Brexit : quelles seraient les conséquences d’un "no deal" pour les Français ?

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Les consommateurs français risquent de payer certains produits britanniques plus chers en cas de Brexit sans accord. © FRANCOIS LO PRESTI / AFP
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Le rejet de l’accord de Brexit par les députés britanniques rend de plus en plus crédible l’hypothèse d’une sortie de l’UE du Royaume-Uni sans accord, à deux semaines de l’échéance prévue initialement.

ON DÉCRYPTE

Le Royaume-Uni a un pied dans le vide. Les députés britanniques, qui ont rejeté mardi l’accord de Brexit renégocié par Theresa May avec Bruxelles, votent à nouveau mercredi soir. À seize jours de la date prévue de la rupture, ils sont cette fois appelés à se prononcer mercredi sur la possibilité de sortir de l'Union européenne sans aucun accord. Un "no deal" qui aurait des conséquences économiques très concrètes pour les consommateurs européens, et français en particulier.

Des voitures et du saumon plus chers

Les Français doivent se préparer à payer plus cher leur saumon et leur whisky écossais ou les beans et le bacon de Marks & Spencer. Un Brexit sans accord les toucherait en effet directement au porte-monnaie puisque le retour des droits de douanes (même allégés comme le souhaite le Royaume-Uni) entraînerait une hausse des prix de certains biens venus d’outre-Manche. Cela concernerait aussi de nombreux biens produits par nos voisins, comme les voitures (la Mini Clubman, la Honda Civic, l’Opel Astra, les Nissan Juke et Qashqai ou encore les flottes de Land Rover et Jaguar sont assemblées au Royaume-Uni).

Des bateaux de pêche cloués à quai ?

Pour les pêcheurs français, et indirectement pour les amateurs de poisson, un Brexit sans accord pour avoir des conséquences très concrètes. "Il se peut que le 'no deal' empêche tous les pêcheurs européens d'aller dans les eaux territoriales britanniques. Ce serait un drame parce que beaucoup de nos pêcheries naviguent dans ces eaux, et il n'y pas du tout d'autre possibilité de report ailleurs", a indiqué mercredi le ministre de l'Agriculture et de la pêche, Didier Guillaume.

De fait, la France a "commencé à envisager des solutions sociales d'arrêt de bateaux" car "des bateaux (français, ou d'autres nationalités européennes, ndlr) qui vont pêcher dans les eaux territoriales britanniques plus de 50 ou 60% de leur pêche, n'auront plus le droit de le faire" a-t-il précisé sur Sud Radio. Cela pourrait aboutir à des stocks de poissons plus restreints sur les étals des marchés. Didier Guillaume a néanmoins précisé qu'il "faisait confiance" aux pêcheurs pour trouver un accord à terme.

Des frais supplémentaires pour les touristes

Une des premières conséquences visibles pour les consommateurs britanniques et européens concerne l'itinérance, soit la faculté d'utiliser le réseau d'un opérateur de téléphonie mobile à l'étranger. Le service, actuellement gratuit pour les consommateurs au sein de l'UE, engendrerait en cas de "no deal" des frais pour les voyageurs franchissant la Manche ou la frontière irlandaise.

Il en va de même pour l'usage de cartes de paiement, qui devrait entraîner des frais supplémentaires, tandis que les procédures bancaires seront "plus lentes", d'après Londres. Au sein de l'UE, les clients des banques d'investissement basées au Royaume-Uni ne pourront plus faire appel à leurs services financiers. De nombreux établissements ont mis en place des filiales sur le continent pour éviter les perturbations.

Perturbations dans les transports

En cas de "no deal", les compagnies aériennes britanniques et européennes perdront le droit automatique d'opérer des vols entre l'UE et le Royaume-Uni. Face au risque de chaos dans les aéroports, les autorités britanniques et européennes envisagent d'accorder mutuellement des permissions temporaires aux compagnies pour permettre le maintien des liaisons aériennes.

Un arrangement similaire devrait concerner le service de train Eurostar et les autres opérateurs ferroviaires, ainsi que le transport routier. Londres a signé des contrats avec des compagnies de ferry pour renforcer les liaisons avec le continent, espérant ainsi fluidifier le trafic et éviter des embouteillages à proximité des ports, confrontés au rétablissement des contrôles. En revanche, il n’y aura pas besoin de visa pour se rendre au Royaume-Uni, les cartes d’identité européennes suffiront encore jusqu’en 2021 au moins.