EDITO - La taxe GAFA, premier impôt mondial

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Le premier impôt mondial et digital est en phase de création. Une taxe GAFA va bel et bien voir le jour, une bonne chose selon Nicolas Beytout, notre éditorialiste économie. 
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On en parlait depuis longtemps, la taxe sur les GAFA, les géants du numérique comme Google, Amazon ou encore Facebook, est en train de naître dans le monde entier. Et cette taxe, la première au niveau mondial, elle réjouit notre éditorialiste économie, Nicolas Beytout.

Le principe vient d’en être annoncé par l’OCDE, c’est-à-dire par l’organisation des pays les plus développés au monde, qui a réussi à faire partager cet accord à 134 pays sur le globe. Un véritable exploit compte tenu des intérêts très divergents de la plupart des signataires. Les Etats-Unis, par exemple, ne voulaient pas d’une taxe qui risque d’affaiblir leurs GAFA, qui sont de véritables outils de domination économique sur la planète. A l’inverse, les pays qui touchent aujourd’hui des impôts de la part de ces géants ne voulaient pas les perdre. Et la France, toujours en avance lorsqu’il s’agit de taxer, a déjà créé il y a quelques semaines sa propre taxe GAFA qu’elle devra abandonner.

En somme, c’était le chacun pour soi, alors comment les négociateurs s’y sont-ils pris ?

Au lieu d’affronter le problème, ils l’ont élargi à toutes les grandes entreprises, GAFA ou pas, dès lors qu’elles font des bénéfices dans un des pays signataires de l’accord. Je vous passe la technique, il faut un bac +14 pour comprendre, mais la grande nouveauté, c’est que le numérique ne pourra plus y échapper. Dans cette société qui s’est digitalisée, c’est le premier impôt qui prend en compte cette façon de faire du business. Et c’est évidemment très important : on sait que la part du numérique va continuer à gonfler dans nos vies à tous, particuliers comme entreprises. C’est là que va de plus en plus se faire la croissance, et les pays étaient jusqu’alors assez démunis face à ce changement complet du modèle économique.

Et tous les pays appliqueront cet impôt ?

Oui, les 134 signataires, ceux qui ont l’habitude de lever beaucoup d’impôts comme ceux qui se rangent dans la catégorie des paradis fiscaux. Dès qu’il y aura un courant d’affaire numérique dans un pays : impôt. Ce qui veut dire que c’est le premier impôt mondial. Jamais, dans l’histoire économique contemporaine, il n’y avait eu un tel instrument. Là aussi, c’est une date : l’économie s’est globalisée, l’impôt se mondialise.

Vous avez l’air d’applaudir. C’est drôle, on vous pensait plutôt réservé sur les impôts...

Je le suis, et je le reste. Mais le concept d’un impôt global, fixé à un faible niveau, qui règle la question de l’évasion fiscale, c’est-à-dire le fait de ne pas payer d’impôt là où vous le devriez, et qui règle aussi le problème des paradis fiscaux : ces pays qui exercent une concurrence déloyale en matière d’impôt, je suis pour.

Certains économistes disent que cet impôt sera trop faible…

Alors là, pas d’inquiétude. Comme toujours, la nature profonde d’un impôt est malheureusement avec le temps d’augmenter…

Europe 1
Par Nicolas Beytout, édité par Thomas Vichard