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Hausse des tarifs, difficultés d'approvisionnement... Pourquoi les stocks de gaz en Europe sont-ils dangereusement bas ?

[Lars Penning / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP]

La France et l'Europe affichent, en ce début du mois de juillet, des taux de remplissage des stocks de gaz assez préoccupants. Le Vieux-Continent connaît des difficultés d'approvisionnement qui pourraient provoquer une hausse des coûts... voire des pénuries en cas d'hiver 2026-2027 rigoureux. 

Va-t-on rencontrer des difficultés pour se chauffer cet hiver ? A quelques jours d'une nouvelle vague de chaleur et moins d'une semaine après la canicule historique qui n'a épargné personne en France métropolitaine, la question peut étonner et pourtant elle se pose bel et bien au regard du niveau des stocks de gaz en Europe en ce début juillet, période à laquelle leur reconstitution en vue de l'hiver bat son plein.

En effet, comme le révèle le cabinet de conseil Wood Mackenzie auprès du Financial Times, ces stocks pourraient être au plus bas depuis cinq ans au moment où l'hiver s'installera sur le Vieux-Continent, à seulement 76% de leur capacité, en moyenne européenne, avec des disparités selon les pays. 

À titre d'exemple, d'après les données publiées par le Réseau européen des gestionnaires de réseau de transport de gaz, moins de la moitié des réserves de gaz en France sont actuellement reconstituées. Une conséquence directe de la guerre en Iran. "Globalement, les installations pétrolières ont été assez peu touchées par la guerre alors que les installations gazières, notamment de gaz naturel liquéfié, qui sont essentiellement concentrées au Qatar et qui représentent 20 à 25% du gaz naturel liquéfié mondial ont été fortement endommagées", explique Philippe Charlez expert associé au think tank "Le Millénaire" et expert des questions énergétiques. Notamment l'immense usine de liquéfaction de Ras Laffan, prise pour cible par l'Iran mi-mars.

Un approvisionnement plus délicat et qui doit être diversifié

De quoi accentuer une situation de sous-production de gaz naturel liquéfié qui avait déjà débuté avec la réduction des importations de gaz russe depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022, même si l'Europe - et notamment la France - continue malgré tout de se fournir, en partie, auprès de Moscou. 

La destruction des infrastructures gazières qataries - dont les réparations prendront des mois voire des années - contraint l'Europe à diversifier son approvisionnement et à se tourner, entre autres, vers les États-Unis qui vend son gaz naturel liquéfié à des tarifs moins attractifs. D'autant que le GNL américain peut également prendre la direction du sud-est asiatique, privé d'une partie du gaz qatari, et donc tarir les quantités de gaz qui parviennent à l'Europe. À moins que le Vieux-Continent n'accepte de payer plus cher que l'Asie du Sud-Est. 

Moins de conséquences pour la France que pour d'autres pays européens

"Il faut s'attendre à une forte augmentation des prix du gaz", craint Philippe Charlez qui n'exclut pas le risque de pénurie, notamment en cas d'hiver rigoureux. Car aujourd'hui, l'achat de gaz s'effectue de plus en plus sur le marché "spot". Autrement dit, plutôt que de signer sur 20, 30 ou 40 ans des contrats à long terme qui garantissent un approvisionnement et un prix moyen, le gaz s'achète au jour le jour suivant l'offre et la demande. "Ce qui peut être extrêmement juteux lorsqu'il y a un excès d'offres, puisque les prix sont bas, mais on peut effectivement subir de plein fouet un excès de demande par rapport à l'offre après un mois de grand froid par exemple". 

Pour autant, un tel scénario serait moins critique pour la France que pour d'autres pays européens. "L'Allemagne est beaucoup plus consommatrice de gaz que la France", souligne Philippe Charlez qui rappelle tout de même que "10 millions de Français se chauffent encore au gaz". Une forte hausse des tarifs du gaz pourrait donc engendrer des conséquences non négligeables sur le pouvoir d'achat de nombreux ménages.