Hausse de salaire, compensations... Pourquoi les scénaristes font planer la menace d'une grève à Hollywood

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La menace d'une grève des scénaristes plane actuellement sur Hollywood. © ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP
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Romain Rouillard / Crédits photo : ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP , modifié à
S'estimant sous payés, les scénaristes d'Hollywood menacent de cesser le travail dans les prochains jours. L'accord établi entre leur syndicat et l'alliance regroupant chaînes de télévision, studios de cinéma et plateformes de streaming arrive à échéance le 1er mai et les négociations risquent de ne pas aboutir.

Du rififi à Hollywood. Le centre historique de l'industrie du divertissement pourrait en effet connaître quelques tourments dans les jours prochains en raison du mécontentement grandissant des scénaristes de cinéma et de télévision. Alors que l'accord entre leur syndicat et les chaînes de télévision, plateformes de streaming et autres studios de cinéma arrive à son terme le 1er mai, les voilà décidés à faire entendre diverses revendications. En cas d'échec des négociations, 97,85% d'entre eux entameront un mouvement de grève qui, en cas de prolongement, pourrait affecter les sorties cinématographiques de l'année prochaine. 

En premier lieu, les scénaristes réclament une revalorisation de leur rémunération. À première vue, elle apparaît plutôt confortable puisque le minimum syndical est aujourd'hui fixé à environ 6.700 euros par semaine. Néanmoins, les écrivains de cinéma ou de télé ne travaillent pas tout au long de l'année. Leurs employeurs ont même diminué la cadence en ne les réquisitionnant que 20 à 24 semaines par an, soit à peine six mois sur 12. Auparavant, ils pouvaient régulièrement compter sur 35 à 40 semaines de travail.  

Des séries moins longues

Une réduction drastique qui s'explique par le nouveau modèle en vigueur au sein de l'industrie des séries. Ces dernières comptent désormais moins d'épisodes et ne sont pas toujours prolongées au-delà de la première saison. Dans les années 2000, les productions d'au moins huit saisons, comportant chacune près de 20 épisodes étaient beaucoup plus nombreuses. Ce changement de paradigme a donc transformé les conditions de travail des scénaristes qui militent pour une hausse de leur salaire minimum. D'autant que cette rémunération plancher est désormais perçue par près de 50% des auteurs contre seulement un tiers il y a dix ans. 

En parallèle, les scénaristes exigent une meilleure rétribution lorsque leurs programmes sont rediffusés sur les plateformes. "Les entreprises ont tiré parti de la transition du streaming pour sous-payer les écrivains, créant des modèles plus précaires et moins bien rémunérés pour le travail des écrivains", estime la Writers Guilde of America (WGA), puissant syndicat des scénaristes, dans un communiqué. Les auteurs demandent également plus de compensations lorsqu'une longue période s'écoule entre deux saisons d'une même série. 

Peu de conséquences sur les plateformes, davantage dans les salles obscures

Mais pour l'heure, les négociations patinent. Notamment du côté des plateformes, engagées dans une politique de réduction des dépenses alors que le nombre d'abonnés tend à diminuer. À l'instar des géants de la tech, qui licencient à tour de bras, Netflix annonçait en juin dernier le départ de 300 collaborateurs. Ils seront même 7.000 à quitter le navire chez Disney dans un avenir proche. Le tout en raison d'impératifs économiques a priori incompatibles avec la hausse des salaires, réclamée par les scénaristes. 

Par conséquent, les principaux intéressés sont sur le point de cesser le travail, faisant planer un vent d'incertitude dans le monde du grand et du petit écran. Sur les plateformes, qui travaillent généralement avec un temps d'avance, cette grève n'aurait qu'un impact limité. Un arrêt des activités aurait, en revanche, plus de conséquences sur les sorties en salle prévues en 2024. 

Quoi qu'il arrive, cette situation n'est pas sans rappeler la grève massive observée en novembre 2007 et février 2008. Pour des raisons similaires, plus de 12.000 scénaristes s'étaient adjoints au mouvement, paralysant toute la chaîne de production pendant 100 jours et entraînant des pertes estimées à 2,1 milliards de dollars pour l'industrie. Dans certains cas, comme en 2017, le spectre de la grève avait permis à la WGA d'obtenir un accord dans les tous derniers instants.