Pourquoi dit-on d'un ambitieux sans vergogne qu'il "mange à tous les râteliers" ?

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Quelle est l'origine de l'expression "manger à tous les râteliers" ?
Quelle est l'origine de l'expression "manger à tous les râteliers" ? © Pixabay
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Dans l'émission d'Europe 1 "Historiquement vôtre", Stéphane Bern se penche chaque jour sur les racines d'une expression du quotidien. Mardi, il s'intéresse aux origines de la peu désirable formule "manger à tous les râteliers", qui pointe du doigt un opportuniste digne de la célèbre chanson de Jacques Dutronc.

Stéphane Bern propose chaque jour, dans Historiquement vôtre avec Matthieu Noël, de partir à la découverte de ces expressions que l'on utilise au quotidien sans forcément connaître leur origine. Mardi, l'animateur d'Europe 1 revient sur les racines de la peu enviable formule "manger à tous les râteliers".

Quand l'ambition est votre principale motivation, quand certains arrivistes sont prêts à tout pour y arriver, une expression s’impose : manger à tous les râteliers. Le terme de "râtelier" apparaît au 18e siècle. Ils désigne les barreaux parallèles inclinés contre un mur d'étable servant à contenir le fourrage. Les bêtes les plus voraces ayant fini leur ration commencent à empiéter sur celle de leurs voisins. Elles mangent, littéralement, à tous les râteliers.  

Un mélange de latin et d'occitan

Chez Beaumarchais et son Mariage de Figaro de 1778, on trouve l'expression sous une forme restreinte : "manger à deux râteliers". Plus de 60 ans plus tard, dans Les 3 mousquetaires d'Alexandra Dumas, le gourmand Portos reproche à Athos de vouloir être à la fois abbé et mousquetaire. Il lui dit "Soyez l'un ou l'autre, mais pas l'un et l'autre. Vous mangez à tous les râteliers.

Le mot "râtelier" vient, comme "râteau", du latin "rastellum". Mais aussi de l'occitan "rastel", qui désigne le lieu où l'on boit et où l'on mange. En Provence, un rastel est un endroit où l'on offre à boire. Tout se tient. 

Aujourd’hui, aux Etats-Unis, on ne mange pas à tous les râteliers. On préfère courir avec le lièvre et chasser avec les chiens de chasse ("to run with the hare and hunt with the hounds"). Voilà une belle preuve d'ubiquité. En hébreu, on préfère l'expression "danser à tous les mariages". Quant aux Portugais, ils font encore plus fort : c’est "mama rem todas as tetas", soit "téter tous les seins". Pardonnons aux opportunistes de tout poil avec ce bon mot de Jules Renard : "Qu'est-ce qu'un arriviste ? Un futur arrivé."

Europe 1
Par Stéphane Bern