Marie-Claude Pietragalla : "Je ne danse pas tout le temps, mais j’observe beaucoup les gens"

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L'ex étoile et son mari poursuivent leur travail avec la compagnie Le Théâtre du corps. A quelques semaines de la sortie de leur "Lorenzaccio", la chorégraphe s'est confiée à Europe 1.
INTERVIEW

Elle n'aime pas qu'on l'appelle Marie-Claude. Ce sera donc Pietra, un pseudo qui sonne le raccourci de son patronyme corse, Pietragalla. Pour son rendez-vous dominical avec Frédéric Taddéï pour l'émission En balade avec, la danseuse lui a donné rendez-vous hors de Paris. Mais à seulement trois kilomètres au sud de la capitale, au 59 rue Marcelin Berthelot à Alfortville, où siège sa compagnie, le Théâtre du corps.

Balles de tennis. A l'intérieur, une grande salle de près de 200 mètres carrés. Une salle de danse sur parquet flottant. Julien Derouault, son mari et associé, également danseur et chorégraphe, s'échauffe. Dès février, salle Pleyel, ils joueront Lorenzaccio de Musset, dans un spectacle qui alliera le texte et la chorégraphie, une sorte de prodige de maîtrise de respiration. Pour l'instant, Julien fait "sa barre", exercice fondamental. La conversation dérive sur la salle.

"C’est très difficile de trouver un lieu où il y a de l’espace, de la hauteur de plafond." Ici, c'est une ancienne entreprise réagencée. Au sol, sous le parquet, des demi-balles de tennis coupées donnent au sol son élasticité. "Ça sert à amortir les réceptions de sauts, et en règle générale, à amortir les chocs", glisse Pietra.

"Pas dans les cases". En plus d'être le siège de leur compagnie, le lieu est aussi une école de danse, ouverte aussi aux amateurs. "Le langage du corps est ouvert à tout le monde", estime la danseuse, qui rappelle qu'au-delà du classique qui demande une morphologie longiligne, il existe sur d'autres danses "un peu tous les physiques", ce qui rejoint l'idée de faire danser tous les corps. Un passage dans les vestiaires permet d'apercevoir instruments et costumes d'anciens spectacles, comme des éléments de Marco Polo, qui a été joué dans plusieurs pays.

"Ce qui a pu être compliqué pour nous dans notre parcours, c’est que, comme on n’avait pas d’étiquette et qu’on a travaillé avec des artistes qui étaient aussi bien classiques, contemporains, des hip-hopeurs, des comédiens, des musiciens, tout d’un coup, on n'entrait pas dans des cases", ce qui convient à la chorégraphe. "Ça fait des années qu’on essaye de creuser un sillon, une identité forte."

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L'opéra de Paris est un État dans l’État

Danser et déclamer Musset. Le parcours de la danseuse n'est d'ailleurs pas linéaire. Déjà, à son entrée à l’opéra, à 9 ans, on l’avait trouvé atypique. "Je détestais, je voulais rentrer dans le moule, après, je me suis dit que ça pouvait être aussi une force et une richesse supplémentaires." Elle quitte d'ailleurs l'opéra de Paris, "un État dans l’État" en tant qu'étoile, à 35 ans, quand les autres partent normalement à plus de 40. Leur Lorenzaccio contemporain participe de leur vision de la danse.

Julien Derouault, qui a terminé l'échauffement, étaye : "Avoir la langue de Musset, cette poésie en bouche, et d’essayer de laisser partir le corps comme si, de la danse, devait dépendre vitalement le personnage, ce sont des expériences géniales en studio." Qui virent pour lui au "sublime" sur scène. "Surtout quand il y a la qualité d’écoute du public, qui non seulement écoute le texte mais quasiment écoute la danse." 

"Un peu dans une bulle". Ils quittent ensuite le studio pour un passage à la brasserie de l'Hôtel de ville. Ici, juste à côté de la capitale, "on a l’impression qu’on est coupé de cette vie trépidante parisienne. C’est bien, c’est propice à la création, d’être isolé, un peu dans une bulle", dit l'ancienne jurée de Danse avec les stars. Après cette pause, il vont à la médiathèque du pôle culturel. Pietra a d'ailleurs sorti une série de six livres pour enfants intitulée "Étoile" dans lesquels elle se souvient de sa formation à l'opéra.

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C’est tellement énorme de tomber sans avoir fait un pas de danse !

Fous rires et chute. Entre les livres, elle se confie aussi sur son mode de vie. "Je ne danse pas tout le temps, mais j’observe beaucoup les gens, les mouvements qu’ils font, les jambes qui se croisent". Au quotidien, elle est végétarienne depuis plus de trente ans. "J’ai vu tous ces élevages en batterie, toutes ces choses terrifiantes qu’on fait aux animaux. Je pars du principe qu’on devient ce qu’on mange", explique-t-elle. Et d'ajouter : "Noureev (ancien danseur, actuel directeur de l'opéra de Paris, ndlr.) me disait de manger de la viande rouge." Elle ne l'a pas fait, sans souci. En revanche, elle a fumé "tardivement, quatre-cinq ans. C’est ça qui est terrible, c’est que ça n’empêche pas de danser, mais on sent la différence quand on s’arrête."

Quant au petits accros de danse, elle se rappelle de quelques fous rires "très handicapants" sur scène. Et d'être tombée, une fois, sur Don Quichotte. "Je devais courir, faire un grand jeté. Je cours, glisse, tombe sur les fesses. Je me suis relevée, j’ai rigolé. C’est tellement énorme de tomber sans avoir fait un pas de danse !" Elle a enchaîné ses deux heures et demie de spectacle. "En même temps, il n’y avait pas mort d’homme."

Europe 1
Par Aurélie Dupuy