Tim Burton, "Metropolis" et "Forrest Gump" : le portrait chinois cinématographique de Zep

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Zep était l'invité de Mathieu Charrier, dimanche sur Europe 1 (photo d'archives).
Zep était l'invité de Mathieu Charrier, dimanche sur Europe 1 (photo d'archives). © THOMAS SAMSON / AFP
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Dans la nouvelle émission cinéma d'Europe 1, "Clap", un invité se prête chaque semaine à un portrait chinois autour du cinéma. Ce samedi, c'est Zep, auteur de Bande dessinée et créateur du célèbre "Titeuf", qui répond aux questions de Mathieu Charrier. 
INTERVIEW

Tous les samedis pendant une heure dans Clap, le spécialiste cinéma d'Europe 1 Mathieu Charrier et ses chroniqueurs font le tour de l'actualité du Septième art. Chaque semaine, un invité, qu'il soit ou non du monde du cinéma, se soumet à un questionnaire de Proust version 7e art. L'auteur de BD Zep a accepté de se prêter au jeu du portrait chinois ce samedi. 

Votre premier souvenir de cinéma ? 

"Le Premier film qui m'a marqué, je pense que c'est Les Sept Mercenaires. Cela me semblait génial, il y avait tellement d'acteurs connus qui mouraient, je trouvais ça fou. J'adorais les westerns quand j'étais petit, mais j'avais toujours ce malaise des Indiens qui étaient présentés comme des gros sauvages que les Cowboys tuaient. Je trouvais ça pas hyper cool, alors que là, tout à coup, c'étaient des méchants qui étaient au service d'une bonne cause et qui se faisaient dégommer. Ça avait quelque chose de vraiment hyper héroïque."

Votre meilleur souvenir en salle?

"Je crois que c'est la première quand je suis allé voir L'étrange Noël de Monsieur Jack, de Tim Burton. Parce que là, c'était vraiment une claque incroyable. Visuellement, c'était fou et je ne m'attendais pas du tout à ça. J'étais avec ma copine de l'époque, on sortait tous les deux d'études en école d'art, on connaissait un peu le parcours de Tim Burton. On avait vu Beetlejuice, on savait qu'il était dessinateur… J'avais vu quelques photos, mais rien, rien bouger. On nous a dit : 'oui, c'est une comédie musicale'. J'avoue que je n'adore pas les comédies musicales, mais c'était tellement beau. Chaque personnage, chaque décor était sublime. On avait envie de se balader dans cette ville."

Votre séance de cinéma la plus dingue?

"Quand j'avais 20-25 ans, un truc comme ça, j'avais un copain qui était projectionniste et dans une petite salle et on piquait les bobines, on les prenait en douce. On faisait des projections dans le jardin d'un copain, une espèce de ciné-club privé et on présentait le film. On invitait 150 potes, il y avait à boire et à manger et on faisait les 'Monsieur cinéma' : 'Là, oui, dans ce film en 1937... '. Donc, je me rappelle avoir présenté Blade Runner et il s'est mis à pleuvoir pendant le film. Et c'était génial parce qu'on était vraiment dans le film. À la fin, tout le monde s'était tiré et on avait pourri la bobine, on était bien dans la merde."

Le film que vous auriez aimé voir au cinéma ? 

"Metropolis, ça fait deux fois que je le rate ! Il est projeté au cinéma et j'y vais et comme un idiot, j'arrive, on me dit c'est complet. Les deux fois c'était avec un orchestre, en plus. 

Pendant le confinement, à Genève, les cinémas ont réouvert, mais comme il n'y a pas de nouveautés, ils ont passé les vieux films. J'ai vu Shining, je ne l'avais jamais vu au cinéma."

Le film culte que vous n'avez jamais vu ? 

"Je n'ai jamais vu E.T. J'ai vu mille fois des bouts de E.T.  j'ai regardé deux fois E.T. avec mes enfants et j'ai dormi tout le long, ce qui fait que je l'ai jamais vu en entier. Régulièrement, quand je prends le train, je me dis : 'allez, je me fais  E.T.', et puis je me dis non, parce que je connais 95% du film. Mais il me manquera toujours quand même 5%."

Le film que vous aimez, mais vous avez honte de l'avouer ? 

"On aura tout vu, c'est un film avec Miou-Miou et Pierre Richard, des années 70. C'est l'histoire de Pierre Richard et Hervé Guibert qui ont écrit un scénario et veulent réaliser un film. Et en fait, leur film est racheté par les productions Morlock, du nom d'un personnage joué par Jean-Pierre Marielle, qui est sublime et qui produit des films pornos. Il fait de leur fresque romantique un film porno et eux n'osent le dire à personne. Ils ont fait engager tous leurs copains pour jouer dedans et jusqu'à la fin, ils n'osent pas le dire… On va jusqu'au tournage. C'est vraiment très, très marrant. C'est aussi le symbole d'une époque où il y avait une certaine légèreté par rapport au sexe, à la télévision et au cinéma. Sauf que le cinéma est devenu hyper pudibond. Là il était plus détendu."

Le chef d'œuvre que vous détestez?

"Tous les films de Terrence Malick, en fait, je déteste. Je trouve ça insupportablement prétentieux. Pour moi, c'est les Américains qui veulent faire du cinéma intellectuel et c'est idiot. Ils disent des trucs idiots, genre : 'le ciel est bleu et quand on est triste, ça fait mal', avec des violons, des couchers de soleil, des machins. Je supporte pas. Mais pourtant, il y a souvent un truc qui m'attire dedans et je vais quand même le voir."

La plus belle scène de cinéma, selon vous ?

"Quand Charlot revient dans Les lumières de la ville, qu'il a payé l'opération de la fleuriste et qu'elle voit de nouveau. Elle dit 'oh ce pauvre clodo!'. Il veut une rose, mais il ne veut pas la payer. Elle se moque de lui et tout à coup, elle touche ses mains. Elle comprend que c'est lui. Et à ce moment là, je trouve que c'est sublime."

Le film qui a fait le plus rire ?

"Ça dépend des époques. Franchement, il y a des de Funès qui m'ont fait mourir de rire. Mais depuis, il y en a d'autres. Clerks, ça m'a fait hurler de rire. J'étais hyper fan de Kevin Smith. J'avais l'impression que ça allait être plus mon cinéaste préféré pour des décennies. Et puis, c'est vrai qu' après Clerks, ça s'est un peu délité."

Le film qui a fait le plus pleurer ?

"Forrest Gump, sans doute. Ou Sur la routes de Madison. Mais moi, je suis très pleureur au cinéma. Ça fait marrer ma fille, dès qu'il y a une scène mélo elle me regarde, elle me dit : 'Tu pleures', et je pleure."

Votre horaire préféré pour aller au cinéma ?

"20 heures. Classique."

Quelle place dans la salle ?

"J'aime être assis devant. J'aime bien. J'aime bien voir à peine les bords de l'écran. J'adore aller voir des films en IMAX parce que même si c'est de la vidéo et que je n'arrive pas à lire les sous-titres, parce que je suis trop près, je trouve que le fait d'être perdu dans un écran, c'est génial. Après, ça dépend quel film. J'ai vu Tenet en IMAX. Ça m'a un peu fait chier parce que ça bouge trop et je ne comprenais rien. Mais par exemple, Interstellar en IMAX était sublime.

La bande originale qui a le plus marqué votre vie ?

Les Blues Brothers, je pense. Tout est génial. Moi, je l'ai vu au cinéma, quand il est sorti. On voyait défiler toutes les stars du coin qui jouaient un petit rôle dedans, Aretha Franklin, Ray Charles, qui est vendeur d'instruments de musique aveugle… Il y avait plein de clins d'œil géniaux. 

Europe 1
Par Mathieu Charrier