L'histoire "solaire" derrière "Été 85", le nouveau film de François Ozon

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françois ozon 3:03
François Ozon est venu présenter son nouveau film, lundi sur Europe 1. © Europe 1
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Invité de "Culture Médias", lundi sur Europe 1, le réalisateur a évoqué le livre "La danse du coucou", d'Aidan Chambers, sorti en 1982 et qui lui a inspiré "Été 85", un film sélectionné en compétition officielle pour le festival de Cannes - annulé pour cause de coronavirus. 
INTERVIEW

"Je l'ai lu en 1985, j'avais 17 ans..." François Ozon n'a rien oublié de La danse du coucou, roman d'Aidan Chambers, sorti en 1982, qui raconte l'histoire d'une idylle adolescente en Normandie. Près de... quarante ans plus tard, le cinéaste signe Été 85, une adaptation du livre, en salles mardi. Un projet (très) longuement mûri, explique-t-il au micro de Pascale Clark, sur Europe 1. 

"La représentation d'un amour différent"

"J'ai eu un coup de foudre pour cette histoire", se souvient François Ozon, à l'époque "profondément touché". "Je pense que les représentations des histoires homosexuelles à l'époque étaient extrêmement négatives, dans la douleur, dans la culpabilité. Les films que je voyais qui parlaient de cela, c'était L'homme blessé de Patrice Chéreau, c'était Querelle, de Rainer Werner Fassbinder, ou Cruising, de William Friedkin. De bons films, mais pas vraiment joyeux, et avec l'idée de la transgression."

Dans La danse du coucou, celui qui n'était alors que lycéen mais tournait déjà des films en Super 8 identifiait, au contraire, "une histoire d'amour extrêmement naturelle, solaire". "Il y avait quelque chose d'universel. C'est ça qui m'avait plu, cette représentation d'un amour différent."

"Pendant 35 ans, personne ne s'en est occupé"

À l'époque, François Ozon se dit que ce livre ferait un "parfait Teen movie américain". "J'avais presque envie d'en être le spectateur, je m'attendais à ce qu'un réalisateur s'empare de cette histoire et le fasse, notamment un cinéaste américain. (...) J'avais beaucoup aimé Stand by me de Rob Reiner ou La folle journée de Feris Bueller, de John Hughes."

Mais "pendant 35 ans, personne ne s'en est occupé", poursuit le réalisateur. "Quand j'ai parlé avec l'auteur du livre, qui a 85 ans aujourd'hui, il m'a dit, quand même, que trois cinéastes s'y étaient intéressés avant moi : un Français, un Italien et un Danois. À chaque fois, ils n'avaient pas trouvé les moyens financiers pour aller au bout de leur adaptation."

Un film réalisé avec "distance" et "maturité"

Pourquoi le cinéaste a-t-il décidé, lui, de se lancer ? "J'y repensais régulièrement en me disant : il faudra que je le fasse un jour", explique-t-il. "Mais je pense que les films se font quand ils doivent se faire. Le désir n'était pas suffisamment fort, il est revenu après Grâce à Dieu (son dernier film sorti en 2019, sur une affaire de pédophilie dans l'Église lyonnaise, ndlr), qui a été assez éprouvant à sortir, même si il a eu du succès et qu'il a fait bouger les lignes. J'ai eu envie de revenir à quelque chose de plus léger, plus doux, plus solaire."

"Je suis retombé sur ce livre dans ma bibliothèque, je l'ai relu et je me suis souvenu que je l'aimais toujours autant", sourit François Ozon, qui se félicite, finalement, d'avoir attendu si longtemps. "Je l'ai vu différemment, avec plus de distance, de maturité. Je l'aurais fait très différemment à l'époque, le film aurait peut-être été moins doux, moins tendre, moins nostalgique."

Europe 1
Par Margaux Lannuzel