Augmentation des loyers : "Les ménages modestes et les classes moyennes inférieures sont exclus des centres-villes" estime l'économiste Pierre Madec

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Les loyers ont augmenté de 2,5% au cours des douze derniers mois, d'après le baromètre des loyers SeLoger consulté par Europe 1. Invité d'Europe 1 jeudi matin, l'économiste Pierre Madec est revenu sur cette étude. 
INTERVIEW

Louer un logement n'a jamais coûté aussi cher qu'en 2019. D'après le baromètre des loyers SeLoger, les loyers ont enregistré une hausse de 2.5% en moyenne en France en 2019, par rapport à l'année dernière, a révélé Europe 1 jeudi matin. Ils auront coûté en moyenne, en 2019, 18 euros de plus que l'an dernier. Invité sur Europe 1 jeudi matin, Pierre Madec, économiste à l'OFCE-Sciences Po et spécialiste du marché immobiliser français, a détaillé cette étude.

"Pour se loger dans 50 m² à Paris, il faut gagner plus de 5.000 euros par mois"

"Ce qui choque, c'est notamment le niveau des loyers à Paris. Se loger dans un 50m2 coûte au moins deux fois plus chers à Paris que dans n’importe quelle autre ville en France. C'est assez inquiétant", a estimé l'économiste. Surtout que les salaires des Parisiens ne suivent pas celui des loyers. "Cette ville est devenue inaccessible pour tout un tas de ménage. On était déjà au courant pour l'accession à la propriété qui demande des niveaux de salaire correspondant à celui des 5 à 6 % des ménages français les plus riches. Mais, on pensait que le marché de la location privée était un peu préservé puisque depuis le début des années 90 il y avait quand même une forme d’encadrement des loyers à Paris", a-t-il ajouté. Sauf qu'aujourd'hui pour "se loger dans 50m2 à Paris, il faut gagner plus de 5.000 euros par mois". 

Cette hausse ne concerne toutefois pas seulement Paris puisque le Nord est l'Ouest de la France est également touché. Les loyers ont ainsi augmenté de 6.6% à Lille et 6.4% à Nantes. Comment l'expliquer ? "Nous somme sur des territoires qui sont très attractifs et puis les loyers étaient en moyennes plus bas dans ces villes par rapport à d'autres métropoles françaises comme Lyon, Marseille ou Paris. Il faut surveiller cela de près, il ne faudrait pas que le marché locatif de Lille ou Bordeaux devienne aussi inaccessible pour un certain nombre de personnes issues de la classe moyenne". 

"Soit on encadre les loyers, soit on produit plus de logements sociaux"

D'après cette étude, le loyer moyen en France est aujourd’hui de 723 euros charges comprises. "Cela pose également la question de la place du logement social en France. On entend dire que le logement social est là uniquement pour loger les ménages les plus pauvres mais un certain nombre de ménages, qui ne sont pas pauvres, ne peuvent pas accéder au marché locatif privé. En ce moment, le parc HLM est un peu maltraité donc on produit moins de logements sociaux, ce qui participe aussi aux mécanismes d’exclusion de certains ménages des centres villes".

Pierre Madec avance deux solutions pour tenter de lutter contre cette hausse généralisée des loyers. "D'abord, il est possible d'agir sur les prix donc sur les loyers. Soit on encadre les loyers, soit on produit plus de logements sociaux, de logements abordables et donc on propose des loyers moins chers". Ensuite, il est également possible "de jouer sur le revenu des locataires". "Des efforts budgétaires ont été faits sur les aides personnelles au logement. On peut dire qu’à court terme, c’est très difficile de faire baisser les loyers et donc on va plutôt aider les ménages à payer leur loyer. Ce n'est pas exactement le chemin qui est pris, mais c'est un chemin possible". 

Face à cette explosion des prix sur le marché locatif privé, il peut donc être plus intéressant d'acheter, si les banques acceptent de prêter. "Une banque peut prêter à un couple au Smic et en CDI, par exemple. Mais; si on gagne deux Smic, donc à peu près 2600 euros, on va avoir une capacité de remboursement mensuelle de l’ordre de 700/800 euros. Avec cette somme, on ne va pas acheter un appartement. Donc, tout cela participe au fait que les ménages modestes, les classes moyennes inférieures sont exclus des centres-villes. Auparavant on disait à ces ménages qu'ils ne pouvaient pas acheter mais qu'ils pouvaient louer. Sauf qu'aujourd'hui, il n'est même plus possible de louer sur le marché locatif privé, donc il ne reste plus beaucoup d'options".