CSG, taxe d’habitation, cigarettes : ce qui a changé pour votre pouvoir d’achat en 2018

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Le pouvoir d'achat est plus que jamais une préoccupation essentielle pour les Français. © PHILIPPE HUGUEN / AFP
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L’année 2018 a été marquée par une hausse généralisée des salaires mais aussi par des hausses de taxes et d’impôts mal perçues par l’opinion publique.

Rarement le pouvoir d’achat aura autant fait la Une qu’en cette fin d’année 2018. Les "gilets jaunes", qui s’estiment terrassés par les taxes et les impôts, ont mis l'exécutif sous pression et finalement obtenu gain de cause quand Emmanuel Macron a concédé plusieurs coups de pouce aux ménages les plus modestes. Ce bras de fer est l’aboutissement d’une année marquée par de multiples hausses de taxes qui ont entamé le pouvoir d’achat des Français, mais aussi, et on le dit moins, d’une confirmation de la tendance à la hausse des salaires. Résultat, selon l'Insee, le pouvoir d'achat a augmenté de 1,4% en 2018, et devrait bondir de 2% au cours du seul premier trimestre 2019. Retour sur une année mouvementée pour le portefeuille.

La hausse de la CSG est mal passée

C’est sans doute la mesure ayant eu le plus de conséquences sur le pouvoir d’achat des Français au cours de l’année. Actée dans le budget annuel, la hausse de la CSG de 1,7 point pour l’ensemble des contribuables est toujours très critiquée. Entrée en vigueur en deux temps (en janvier puis en octobre) elle contrebalance la suppression des cotisations maladie et chômage. Les grands gagnants de cette mesure sont les salariés du privé, qui ont vu leur salaire net augmenter. Le gain s’établit autour de 250 euros nets sur un an pour les salariés payés au Smic. Une grande partie des travailleurs indépendants ont également profité de la suppression des cotisations.

En revanche, les retraités sont les grands perdants de l’année 2018 puisqu’ils ont subi, sans compensation directe, la hausse de la CSG. Les petits retraités ont bénéficié d’une compensation mais ceux qui gagnent plus de 1.400-1.500 euros de pension mensuelle ont subi de plein fouet cette hausse, avec à la clé une baisse nette du pouvoir d’achat que l’on retrouve au cœur de la colère des "gilets jaunes". Les fonctionnaires, eux, ont eu droit à une compensation de la hausse de la CSG mais sans gain de pouvoir d’achat. Une frustration renforcée par le gel du point d’indice en 2018.

Et pour 2019 ?

Les "gilets jaunes" ont obtenu gain de cause : en 2019, les retraités touchant moins de 2.000 euros par mois seront exonérés de la hausse de la CSG et conserveront le taux de 6,6% (contre 8,3% avec la hausse). Cette exonération sera active à partir du second semestre et un rétro-paiement pour les six premiers mois de l’année sera effectué aux retraités concernés.

La baisse de la taxe d’habitation a commencé

La suppression progressive de la taxe d’habitation pour 80% des ménages, une des mesures phares du programme d’Emmanuel Macron, avait été vantée de long en large par la majorité lors du vote du budget 2018. Cette année, le montant de la taxe d’habitation a diminué de 30% pour 22 millions de ménages. Mais le décalage temporel (une baisse sur un impôt à régler d’un coup ne produit pas le même effet qu’une hausse du revenu net) n’a pas eu l’effet escompté sur le pouvoir d’achat, malgré une lettre écrite par Gérald Darmanin aux contribuables au moment de la campagne de prélèvement.

Et pour 2019 ?

La mesure devrait être plus perceptible l’an prochain, avec une nouvelle baisse de 30%, avant la suppression totale en 2020.

Cigarettes et carburants : des hausses de taxes douloureuses

Plus que les impôts, ce sont les taxes sur les produits du quotidien qui ont le plus orienté le débat sur le pouvoir d’achat en 2018, à commencer par celles sur les carburants et les taxes. Si le gouvernement a annulé les hausses de taxes prévues sur le diesel et l’essence en 2019, pour apaiser les "gilets jaunes", il n’est pas revenu sur celles entrées en vigueur cette année. Au 1er janvier, les taxes sur les carburants ont augmenté de 7,6 centimes par litre de diesel et de 3,9 centimes par litre d’essence. Des augmentations que certains "gilets jaunes" souhaitent également voir annulées.

Parmi les manifestants qu’Europe 1 a pu rencontrer au cours des dernières semaines, nombreux étaient ceux qui pestaient aussi contre l’augmentation des taxes sur le tabac. Il faut dire que le gouvernement est passé à la vitesse supérieure en 2018 avec deux hausses, en mars puis en juillet, qui ont fait grimper le prix moyen d’un paquet de cigarettes d’un euro en quelques mois (de 7 euros à 7,90 euros). Aujourd’hui, les prix s’échelonnent entre 7,60 et 9,30 euros le paquet, contre 6,70 euros à 8,10 euros il y a un an. Enfin, si le tarif réglementé de l’électricité est resté relativement stable, celui du gaz s’est envolé de près de 20%.

Et pour 2019 ?

Concernant le tabac, deux nouvelles hausses de 50 centimes, en avril puis en novembre, sont d’ores et déjà programmées. Le prix moyen du paquet de cigarettes devrait donc avoisiner les neuf euros fin 2019. Quant aux tarifs réglementés du gaz et de l’électricité, le gouvernement a décidé de les geler pour six mois, le temps d’organiser la concertation nationale.

La hausse des taxes sur les carburants initialement prévue au 1er janvier dans le projet de loi de finances 2019 était estimée à 3,5 centimes par litre pour l'essence et entre 7 et 8 centimes pour le diesel. Face à la pression des "gilets jaunes", cette augmentation a finalement été suspendue pour un an. Son avenir sera débattu dans le cadre de la "grande concertation nationale".

Les salaires ont augmenté plus vite que l’inflation

Si tout n’a pas été rose pour le portefeuille des Français en 2018, ils peuvent quand même se réjouir : le redémarrage progressif de l’économie observé depuis deux ans commence à porter ses fruits. Cette année, les salaires ont augmenté de 2,5% pour les cadres - comme en 2017, et de 2,2% pour les non-cadres – en légère hausse, selon l’étude annuelle du cabinet Deloitte, qui a analysé plus d’un million de fiches de paie dans plus de 400 entreprises. À cela, il faut ajouter une hausse de 5% à 10% de l’épargne salariale.

Cette hausse globale des salaires compense le rebond de l’inflation observé en 2018. Fin novembre, le niveau général des prix augmentait de 1,9% environ sur un an. Les prévisions pour l’année entière s’échelonnent entre 1,8% pour le gouvernement et 2,1% selon la Banque de France. Après des années de faible inflation, la France retrouve un niveau considéré comme optimal pour huiler les rouages de l’économie.

Et pour 2019 ?

Les salaires devraient continuer d’augmenter l’année prochaine. Selon le cabinet Deloitte, les entreprises prévoient une hausse des rémunérations comprises entre 1,5% et 2,5% en 2019, dans le cadre des négociations annuelles sur les salaires. Quant à l’inflation, elle devrait ralentir fortement : la Banque de France anticipe 1,7% et le gouvernement 1,4%.