Hausse du prix du tabac : la présidente de Philip Morris France tacle "l’approche agressive du gouvernement"

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Le prix du paquet de cigarettes a de nouveau augmenté vendredi. En exclusivité pour Europe 1, Jeanne Pollès, présidente de Philip Morris France, s’exprime sur la politique de santé publique du gouvernement.
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La lutte contre le tabagisme monte d’un cran. Vendredi, le prix du tabac a de nouveau augmenté, répercussion des hausses de taxes souhaitées par le gouvernement. Résultat, le paquet de Malboro rouge, le plus vendu en France, coûte à présente 8,80 euros, en hausse de 60 centimes. "L’augmentation des prix est le reflet de l’approche assez agressive du gouvernement. Elle a commencé il y a deux ans mais cette année, il y a une accélération, avec une hausse de 50 centimes tous les six mois", souligne, en exclusivité sur Europe 1, Jeanne Pollès, présidente de Philip Morris France (propriétaire, entre autres marques, de Malboro).

Baisse des ventes anticipée. S’il reporte la responsabilité de la hausse des prix sur le gouvernement, le cigarettier a pourtant fait le choix de répercuter l’intégralité de la hausse des taxes sur le prix de vente et même d’aller un peu au-delà. "Les consommateurs ont vocation à payer les taxes donc nous avons répercuté la hausse de 50 centimes. Et nous avons rajouté dix centimes sur certains paquets pour compenser la baisse que nous anticipons du marché légal", précise Jeanne Pollès, invitée de l’interview éco d’Emmanuel Duteil vendredi.

>> Écoutez l’interview intégrale de Jeanne Pollès dans le journal de la nuit d’Isabelle Millet. Le replay de l’émission est à retrouver ici.

Pour justifier cette anticipation d’une perte de revenus, la présidente de Philip Morris France rappelle que dans le prix du paquet de cigarettes, il y a "80% de taxes qui vont à l’État, 9,9% qui reviennent aux buralistes, et 7,8% de marge pour les fabricants". À terme, elle estime donc que le prix du paquet sera prohibitif pour les fumeurs (il coûtera dix euros fin 2020) et que ces derniers se tourneront vers le marché noir. "La conséquence de hausses de prix importantes et régulières, c’est la construction d’un marché parallèle. En France, cela représente une cigarette vendue sur quatre", assure Jeanne Pollès.

Philip Morris salue la politique "pionnière" de la France. Pour autant, la patronne de Philip Morris France reconnaît que la politique du gouvernement va dans le bon sens. "Dans une politique de santé publique, le prix doit être un levier. Le gouvernement a mis en place une politique assez pionnière. Il y a une vraie volonté d’avoir un impact positif sur le nombre de fumeurs. Et ça c’est bien", affirme-t-elle à Europe 1. "Mais malgré cette approche, il y a quand même 12 millions de fumeurs quotidiens. Que fait-on pour eux ?", s’interroge toutefois Jeanne Pollès.

Entendu sur europe1 :
Il faut que les fumeurs soient mieux informés pour pouvoir faire un choix éclairé

Tout de même soucieuse d’assurer la pérennité de son entreprise, la patronne de Philip Morris France mise sur l’innovation. "Le problème, ce n’est pas le tabac ni la nicotine, c’est le fait qu’on brûle le tabac. Donc, on a investi pour trouver une technologie qui consiste à chauffer le tabac. Avec ce produit, vous avez la satisfaction du fumeur sans avoir tous les méfaits, c’est prouvé par des études scientifiques", assure-t-elle. "Mais ce n’est pas une alternative à risque zéro, il y a toujours le phénomène d’addiction. On parle plutôt d’alternative à risques réduits", ajoute-t-elle.

Mieux informer les fumeurs. "Notre rêve - c’est le patron monde de Philip Morris qui le dit, c’est qu’un jour on arrête de commercialiser des cigarettes", avance Jeanne Pollès sans ciller. "C’est très sérieux. Mais on est conscients qu’on n’y arrivera pas seuls. Il faut que les fumeurs soient mieux informés pour pouvoir faire un choix éclairé et arrêter de fumer ou se tourner vers de meilleures alternatives que la cigarette", estime-t-elle. "Le gouvernement a un rôle à jouer dans cet accès à l’information."

Comme résoudre la problématique des mégots ?

Autre sujet de fond pour les cigarettiers : les mégots. La secrétaire d’État à la Transition écologique Brune Poirson souhaite faire payer les fabricants pour le ramassage. "On est prêt à payer mais nous taxer pour le ramassage est une solution de court terme. Il faut plutôt réfléchir à des solutions pour éviter d’avoir des mégots dans la rue", estime Jeanne Pollès. "Aujourd’hui, les fumeurs n’ont pas cette sensibilité. Ils ne jetteraient pas de papier par terre mais ils jettent leurs mégots. Il faut arriver à faire passer le message."

La patronne de Philip Morris France rappelle toutefois le rôle des pouvoirs publics dans ce dossier : "Si les fumeurs jettent leurs mégots, c’est aussi parce qu’ils n’ont pas toujours à disposition ce qu’il faut pour les écraser. Il faut que tous les fabricants travaillent de concert avec les pouvoirs publics sur ce sujet".