"Ce n'est pas sérieux de dire qu'on ne remboursera pas la dette", explique Moscovici

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Pierre Moscovici 3:01
"Ce n'est pas sérieux de dire qu'on ne remboursera pas la dette", explique Moscovici © Europe 1
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Avec 20 points de plus en un an, la dette publique de la France a explosé en raison de la crise du Covid-19. Pierre Moscovici, ​Premier Président de la Cour des Comptes, évoque sur Europe 1, la question de la soutenabilité de cette dette et du futur remboursement. 
INTERVIEW

Une crise sanitaire, mais aussi économique. Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire a revu récemment à la baisse les prévisions de croissance française pour l'année 2021. Les plans sociaux se multiplient et les entreprises, impactées par deux confinements, risquent la faillite. La dette publique française pourrait atteindre près de 120% du PIB en 2020, en raison des mesures de soutien à l'économie instaurées par le gouvernement face à la crise du Covid-19. Sur Europe 1, Pierre Moscovici, ​Premier Président de la Cour des Comptes, pose la question de la soutenabilité de cette dette publique. 

"On ne peut pas garantir que la dette publique soit annulée"

Si la France peut actuellement financer la dette grâce à des taux d'intérêts bas et une bonne signature, Pierre Moscovici évoque le futur. "Les Français qui nous écoutent sont contents d'avoir des dépenses publiques qui accompagnent cette situation douloureuse, mais ils savent aussi que c'est leur argent. Et c'est leurs enfants qui paieront demain." En cas de hausse des taux d'intérêts ou d'inflation, quid de la soutenabilité de la dette publique ? 

"On ne peut pas garantir que la dette publique soit annulée. Ce n’est pas sérieux de dire 'on ne la remboursera pas', c'est pas vrai", explique le Premier président de la Cour des comptes. "On peut l'allonger, bien la gérer, on peut la mutualiser en partie, c'est ce que fait l'Union européenne avec un plan que je trouve bienvenue. La Banque centrale européenne joue un rôle en 2020 qu'elle ne jouait pas lors de la crise financière de 2008 en absorbant une partie de la dette, mais in fine, on rembourse toujours la dette", assure-t-il. 

"Ni le mandat, ni la gouvernance de la Banque centrale européenne ne permettent d'annuler la dette", précise encore Pierre Moscovici, répondant à Arnaud Montebourg, ancien ministre de l'Economie et du redressement productif, qui assurait que la dette pouvait être annulée via les mécanisme de rachat de cette instance et que le scénario était sur la table. 

Prévisibilité, lisibilité et évaluation

"La Cour des comptes n'est pas le chantre de l'austérité. Elle n'est pas là pour dénoncer la dépense publique", assure Pierre Moscovici, soutenant les mesures exceptionnelles de soutien prises par l'Etat, "dans une situation difficile". "Le déficit public n'est pas un tabou. Nous savons que nous n'allons pas être en-dessous des 3% de déficit public dans les cinq années qui viennent. La dette publique n'est pas un totem". "Il faut être conscient que quand on dépense beaucoup il faut dépenser bien", souligne-t-il cependant. 

Pour une meilleure gestion de l'argent public, le Premier président de la Cour des comptes énonce ses trois mots d'ordre. D'abord la prévisibilité, avec des lois de programmation de finances publiques trisannuelles, plus encadrantes et contraignantes, ensuite la lisibilité. "Nous sommes un pays où 95.000 opérateurs publics peuvent dépenser de l'argent public, contre 15.000 en Allemagne", souligne-t-il pointant la nécessité de procéder à des regroupements pour éviter la fragmentation et la division des recettes. Enfin, l'évaluation.

"La Cour des comptes est là pour s'assurer de la bonne gestion des deniers publics, elle le fait au nom de la République, pour le citoyen, en relation avec le gouvernement et le Parlement", rappelle l'ancien ministre de l'Economie et des Finances. "J'ai demandé à la Cour des comptes que tous nos contrôles, 2020 et 2021, soient sur la mise en œuvre des politiques publiques pour faire face à la crise du Covid. A la fin de l'année 2021, nous produirons notre rapport public annuel sur le bilan". Selon les premières données déjà connues, le recul de la croissance pourrait être de l'ordre de 11%, estime Pierre Moscovici. 

Europe 1
Par Mathilde Durand