 25.000 et 30.000 euros".

Le secteur du luxe va mettre la main à la pâte. Selon les informations d’Europe 1, Kering (propriétaire d’Yves Saint Laurent, Gucci, Balenciaga…) a acté le principe d’une prime de fin d’année mais doit encore étudier les modalités. Même position chez Hermès et chez LVMH : "La prime de fin d’année nette d’impôts et de charges, proposée par le président de la République, est une excellente mesure, de nature à soutenir sans délai le pouvoir d’achat. Le groupe LVMH appliquera cette mesure dès que la loi le permettra", nous indique le groupe, qui précise que "les modalités d’attribution de cette prime exceptionnelle seront précisées dans les jours qui viennent".

Autre groupe de taille qui va s’impliquer : Carrefour, qui "souhaite participer à l’effort et travaille à la façon d'y répondre", nous dit-on. Mais la situation du groupe est plus complexe que les autres de la grande distribution. Il s’agit du premier employeur privé avec 115.000 salariés. Le versement d'une prime de 1.000 euros représenterait donc une somme très conséquente, d'autant que le groupe se dit "très impacté par crise des 'gilets jaunes'". Dans la grande distribution, Casino est également partant. Du côté de Decathlon, il devrait aussi y avoir une prime. "La réflexion a été entamée avant les annonces", nous explique-t-on. Là encore, un avertissement : le montant, en cours de calcul, sera lié aux "mauvais chiffres des deux derniers mois".

Le spécialiste belge de la chimie Solvay, annonce, lui, une prime de 600 euros pour les non-cadres, soit 4.000 salariés sur 5.300 en France. Même montant chez Engie qui va verser une prime à ses 41.000 salariés dont le salaire mensuel brut de base est inférieur à 2.500 euros. La Poste va offrir avant la fin de l'année 300 euros pour les postiers ayant une rémunération brute annuelle jusqu'à 1,5 fois le Smic et 200 euros pour les postiers entre 1,5 et 3 fois le Smic, soit "200.000 salariés" bénéficiaires de la prime. Veolia va mettre en place, en janvier, "une prime exceptionnelle de 500 euros" pour les employés qui perçoivent un salaire annuel brut de 25 000 euros ou moins, soit 20.000 personnes (20% des effectifs du groupe).

Le fabricant de verres de lunettes Essilor a opté pour une prime de 600 à 800 euros pour les salariés touchant moins de 3.500 euros bruts par mois. Citons également le cas de Publicis qui va verser une prime de 1.000 euros à ses salariés en CDD et en CDI qui gagnent moins de 2.500 euros brut par mois. Elle concerne donc 31% des salariés du groupe en France, soit quelque 1.500 personnes. Le président du directoire Arthur Sadoun s’est même adressé à ses employés dans une vidéo tournée au Drugstore des Champs-Élysées, vandalisé à plusieurs reprises lors des manifestations de "gilets jaunes".

Valeo, en pointe sur la voiture autonome, assure qu’il fera "évidemment quelque chose" et attend simplement des précisions du gouvernement. À la SNCF, "dès le bulletin de paie de décembre, les salariés les plus modestes vont recevoir une prime de fin d'année supplémentaire", a annoncé le PDG Guillaume Pepy. "Elle est de 400 euros pour tous les salariés qui touchent jusqu'à 1,5 fois le Smic", a-t-il ajouté, avant de préciser que les salariés touchant entre 1,5 et 2 Smic recevraient pour leur part 200 euros. "Presque 100.000 salariés" sont concernés. La RATP a annoncé qu'elle verserait en janvier une prime exceptionnelle de 200 ou 400 euros à "plus de 30.500 salariés" percevant un salaire annuel brut inférieur à deux Smic.

Aéroports de Paris (ADP) va contribuer avec une prime destinée à "45% des salariés du groupe", d'un montant variant entre 250 et 1.000 euros en fonction du salaire. Les employés dont la rémunération globale brute annuelle est inférieure à 30.000 euros toucheront la somme maximale. Michelin a également annoncé une prime dégressive : 750 euros pour les salariés percevant moins de 26.000 euros, 500 euros pour les salariés percevant entre 26.000 et 30.000 euros et 250 euros pour les salariés entre 30.000 et 34.000 euros.

Voilà pour les grands groupes. L’instauration d’une telle prime semble en revanche plus compliquée pour les PME. Parmi les entreprises contactées par Europe 1, seules quelques-unes ont déjà acté le principe d’une prime. Parmi elles, la Moutarderie Edmond Fallot, basée à Beaune, va "revoir à la hausse la prime prévue pour ses 22 salariés en fonction des modalités de défiscalisation". Le patron du loueur de voitures Ucar s'est également engagé, sur Europe 1, a offrir une prime exceptionnelle cette année.

Celles qui réfléchissent

Nombre d’entreprises nous ont répondu être actuellement en phase de réflexion, en attendant de connaître les modalités de défiscalisation et de désocialisation de cette prime exceptionnelle. C’est notamment le cas d'Accor et d’Airbus. "Dès que nous aurons reçu plus d’informations, nous sommes ouverts à étudier les différentes options, en tenant compte de ce qui est déjà en place dans l’entreprise", a expliqué le constructeur aéronautique.

Du côté du groupe Bouygues, on étudie la situation "filiale par filiale" mais on souligne que "la paie a déjà été enregistrée" pour le mois, ce qui rend le versement d’une prime "compliqué". Une réflexion est aussi engagée chez Auchan, Coca-Cola, Clairefontaine, Leroy Merlin, Michelin ou encore Point S. Pour certains, la prime pourrait s’ajouter à d’autres mesures déjà prévues. Ainsi, chez Airinov, PME spécialiste des drones agricoles, on réfléchit à un coup de pouce qui serait "intégré au bonus annuel", mais il n’y a "rien de concret en l’état".

Celles qui ne vont pas le faire

Toutes les entreprises ne verseront pas de prime de fin d’année à leurs salariés. Beaucoup expliquent ne simplement pas vouloir le faire, pour diverses raisons. Chez Air France, on indique qu’il y a déjà "une prime de fin d’année pour toute l'entreprise comme une sorte de 13ème mois, une prime d’uniforme (qui concerne tous les non cadres, une grande partie des cadres et les PNC) de 1.500 euros". Pas de "prime Macron" en plus donc, d’autant que la compagnie a signé récemment un accord salarial interprofessionnel qui revalorise les salaires.

L’existence de primes régulières ou ponctuelles revient souvent dans les justifications des entreprises qui ne souhaitent pas instaurer de coup de pouce supplémentaire pour la fin d’année. "On ne va pas spécifiquement faire ça. Mais on a déjà beaucoup de choses. En début d’année, il y a le paiement des bonus, puis la participation, l’intéressement, les primes de vacances", assume le patron France de l’éditeur de logiciels SAP, Gérald Karsenti, invité de l’interview éco d’Europe 1 mardi. Même réponse chez Nokia qui assure que les primes déjà en place sont suffisantes. Chez Europcar, on avance également un système de primes préexistant, tandis que Randstad, spécialiste du recrutement, "n’a rien prévu pour l’instant".

Chez PSA, on explique avoir déjà eu recours "dans le passé à une prime équivalente, le supplément d'intéressement" et on renvoie aux négociations annuelles obligatoires sur les rémunérations (NAO). Même réponse du côté de Renault. Enfin, dans le secteur du numérique, où les petits salaires ne sont pas légion, pas de prime au programme. Facebook ne devrait pas suivre le mouvement, tout comme Google, où les salariés sont "déjà bien lotis".

Celles qui ne peuvent pas le faire

Si Emmanuel Macron a demandé un geste aux entreprises, toutes ne peuvent pas se le permettre financièrement. C’est notamment le cas du PMU. "Ça ne va pas être simple, on a eu une année très difficile avec la Coupe du monde et la concurrence des paris sportifs. Et elle ne se termine pas très bien pour des raisons macroéconomiques. Nous avons en plus des hippodromes déficitaires", justifie Cyril Linette, le directeur général du PMU, invité de l'interview éco d'Europe 1 mercredi.

C’est compliqué également dans le secteur du jouet : plusieurs fabricants et distributeurs, désireux de ne pas être cités, nous ont affirmé ne pas pouvoir se permettre de lâcher une prime alors que les ventes de fin d’année sont plus que moroses. Très affecté par les blocages de "gilets jaunes", Système U ne pourra pas non plus offrir de prime en cette période compliquée.

Le contexte économique devrait aussi beaucoup jouer pour les PME. "On dépend beaucoup de l’économie de tous les jours puisqu’on travaille avec des restaurateurs. 2018 n’est pas une grande année, en tout cas pas suffisamment pour faire une prime", explique Antoine Girard, fondateur de la startup toulousaine de solutions pour restaurateurs Guestonline. "Ce n’est pas à l’État de nous demander d’offrir une prime. Il doit d’abord nous en donner les moyens. Et puis on préfère valoriser le travail. On donne une prime quand il y a un succès dans l’entreprise."